Les HEC n’utilisent pas Twitter, ils devraient


L’amphi est plein à craquer, une centaine de personnes sont là pour écouter l’intervenant sur “Les tendances du digital”. Le public est donc plutôt “geek” et ouvert aux nouvelles technologies. Et la question tombe : “Qui a un compte Twitter ?” Une vingtaine de mains se lèvent. “Qui utilise vraiment Twitter ?” Quatre mains se lèvent. “Qui ne voit pas l’intérêt de Twitter ?” Une quarantaine de mains se lèvent.

100 personnes. 20 comptes. 4 utilisateurs. 40 réfractaires. Si on utilise ces chiffres pour calculer le Net Promoter Score de Twitter à HEC, il est de -36%. Un chiffre plutôt mauvais. Cette école est loin d’être représentative, mais ce résultat se retrouve dans d’autres écoles de commerce comme l’EM Lyon. A la Fac c’était pire.

“C’est une perte de temps.”
“Twitter n’a pas d’intérêt, il y a tellement de tweets que l’information pertinente est noyée”
“A quoi bon suivre des gens pour avoir des informations si un seul media peut faire la selection pour nous ?”
“Quel est l’intérêt de lire des gens raconter leur vie?”
“Twitter c’est le royaume de la petite phrase, de la pensée réduite, ce n’est pas de la vraie discussion.”

Voilà autant d’objections à Twitter qui fusent dans la salle. Mais aussi autant de remarques qui montrent à quel point Twitter n’est pas compris par les apprentis épiciers. A vrai dire, je peux comprendre cette réticence. J’ai crée mon premier compte Twitter en 2010, mais je n’ai réellement été actif qu’un an plus tard, tant le premier contact m’avait laissé perplexe. Pour autant, il faut savoir laisser sa chance à l’outil et ne pas se laisser emporter par les objections. La vie est facile sur le campus, tournée sur elle-même, le besoin ne s’en fait pas sentir. Pourtant les étudiants et tout le campus y gagnerait.

Le Community Manager d’HEC réagit aux chiffres de l'utilisation de Twitter par les étudiants

Un outil sous-estimé

Twitter est un outil, et à ce titre son utilisation est essentiellement limitée par notre imagination. Il a ses avantages et ses inconvénients. Refuser de l’utiliser parce qu’on se concentre sur les côtés négatifs, c’est manquer tout le positif. On peut s’en servir comme outil de veille, comme lieu de rencontre et de discussion, comme fil d’actualité, etc. Le potentiel est énorme.

Le principe de Twitter est simple. Chaque utilisateur peut écrire des “Tweets”, des messages de 140 caractères, espaces compris. Cela oblige à être concis et percutant, de quoi faire 1-2 phrases. Chacun de ces tweets peut donc contenir des liens, des #Hashtag et mentionner d’autres @utilisateurs. Via les liens, on peut ajouter des images, des vidéos et d’autres types de contenus pour enrichir un tweet, toujours dans la limite de 140 caractères.

Un tweet n’est pas donc uniquement fait de texte, puisque Twitter l’enrichit: les liens sont cliquables, les images sont mises en valeur, les tweets peuvent être géo-localisés. A ce titre, on peut cliquer sur un #Hashtag qui permet de voir tous les autres tweets sur un même sujet, ce qui peut s’avérer très pratique pendant un évènement pour suivre tout ce qui y est lié. Et toute personne mentionnée recevra une notification l’incitant à réagir.

Twitter, c’est donc du “micro-blogging”. Chaque profil est comme un blog fait de micro-textes, représentatifs de la personne et de ce qu’elle veut faire passer comme message. C’est une vitrine dans laquelle on se met en scène. On peut aussi choisir de mettre son compte en privé, pour restreindre son auditoire à des personnes choisies. C’est assez flexible. Par ailleurs, les pseudonymes étant courants, cela peut aussi laisser une certaine liberté de parole et de questionnement (à utiliser avec responsabilité) que n’offre pas toujours l’intéraction en face à face.

Un profil

On peut donc suivre/follower ces profils pour voir tout le contenu qu’ils publient. Et les gens qui nous suivent verront eux aussi ce qu’on publie. Et si un contenu publié par quelqu’un nous plait, on peut le “ReTweeter” pour qu’il soit diffusé à nos abonnés/followers.

Mais on ne peut comprendre Twitter sans prendre en compte sa dimension a-symétrique. Facebook est un réseau symétrique : une relation “d’amitié” n’existe que si elle est validée par les deux parties. Twitter est un réseau a-symétrique, puisqu’on peut suivre quelqu’un qui ne nous suit pas, et être suivi par des inconnus. A partir de là, Twitter est beaucoup plus riche que Facebook ou LinkedIn pour découvrir et rencontrer de nouveaux profils.

