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Le minimalisme comme chemin vers plus de liberté d’esprit

Cet article a été posté initialement sur enlightenerds.com

Après la signature de mon premier CDI il y a de cela une dizaine d’années, je me suis empressé de faire ce que la plupart des gens font dans ces cas là : emménager dans un appartement plus grand, le meubler dès qu’une idée me passait par la tête, acheter une voiture qui me faisait envie depuis un moment, collectionner les oeuvres culturelles ( CDs, livres … ), prendre des animaux de compagnie etc.

Après quelques années d’une relative réussite professionnelle j’ai acheté une meilleure voiture, déménagé dans un appartement encore plus grand, en espérant avoir cette fois assez de place pour stocker tout le matériel lié à mes activités débordantes. Quelques mois plus tard cet appartement était lui aussi plein à raz bord. Entre le home-studio, les guitares, amplis, pédales, tout ce qu’on peut imaginer d’ustensiles pour faire la cuisine, le matériel de bricolage, l’équipement de tous les sports auxquels je me suis essayé quatre ou cinq fois et des collections de CDs et de livres encore plus démesurées, la place en est encore venue à manquer.

Il y a un peu plus de deux ans j’ai eu une opportunité pour aller travailler et vivre en Californie — opportunité qui n’a finalement pas abouti pour des raisons de conjoncture économique, après que j’aie validé une dizaine d’entretiens. Au moment où il apparaissait que j’allais probablement devoir partir au bout du monde sous un délai d’un ou deux mois, un des éléments qui m’a le plus glacé le sang a été de penser à tout ce que j’avais d’entassé dans mon appartement et que j’allais soit devoir vendre soit devoir emporter. Cet aspect m’a démoralisé. Comment avais-je pu accumuler autant de capharnaüm en si peu d’années ?

J’ai commencé à fantasmer sur le fait de me débarrasser de tout, de vivre avec pas grand chose.

Même si pour quelqu’un comme moi qui a souvent plusieurs boulots / passions en parallèle ça paraissait un rêve un peu fou.

A côté de ça, étant quelqu’un d’assez paranoïaque, ça fait quelques années qu’avoir toutes ces possessions, pour certaines de grande valeur monétaire (être ingénieur du son est un des hobbys les plus fous en terme de dépenses démesurées dans du matériel) commençait à me peser. L’idée d’un cambriolage qui me traverse l’esprit régulièrement m’obsédait. La valeur du vol couverte par mon assurance n’étant pas infinie, j’ai décidé un jour d’inventorier tout ce que contenait mon appartement.

La quantité et la valeur cumulée de tout ce que je possédais m’a mis sur le cul, et n’a pas diminué le poids de tous ces possessions sur mon esprit, loin de là.

A la suite de mon départ avorté pour la Californie, et alors que je me lançais dans un énième hobby, en l’occurrence le développement de photos argentiques, j’en ai eu assez d’avoir autant de choses stockées n’importe où dans mon appartement — dépourvu de plus d’une cave ou d’un débarras.

J’ai lancé un grand nettoyage de placards, accompagné d’une session petites annonces, pour dégager tout ce qui ne m’avait pas servi depuis au moins deux ans. Et il y en avait, des choses qui répondaient à ce critère.

J’ai passé la première moitié de ma vie adulte à accumuler les possessions tout en rechignant toujours à me séparer de quoi que ce soit, sous prétexte que ça pourrait toujours servir un jour, et que vendre pour racheter était stupide. Seulement la quantité d’objets inutiles était devenu telle qu’il est devenu clair qu’il était impossible qu’ils retrouvent tous une utilité dans un futur proche ou moyen terme. Si je vendais tout ce qui m’était inutile depuis plusieurs années, et même si je devais être amené à racheter une ou plusieurs de ces choses d’ici quelques années, je serais encore largement bénéficiaire, en argent comme en stockage. Sans compter l’obsolescence qui fait que si je revendais un bien acheté il y a deux ans et le rachetait dans trois ans au même prix d’occasion, il serait nettement moins obsolète. Alors que vendre un objet technique ou technologique daté de cinq ans est sauf exception inenvisageable.

