Le process du motion design en 9 étapes.

On m’a demandé plusieurs fois quelle est était le process “classique” dans le cas d’un projet en motion design. Voici 9 points qui permettront d’y voir plus clair.

Cet article n’a pas objet à définir un process absolu, mais plutôt un “tronc commun”, en adaptant certaines des étapes si besoin.


1. Brief client

Objectif : formaliser la demande initiale du client.

La première étape consiste à clarifier la demande, de plusieurs façons.

Le client doit exprimer sa demande, simplement, en une phrase du type : “On veut un spot d’une minute trente sur les intérêts du produit XXX, avec ses 3 avantages et son intégration dans notre gamme, de façon ludique et rythmée”.

A partir de là, il faut engager l’échange afin de répondre à un ensemble de questions initiales récurrentes :

  • nombre de vidéos (version longue, courte, alternative, etc)
  • durée de chaque vidéo
  • voix off à prévoir ? Si oui, faudra t-il prévoir une version sans voix off ?
  • nombre de langues différentes (voix off incluses)
  • musique fournie, choix d’une musique libre de droit ou musique à faire composer ?
  • effets sonores à prévoir ?
  • les formats attendus en livraison (mp4, avi, mov, …), leur résolution (1080p, 720p, …) et leur poids maximal (15mo, par exemple)
  • éléments de charte graphique existants : logo, documents, spots précédents, etc.
  • style de la vidéo (rapide, coloré, dynamique, etc), en demandant des inspirations si besoin (stylistique ou concurrents).

Je reviens sur le dernier point, très important, car il y a plusieurs cas de figure. Soit le client a une idée très précise de son spot (vu chez un concurrent, à la télé, sur internet), et il vaut mieux le connaître en amont afin de savoir la faisabilité du projet à votre niveau, soit le style est assez libre.

Dans tous les cas, j’ai pris l’habitude de demander “ce qui vous plait, et aussi ce qui ne vous plait pas” afin de cerner l’attente et les goûts du client. De plus, je considère que c’est bien le client qui connait le mieux son domaine d’activité. C’est son affaire, sa spécialité. Laissez-le en parler !

C’est le moment de définir :

  • le budget
  • la participation d’intervenants extérieurs (illustration, voix-off, effets sonores, musique…) afin de les solliciter si besoin.
  • le planning d’intervention des différentes phases (intervenants compris)
  • l’importance de la charte graphique dans le nouveau spot et définir la marge de manoeuvre graphique
  • la date de livraison d’une première version
  • la date de livraison finale

2. Script

Objectif : définir et fixer l’ensemble des contenus de la vidéo.

Nous allons ici définir le déroulé de la vidéo, en lien avec le client. On va :

  • énumérer l’ensemble des choses qui se passent dans la vidéo, et dans quel ordre.
  • définir les textes présents à l’écran (et les relire pour éviter les fautes), et définir leur hiérarchisation (titre de chapitre, simple titre, légende, etc)
  • écrire le contenu de la voix-off (si présente), car sa réalisation devra intervenir assez tôt dans le process : nous en aurons besoin dès le début de la phase d’animation.

C’est aussi le moment de juger si la quantité de contenu n’est pas en adéquation avec ce qui est prévu, en terme de timing notamment. Si besoin, une révision du script peut s’imposer.

Une bonne idée pour formaliser un script peut être un tableau à plusieurs colonnes : phase/acte, idée, animation, texte à l’écran/message, contenu voix off, durée estimée.

C’est un document qui permet d’être exhaustif avec le client, et de le faire valider l’ensemble des points de contenus à prévoir pour la vidéo. Il permet de savoir combien de personnages vont intervenir, combien d’animations de logotypes sont à prévoir, etc.

C’est aussi la première phase de validation : ce script doit être validé et entériné par votre client.

C’est le moment de définir :

  • le déroulé général de la vidéo, avec détail des intervenants : packshot produit, visuel existant, personnages, paysages.
  • les timings estimatifs de chaque section et de la video entière.
  • le contenu de texte à l’écran et leur hiérarchisation.
  • le contenu des voix off, dans les langues sélectionnées.
  • un document de travail afin d’avoir une trace écrite de ce script, consultable à n’importe quel moment du projet et pouvant être mis à jour.

3. Storyboard

Objectif : poser les principes visuels pour des moments clés de votre script
Storyboard du court-métrage “Wallace & Gromit : un mauvais pantalon” (© studio Aardman)

Parlons maintenant d’une phase très importante : le storyboard. Celui-ci va être le premier jalon graphique, et créer un pont entre le script et votre spot final. Il va permettre de poser la base de la narration graphique.

