Les deux affirmations qui changent ma vie

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Permettez-moi de présenter des excuses pour un titre aussi porteur de promesses et de magie : changer ma vie peut vouloir dire tant et si peu à la fois. Pourtant, il est de ces petites réalisations qui prennent racine à partir d’un rien, d’une formule usée et répétée, de fables. Aujourd’hui, je veux partager avec vous deux de ces formules, qui, combinées, changent ma vie.

Tout d’abord, laissez-moi démanteler le mythe de la formule magique. Tout comme il n’existe pas d’overnight success (une réussite soudaine et inattendue), il n’existe pas de formule magique qui, soudain, vous éveillera la conscience et changera votre vie ici et maintenant. Je crois que les anciennes philosophies asiatiques avaient compris ce phénomène, en expliquant que l’éveil vient d’heures de méditation et d’introspection, et non de l’enseignement extraordinaire d’un grand maître.

Non, ces formules ne sont pas une injection d’adrénaline plantées au cœur, il s’agit plutôt de petites graines, que vous plantez en lisant. Puis elles commencent à pousser petit à petit, alors que votre vie avance, jusqu’au jour où vous vous retournez sur votre vie, la graine est devenue arbre, et vous réalisez que votre vie est en train de changer. Laissez-moi vous présenter deux de ces graines, arbrisseaux de ma vie en mutation, en espérant qu’elles sauront éclore pour vous aussi.

Tout est possible

Je vous avais promis une formule usée et répétée, voyez que je n’ai pas manqué à la livraison. N’entendons-nous pas depuis notre tendre enfance que tout est possible ? Depuis les contes de fée jusqu’aux histoires de réussite de storytellers chevronnés, narrateurs de leur propre succès, cette phrase éculée semble vide de sens, et pourtant!

Avez-vous remarqué ces idées que nous avons sur nos propres capacités, ce qui nous est possible ou non, en fonction de notre personnalité, notre entourage, notre classe sociale ou encore la perception que nous avons de nous-même ? Bien souvent, ces idées sont riches de raisons pour lesquelles ce n’est pas possible.

Les limites que l’on s’impose

Prenez par exemple, ma propre histoire. Je suis, comme beaucoup de Français et Françaises de ma génération (née dans les années 80), enfant d’une toute nouvelle classe moyenne permise par les Trente Glorieuses. D’arrière-grands-parents mineurs et grands-parents ouvriers aux parents fonctionnaires, j’ai été élevée avec la ferme idée qu’une bonne éducation, prépa, école d’ingénieur ou de commerce, me permettrait d’avoir un emploi plus stable et mieux payé que les générations précédentes de ma famille.

J’ai donc été élevée dans l’idée que tout est possible, me direz-vous. Et pourtant, ces parents qui veulent le meilleur pour leurs enfants perpétuent une idée à leur insu : que la réussite passe par l’éducation, un emploi stable et conventionnel, et que toute autre carrière est hors de portée pour nous, nouvelle classe moyenne en manque de réseau et de connexions. Il ne m’était donc jamais venu à l’idée de poursuivre professionnellement les passions qui me tenaient alors à cœur, là où d’autres se lancent, sans aucun doute quant à leur réussite.

Ce que j’essaye de montrer par cet exemple, c’est que quel que soit notre milieu, notre éducation, notre entourage, nous avons des idées préconçues sur ce qui est possible ou pas: « je ne suis pas fait(e) pour le sport », « je ne suis pas assez intelligent(e) pour continuer dans les maths », « je ne suis pas assez débrouillard(e) pour me lancer dans un tour du monde », « je n’ai pas les épaules assez solides pour monter mon entreprise ».

Pourquoi « tout est possible »

Que ce soient les croyances personnelles, familiales ou autres, nous avons tous des barrières à l’intérieur de nous, qui nous empêchent de sortir de notre zone de confort, de faire de nos rêves un projet concret. Et souvent, ces barrières sont inconscientes. Nous avons simplement admis cette impossibilité comme une vérité et mis ces envies de côté.

Comme l’indique Don Miguel Ruiz dans les Quatre Accords Toltèques — un livre certes d’apparence ésotérique, mais rempli de ces petites graines qui germent avec le temps et changent la vie — la plupart des croyances que nous avons sur nous-mêmes et le monde viennent d’ accords passés au cours de notre vie, que nous n’avons jamais remis en question. Pour avancer, il faut apprendre à se défaire de ces accords.

Lors de cette conférence TED, Amy Cuddy partage son expérience personnelle, ses propres limites : après un accident de voiture, son QI a baissé, et elle a passé tout son cursus universitaire à se sentir comme un imposteur, elle ne méritait pas d’être là, elle n’était pas assez intelligente. Combien d’entre nous avons vécu ce sentiment de ne pas être à notre place, de ne pas être à la hauteur ? Amy Cuddy a fini par réussir, et en retire la leçon qu’à force d’y croire, et d’agir comme si c’était possible, alors cela le devient.