J’ai donc commencé à vider frénétiquement mes placards et à vendre ou donner une grande partie de ces objets inutilisés. Fringues que je ne portais plus, cuit-vapeur, raquettes de squash, guitare classique à laquelle je n’avais pas touché depuis quinze ans etc. L’impact sentimental de certains de ces objets dont je n’aurai jamais songé me séparer quelques années auparavant a commencé à perdre en impact. A chaque fois que je vendais quelque chose je me sentais plus léger, plus libre. Et l’éventualité de devoir déménager un jour en ayant déjà fait ce tri, et donc ne pas avoir à rajouter à la logistique d’un déménagement le tri et la vente de tous ces encombrants m’a aussi enlevé un grand poids mental.

Récemment j’ai quitté la sécurité d’un CDI pour me lancer à mon compte, sachant pertinemment que j’allais perdre en sécurité financière mais gagner en liberté dans l’opération. Dans l’optique de peut-être partir à l’étranger ou juste de devoir déménager dans un appartement plus petit, j’ai une fois de plus enclenché un nettoyage de printemps dans mes placards, suivi d’une session de petites annonces. L’argent m’a permis d’avoir moins recours à mes économies le temps de lancer mon affaire, ou le temps de savoir ce que j’allais faire si elle ne marchait pas.

J’ai petit à petit eu de moins en moins d’attachement à tous ces objets qui peuplaient mon appartement.

Je me suis mis à faire des nettoyages et des ventes tous les deux mois depuis. Mes possessions fondent comme neige au soleil, mais pourtant mon appartement est encore loin de donner l’impression de vide. Mais mon esprit me semble plus léger à mesure que la valeur de ces possessions baissent. J’ai vendu tout le matériel des hobbies que je ne pratique plus, j’ai revendu la moitié de ma collection de CDs en dégageant tous ceux que je n’ai pas écouté depuis cinq ans. J’ai revendu tous ces livres que je stockais alors même qu’ils ne m’avaient pas plu et que donc je ne les aurai même pas prêté à des amis.

Depuis maintenant dix mois, la moitié de mes “revenus” vient de la vente de tout ce que j’ai accumulé depuis dix ans et dont je n’ai plus d’usage. Et je me sens mieux.

Si je dois déménager demain, hormis le matériel dont j’ai besoin pour mon travail et mes projets courants, la majorité de mes biens se résume désormais à des meubles, que je songe eux-même à commencer à écouler, certains n’étant plus si remplis, et d’autres comme ma table de salon ne servant qu’épisodiquement. Le mois de retraite que j’ai passé à Osaka a été révélateur aussi sur ce point : je peux vivre avec un ordinateur portable, un lit et une cuisine. Certes je ne veux pas aller jusque là, je veux que mon lieu de vie reste un lieu de vie, qu’il soit un minimum confortable et à mon image. Mais je n’ai pas non plus besoin de deux canapés ou d’une table de salon. Ou de quatre guitares alors que je n’en joue plus qu’une fois tous les six mois, même si ces guitares ont une histoire pour moi.

Je me rends aussi compte qu’en ayant pris conscience de tout ça, j’ai tendance maintenant à être moins impulsif de l’autre côté de la chaîne, quand il s’agit de faire des achats. Ma philosophie “boh je peux toujours me faire plaisir et revendre si je me rends compte que ça ne me sert pas” s’est peu à peu muée en

“est-ce que j’ai vraiment besoin de ça pour vivre? ou est-ce que je vais encore revendre ça sur LBC dans six mois ?”.

Et en complément, comme je suis obsédé par le fait de ne pas faire de gâchis et de limiter un peu mon empreinte carbone, le cumul de ces deux axes a bien changé ma manière de consommer.

Peut-être que dans un an l’ensemble de mes possessions ne vaudra pas plus de 5000€, et que mes possessions ne seront plus que des choses dont j’ai un usage quasi-quotidien. Cette idée me séduit en tout cas, même si je suis loin d’atteindre le niveau de ces champions japonais du genre. Et mon appartement a beaucoup moins de cachet :)

J’espère pouvoir continuer à vivre avec moins, car ça me libère vraiment la tête pour les choses qui me sont importantes. D’autant qu’il paraît que l’argent ne fait le bonheur que jusqu’à une certaine limite :)

Et vous ? Vous n’avez jamais eu l’impression que vos possessions vous étouffent ? Ou que vous stockez des choses inutiles qui pourraient servir à d’autres ?