Celui-ci va présenter une dizaine d’écrans (plus ou moins suivant la complexité du projet), avec pour chacun : un croquis/dessin représentatif du futur visuel, un descriptif et des précisions sur l’animation à ce moment-là.

Sa présentation va permettre au client de se projeter pour la première fois sur le rendu du spot et sur la direction qui est prise. L’intérêt n’est pas de faire une oeuvre d’art (d’ailleurs, peu importe si vous dessinez mal, ne soyez pas bloqués par ça) mais bien de voir, par un système rapide, si le client est en phase avec votre vision de la vidéo.

Ce que cela permet ? D’éviter de passer des jours sur du graphisme finalisé et se rendre compte que cela ne convient pas du tout. Ça n’empêche pas d’avoir un graphisme final rejeté ou modifié, mais cela permet tout de même de limiter les risques.

C’est le moment de définir :

  • les types de compositions visuelles (emplacement des titrages, des mots, types de schéma, emplacement des produits, …)
  • un éventuel fil rouge général niveau animation (plan séquence, objet graphique récurrent).

4. Moodboard/Inspiration

Objectif : définir l’ambiance graphique du spot à partir d’éléments extérieurs existants
Moodboard “cities” réalisé par Alex.sz

Cette phase, souvent entamée dès la phase du script, permet de rassembler toutes les inspirations liées au projet (du même corps de métier ou non) et d’en faire une planche générale résumant la probable direction artistique du spot.

Cette phase est plus ou moins formelle : elle peut faire l’objet d’un document pdf avec l’ensemble des productions jugées intéressantes et pertinentes, tout comme un tableau Pinterest dédié, ou alors un simple partage de liens.

En parallèle de cette recherche, nous devons prendre en compte l’existence de la charte graphique de la société cliente, qu’elle soit petite (juste un logo) ou conséquente (le cas des grands groupes). Celle-ci va automatiquement avoir une incidence importante sur le rendu final de la video. Il faut donc avoir tous les éléments en notre possession le plus tôt possible, idéalement dès la phase 1 (exemple : éviter d’apprendre à ce moment-là qu’une nouvelle charte vient être créée).

C’est le moment de définir :

  • la direction artistique spécifique au spot
  • la place de la charte graphique de la société dans le spot (logo, couleurs, etc) et son adéquation avec les inspirations proposées.

5. Style Frames /Maquette

Objectif : définir le rendu graphique final de la vidéo.
Style frames du générique de “Sherlock Holmes : A Game of Shadows” par Ash Thorp

Ici, nous allons, à partir du storyboard et du moodboard, produire des “style frames”, c’est à dire des images fixes de la vidéo, avec l’apparence graphique telle qu’elle sera dans le spot. Celles-ci peuvent reprendre les passages choisis dans le storyboards, ou alors en sélectionner des différents.

Le but est de produire des compositions graphiques fixes avec une qualité égale et une cohérence tout au long de la vidéo. Si cela fonctionne en image fixe, cela a des chances de fonctionner une fois animé.

C’est bien la direction artistique que nous tranchons ici. Nous allons concevoir des compositions qui pourront être déclinées et adaptées tout au long de la vidéo (emplacement d’un titre, légende, imbrication de photos, disposition des personnages, etc)

C’est le moment de définir :

  • des compositions graphiques précises pour les différentes scènes, représentatives de la vidéo dans sa globalité.
  • le style finalisé (textures, grain, couleurs, finition, etc)

6. Préparation des éléments

Objectif : préparer tous les fichiers et éléments nécessaires pour l’animation.

Cette phase est un passage obligé avant la phase d’animation. Celle-ci peut se faire tout au long de l’animation, mais il est conseillé de préparer tous les éléments en amont, afin de perdre moins de temps par la suite.

Préparation des éléments pour le générique du film “Catch me if you can” par Kuntzel + Deygas

Par exemple, il s’agit de préparer le fichier Illustrator d’un personnage, en rangeant et nommant correctement toutes les parties de son corps, afin de pouvoir le rigger par la suite sur After Effects (c’est-à-dire créer un squelette intelligent permettant de l’animer plus rapidement).

C’est aussi le bon moment pour vérifier que tous les éléments sont à notre disposition. Un grand classique est de ne pas avoir le logotype de la société en vectoriel à ce moment-là.

Autre cas : cette phase peut être au commencement de notre intervention. Dans le cas où toute la partie script/storyboard est fournie en amont, en étant réalisée par un prestataire extérieur, par exemple. C’est souvent le cas quand on travaille avec des agences. Ainsi, il va falloir prendre le temps de récupérer l’ensemble des sources, de checker si les éléments nécessaires sont présents, et de les préparer afin d’optimiser la phase d’animation. Cette préparation initiale est souvent chronophage.

