Le Lion ne sourit qu’à moitié

Une Chronique de Mor Callann


Il jouait de la harpe. Chacun dans la grande salle sombre l’écoutait. Tout le monde se taisait et écoutait parce que cela était beau.

Le duc, sur son trône de bois poli par les âges, fredonnait un air triste par dessus la mélodie que ses doigts fins tiraient de son instrument. Il avait l’art, les nuits d’orage, de tirer ses gens de leurs peurs de part sa musique envoûtante. Il n’avait, de mémoire des habitants les plus anciens de la place, jamais joué deux fois le même air. Le son de sa voie grave montait jusqu’aux hautes voûtes qui se perdait dans le noir que les torches ne parvenaient pas à chasser. Ces nuits d’orage apportaient une atmosphère particulière à la maisonnée, et personne n’entendait jouer le Lion en dehors des fracas de la pluie et des grondements des nuages lourds qui s’amoncelaient durant l’automne.

Ce grand homme mince, d’un cheveu blond roux et rebel, tissé aujourd’hui de blanc ouvrit doucement ses yeux clairs pour observer l’individu qui venait d’entrer en trombes d’eau dans la grande salle, brisant la torpeur dans laquelle la cours avait sombré. Le jeune homme dégoulinant, trempé et, semblait-il, en proie à un rhume s’était avancé sans en attendre l’ordre et déblaterait à toute vitesse un flot de parole ininterrompu auquel le Lion répondait par des hochements secs de sa tête couronnée. Après cela il se leva.

Un éclaire déchira le ciel d’encre qui paraissait par la grande fenêtre derrière le trône. “La guerre est gagné”. Et le tonnerre gronda. La guerre était gagné, mais pourtant, le Lion ne sourit qu’à moitié.

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