Voici la graine que je voudrais planter aujourd’hui : c’est possible. Si vous avez une envie profonde, une passion, une vocation qui a séché au fond de vous, faites-la ressurgir et demandez-vous comment vous pouvez la transformer en projet. Parce que si d’autres peuvent le faire, et si c’est un projet qui vous tient vraiment à cœur, alors tout est possible.

Rien n’arrive par magie

Et voici la deuxième formule éculée, une leçon qui est pour moi inextricable de la première, mais dont la synergie peut vraiment changer les choses. Pourquoi ne croit-on pas que tout est possible ? Parce qu’on s’imagine que certaines choses arrivent par magie, ou plutôt par chance, par réseau, par génie, ou n’importe quelle excuse que l’on peut se donner pour rester dans notre zone de confort.

Le mythe du « succès soudain »

Savez-vous ce que Mark Zuckerberg a répondu lorsqu’un journaliste lui a demandé s’il considérait le succès de facebook comme soudain ?

« Si vous définissez six années à coder toutes les nuits sans relâche comme un succès soudain, alors oui, c’en est un. »

Aucun succès « soudain » ne l’est réellement. Elizabeth Gilbert explique qu’avant le succès fulgurant de son roman Mange, Prie, Aime, elle avait passé la majorité de sa vingtaine à envoyer des manuscrits à des éditeurs, et à recevoir autant de refus. Bel Pesce, quant à elle, démonte le mythe du succès soudain en expliquant qu’il y a toujours des années de travail, et probablement plusieurs échecs, précédant le succès fulgurant d’un auteur, entrepreneur, artiste…

La bonne nouvelle ? Si le succès soudain, issu de magie ou de chance, n’existe pas, alors votre projet est beaucoup plus réalisable que vous ne le pensez. La mauvaise ? Il va falloir retrousser vos manches.

Les efforts nécessaires

Le mythe du « succès soudain » ou du rêve improbable a deux tranchants : soit on pense que c’est miraculeux et hors de portée — donc on n’essaye pas — ou bien on pense que le succès est censé se présenter immédiatement, donc on abandonne très rapidement lorsqu’il n’est pas au rendez-vous. Or, cela prend du temps, des efforts, des essais, des échecs, de l’obstination, pour arriver au bout de ses projets.

Par exemple, l’une de mes amies est créatrice de bijoux. Après son bac, elle s’est dirigée vers un CAP de bijouterie puis a rejoint un atelier tout en lançant ses créations personnelles en parallèle. Après plusieurs années de galère financière, à créer des vitrines et refondre des invendus, à faire les marchés de créateur le dimanche à partir de sept heures du matin, elle a fini par ouvrir une boutique avec d’autres créatrices, et répond à de nombreuses commandes uniques. “Combien de tes collègues de promo travaillent toujours dans la bijouterie ?” lui ai-je demandé un jour. Très peu, m’a-t-elle répondu, la plupart ont laissé tomber à la première difficulté.

S’il est vrai que tout est possible, dans la majorité des cas, cela requiert des efforts et de la résilience. Dans un article à destination des écrivains, Fred Venturini disait que l’un des éléments clé du succès est d’embrasser le rejet ; non seulement comme inévitable, mais comme un passage obligé à l’apprentissage. Il ne faut pas se laisser décourager.

Dans le même registre, Angela Lee Duckworth avance que la clé du succès est ce qu’elle appelle grit, la ténacité en Français. La ténacité, c’est cette force qui permet d’accepter les échecs, les rejets, les difficultés, et de continuer malgré tout. Une leçon qu’il faudrait en effet apprendre à nos enfants, surtout en France, pays paralysé par la peur de l’échec.

Deux formules qui changent ma vie

Pourquoi ces deux formules, si simples et si banales, « tout est possible, mais rien n’arrive par magie » changent-elles ma vie ? Parce qu’elles ouvrent le champ des possibles. Pourquoi se laisser retenir par les barrières mentales que l’on s’impose à soi-même ? Puisque rien n’arrive par magie, quelles sont les pistes concrètes à suivre pour mener ce projet à bien, avec ténacité ?

Voici un état d’esprit qui change la vie, ne trouvez-vous pas ? Que vous comptiez reprendre un loisir longtemps oublié, changer de carrière, reprendre des études, voyager, partir vivre à l’étranger, n’oubliez pas : tout est possible, si vous vous en donnez les moyens.

Aller Plus Loin

Livres :
Don Miguel Ruiz, Les Quatre Accords Toltèques
Florence Servan-Schreiber, Power Patate

Conférences TED :
Caroline Casey, Dépasser ses limites
Amy Cuddy, Votre langage corporel façonne votre identité
Elizabeth Gilbert, le succès, l’échec et la force qui pousse à continuer de créer
Angela Lee Duckworth, la clé du succès ? La ténacité.
Bel Pesce, 5 moyens de tuer vos rêves
Alain de Botton, une philosophie du succès plus douce et bienveillante