C’est le moment de définir :

  • les techniques d’animation utilisées, afin d’avoir les fichiers sources les plus pratiques.

7. Animation

Objectif : animer et donner vie à l’ensemble des éléments définis au préalable.
DELL — Walk Cycle, par Romain Cousin

Si les 6 étapes précédentes ont été bien suivies et entérinées, la phase d’animation doit ressembler à un assemblage : toutes les questions qui devaient se poser l’ont été (contenu, texte, son, visuel, animation, timing, etc), et on construit le tout. Facile, non ?

Dans certains cas, il est nécessaire de commencer par des éléments extérieurs, comme par exemple une scène pouvant être réaliser sur Cinema4D. Après sa réalisation, on l’importe dans After Effects pour finaliser le tout.

Pour ma part, les timings ayant été tranchés au préalable, j’ai tendance à essayer de faire un premier montage complet très rapidement, sans animations complexes, afin d’avoir une vue d’ensemble. C’est notamment très intéressant comme méthode (voire indispensable) pour caler une voix off dès le début de la phase 7.

L’ensemble prend du temps, car l’importation de fichiers de la phase 6 et sa conversion sous After Effects peut être chronophage, mais cela permet de donner un premier “jet” riche d’enseignements.

Suite à ce premier jet, on affine partie par partie. D’ailleurs, mon conseil est de conserver dans son montage After Effects les scènes déterminées au préalable. Ainsi, j’aurai un montage principal ne contenant que quelques compositions (intro, scene-1, scene-2, scene-3, outro par exemple) afin d’avoir une vue d’ensemble, et j’entre dans le détail dans chaque composition.

Si nécessaire, une présentation/validation préalable peut se justifier, c’est à dire présenter 10 secondes de film représentatives à votre client.

C’est le moment de définir :

  • le détail des animations, scène après scène.
  • option : le choix d’une scène ou d’un passage à présenter pour validation

8. Rendus & Montage

Objectif : créer un fichier vidéo avec son

La phase d’animation terminée, nous allons passer à la phase de rendu sous After Effects. C’est une phase souvent méconnue des clients (souvent habitués à la réactivité du web) mais extrêmement chronophage. Nous allons “calculer” toutes les images de la vidéo à la suite, afin d’en tirer un fichier video de la durée voulue.

Suivant la complexité du spot, ce rendu peut prendre jusqu’à plusieurs heures, souvent entre 20 min et 30 min pour ma part, cela dépend de la complexité des animations ou de la place du vectoriel, notamment. Le fichier final est souvent peu compressé (et donc très lourd), mais cela varie suivant le choix de module d’export (codec).

Pour la partie du montage son, j’ai l’habitude de réaliser le montage final video/son sous Premiere. Certains le font directement sous After Effects, mais je fait ce choix pour ne pas avoir à refaire d’export “image” et ne modifier que le montage son si besoin. Cela permet aussi d’exporter dans le format désiré et de compresser la vidéo suivant les contraintes client.

C’est le moment d’intégrer la musique, mais aussi les effets sonores et la voix off en bonne qualité.


9. Modifications finales

Objectif : satisfaire pleinement le client ;)

Cette phase est un incontournable. Rare sont les clients qui valident du premier coup, et ce n’est pas forcément le but recherché. Ils vont regarder la vidéo avec un regard extérieur, alors que dans notre cas, cela fait plusieurs jours (voire semaines) que nous sommes “tête dans le guidon”. Il faut donc prendre ces remarques comme elles sont : souvent pertinentes, des fois manquant d’informations pour analyser un choix que l’on peut avoir fait (possibilités d’animation, etc). Il faut donc s’armer de patience et de parfois de pédagogie.

En tout cas, nombreux sont les spots qui se sont bonifiés après avoir pris en compte ces remarques extérieures. Passé une phase “d’acceptation” (inhérente à tout créatif, je crois), nous pouvons se poser les bonnes questions sur les problématiques soulevées. Et bien souvent, réellement améliorer l’efficacité de la video.


Voici donc un process général.

Dans certains cas, les phases 2 à 6 sont parfois sérieusement simplifiées, sans pour autant réellement y couper : le script est résumé à quelques paragraphes, le storyboard contient déjà les styles frames (images finales), le moodboard n’est pas présenté mais la recherche d’inspirations se fait tout de même, à titre personnel, etc.

Bien souvent, on se rend compte que se formaliser à ces étapes permet de gagner du temps par la suite. Notamment quand on commence à perdre le fil en phase d’animation après plusieurs jours, il peut parfois être bon de se plonger à nouveau dans les différents documents initiaux (script, storyboard, moodboard).

Quelques ressources intéressantes pour terminer :

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