Un réseau social personnalisé

Twitter est un réseau social, c’est une évidence. Mais “réseau social”, ce n’est pas simplement une catégorie de site internet. Un “réseau social” implique de communiquer avec d’autres. Une personne qui va sur Twitter sans se servir de l’aspect “social” perdra une grande partie de l’intérêt de la chose. Si on ne prend pas la peine de publier, répondre, discuter, ReTweeter et jouer le jeu, on passe à côté de Twitter.

Il faut donc trouver des comptes à suivre. Et Twitter permet à chacun de suivre des personnes, des médias, des institutions, des marques… pour remplir sa TimeLine (TL — Fil d’actualité) de contenu reflétant ses intérêts. Et Twitter permet aussi de réagir, d’interagir avec les autres. Et à force d’interagir, on se construit une communauté, on y prend sa place et on découvre de nouveaux comptes. Le caractère a-symétrique permet cette découverte et cette ouverture.

Twitter offre donc bien plus que ce qu’un simple media peut offrir. On peut y combiner les regards, les opinions et façonner un outil de veille puissant. Un passionné de nouvelles technologies s’en donnera à coeur joie parmis les Blogueurs et les sites spécialisés qui ont tous un compte. Mais on trouve aussi des comptes spécialisés dans l’humour, la musique baroque, le droit, l’intelligence économique, les estampes médiévales, etc. Tout le monde peut y trouver son bonheur.

Sur Twitter aussi il faut apprendre à oser. On peut interpeller une ministre et obtenir une réaction (Cécile Duflot était connue pour être très dynamique à l’époque), avoir un retour de la part d’une marque au service client déficient (très efficace pour les mutuelles étudiantes) ou tout simplement contacter un conférencier de manière un peu moins formelle qu’un email. Mais Twitter peut devenir plus que ça.

Un début, une amorce vers autre chose

Beaucoup des critiques de Twitter manquent le fait que Twitter n’est pas une fin en soi. Twitter permet de découvrir et de mettre en contact. Une fois que ce contact est établi, on peut en faire autre chose. Sur Twitter on peut rencontrer les gens avec qui on ira boire un verre le surlendemain, trouver un travail ou un appartement (vu et vérifié) ou encore trouver des partenaires pour un projet. Encore une fois, c’est un outil limité par ce qu’on en fait.

Twitter permet d’échanger des messages, de manière privée ou publique, et ainsi de discuter. Deux personnes, ou plus, qui échangent des messages de manière suivie, c’est une conversation. On peut être convaincu que c’est un mode de conversation pauvre et étriqué, cela n’empechera pas ceux qui l’utilisent d’avoir des débats très animés, des conversations développées ou des échanges de qualité.

Twitter est surement l'un des endroits où cet strip se vérifie le plus souvent. http://xkcd.com/386/

Bien sûr, les 140 caractères de Twitter sont une contrainte, mais la parole en a aussi. On ne peut pas encore communiquer par télépathie ou faire ressentir exactement à autrui ce qu’on ressent. Mais on s’adapte. Twitter c’est pareil. Et ceux qui ne sont pas convaincus ne font que laisser plus de place à ceux qui savent s’adapter. Et si vraiment les 140 caractères sont une contrainte indépassable, on utilise le blog, la vidéo, l’image, etc. Il suffit d’être inventif.

Personnellement, Twitter m’a permis de préparer mes entretiens avec des gens rencontrés uniquement via Twitter. J’ai ainsi discuté avec des professionnels de chez EY, Bain&co, Apple et d’autres, dans une atmosphère bien plus détendue qu’aux Forums ou autres rencontres sur le campus. Je ne l’avais pas pensé comme ça à l’origine, mais quelques tweets créent un lien qui peut se transformer en une rencontre ou un coup de téléphone.

Au niveau du campus, un des bénéfices de l’usage de Twitter pourrait être tout simplement une diminution conséquente des messages intempestifs à toute la promotion par toutes les associations. C’est un exemple, beaucoup d’autres sont à imaginer.

Tout cela prend du temps, demande un certain investissement. Personnellement les rencontres sur Twitter m'ont beaucoup apporté, tant dans mon orientation professionnelle que dans ma vie privée et j'aurai aimé y être plus tôt.

Twitter est un fantastique outil aux multiples facettes, il faut simplement oser l’utiliser.


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