Les mots responsables de nos maux

Mode ou véritable changement structurel, tout le monde veut changer le Monde. Quand on s’y penche, on voit les initiatives innovantes fleurir. Mais sur le terrain, les choses ne changent pas. Comme si les idées ne rencontraient pas leur public. Les mots qu’on utilise n’y sont pas pour rien…

Roxane Julien
Nov 28, 2016 · 5 min read

Petit retour en arrière, je m’appelle Roxane Julien et je suis la cofondatrice de Fullmobs, une plateforme de Crowdtiming. Autrement dit, plateforme collaborative de mobilisation citoyenne.

Il y a de fortes chances que vous soyez 1) dans la catégorie de ceux qui ont tout compris à ma précedente introduction ou 2) dans la catégorie de ceux qui n’y ont rien compris. Où que vous soyez, rien de grave :)

La loi 1901 a permis la création des Associations. La notion d’associations d’intérêt général a vu le jour en 1988 pour des raisons de fiscalité. Cela ne date donc pas d’hier. Pourtant, l‘expression la plus à la mode aujourd’hui est “ Je veux changer le Monde ”.

Crises écologique, crise sociale, crise politique, crise personnelle, burn out, les facteurs sont nombreux et les gens semblent de plus en plus se réveiller avec l’envie de “faire leur part”. Pourtant ces gens là ne se tourne pas vers le milieu associatif qui souffre d’une image soit mollassonne soit trop activiste et rêve d’efficacité, de renouveau, de dynamisme et de start up sociale. N’essayez pas de voir du cynisme dans cet article car j’en suis une.

Ils partent alors à la rencontre des nouvelles institutions du secteur, Ticket for Change, Make Sense, La France s’engage, etc. Ils rencontrent des anciens de Grandes Ecoles qui ont décroché de la voie “royale” et c’est parti; on découvre tout un nouveau vocabulaire : on est entrepreneurs sociaux ou “socent”, on lance des projets citoyens, on veut favoriser l’engagement, développer l’économie collaborative, augmenter la mobilisation citoyenne, le social impact, faire partie des Civic Tech, Green Tech, développer la mutualisation des ressources, on parle crowdsourcing, crowdfunding, crowdchecking, on fait des medias training et du community etc. J’exagère un peu mais l’idée est là.

Pourtant nombreux de ces mots sont trop neufs pour parler à la majorité des Français et deviennent clivants. Il y a un fort risque de rester enfermés dans un microcosme parisien, de créer un entre-soi nocif pour l’avenir du secteur de l’innovation sociale. Pourquoi ? Car il creuse un fossé entre, d’un côté, un groupuscule de projets toujours plus innovants mais éloignés de la réalité et, d’un autre côté une masse de structures souvent associatives qui ne s’approprient pas ces innovations. Les premiers sont à la mode. Ils interviennent dans les médias, sont invités dans les tables rondes. Mais ils ont du mal à rencontrer leur marché car ils restent incompris. Les seconds passent à côté d’une force vive et d’outils extraodinaires pensés pour les faire avancer plus vite et plus loin. La digitalisation et la modernisation de ce secteur ne se fait pas. Son retard face au secteur marchand se creuse lui aussi.

Fullmobs est un bon exemple : grâce à des étudiants en philosphie du programme Philosophie et Action Ethires nous avons compris que nous ne pouvions plus parler d’engagement,

Extrait du rapport “ L’ENGAGEMENT PONCTUEL, CONTRIBUTION POUR LE BIEN COMMUN ? ” par Elise Ammendolea, Lili Dubreuil, et Rudolph Mwadia-Mvita :

“ Etymologiquement, l’engagement est l’action de mettre en gage, de lier par une convention ou un contrat. S’engager, signifie s’engager soi-même, c’est se donner soi-même en gage. C’est aussi entrer dans une situation contraignante, donner pour caution sa parole et lier une promesse. C’est prendre une responsabilité que nous n’étions pas obligés de prendre. L’engagement repose donc le plus souvent sur la liberté individuelle. Il est lié à une décision volontaire de participation à un projet, à une action, ou autre, s’inscrivant dans le temps.(…) Un engagement n’a pas de finalité en soi, mais il est un moyen d’avancer, de mettre en place des projets, de relier des idées, des envies. “

Au delà, nous ne voulons pas parler de bénévolat car notre vision porte sur des champs d’application plus large que le bénévolat. Et nous parlons de mobilisation car nous voulons aider les projets à fédérer des soutiens autour d’eux. Résultat : il nous faut 3 minutes pour expliquer ce que nous faisons (je vous laisse imaginer combien de temps il faut à mes parents pour l’expliquer à leurs amis), les gens de l’extérieur ne voient pas les nuances qui sont pour nous si cruciales et la plupart des gens qui devraient utiliser notre plateforme ne le font pas car ils ne se reconnaissent pas dans le mot “mobiliser”. D’où un travail colossal et mal mesuré d’Education.

Que faire alors. Changer de mots? ok, d’accord, mais pour lesquels? Nous avons aujourd’hui, de surcroît, une crise sémantique.

S’opposent d’un côté des mots sexys, des mots anglais, des contractions, des mots qui créent un univers et font rêver. D’un autre des mots banals au potentiel marketing faible ou qui peinent, par rapport à leurs voisins anglais, à mettre en avant les nuances d’un concept ou d’un projet.

Une cohérence sémantique doit être cherchée et trouvée. Je pense que l’avenir de nombreuses start up et projets dépendra de leur capacité à atteindre les masses, à “passer le périph”. Autrement dit, de leur capacité à se faire comprendre et identifier comme une solution à leur problème.

Ce post est une bouteille à la mer. Quels mots français (je vous raconterai la réaction du public du seminaire annuel des délégués régionaux d’un Assureur quand je leur ai parlé de crowdtiming), bref, quels mots français utiliser pour décrire cette nouvelle réalité de l’innovation sociale ?

Vous avez 4h…

Medium France

La publication officielle de Medium en France. Pour nous proposer votre histoire, écrivez-nous à french@medium.com

Roxane Julien

Written by

Medium France

La publication officielle de Medium en France. Pour nous proposer votre histoire, écrivez-nous à french@medium.com

Welcome to a place where words matter. On Medium, smart voices and original ideas take center stage - with no ads in sight. Watch
Follow all the topics you care about, and we’ll deliver the best stories for you to your homepage and inbox. Explore
Get unlimited access to the best stories on Medium — and support writers while you’re at it. Just $5/month. Upgrade