Ma Rehab Digitale ou comment je me suis libérée de mon smartphone.

Genèse.

Mon histoire avec le smartphone a commencé en 2008, soit à peu près au même moment que tous les autres individus de ma génération. Ça a été un véritable coup de foudre : je pouvais téléphoner, écouter ma musique, prendre des photos, accéder à la météo, le tout depuis ma poche. Les médias parlaient à l’époque d’une révolution qui allait changer nos vies et cela m’en enthousiasmait. Pour ma part, ma vie a vraiment changé au moment où le nombre d’app s’est multiplié.

Insidieusement mais sûrement, à travers ces app qui me permettaient littéralement de tout faire, mon smartphone a pris une place trop importante dans mon quotidien. Cette utilité libératrice s’est accompagnée d’un business model dont j’étais le point central. Comme on dit, si c’est gratuit, c’est toi le produit ! L’intérêt de toutes ces entreprises était de mobiliser mon temps de cerveau disponible au bénéfice de leurs profits financiers. C’est pour moi à ce moment précis que se situe la transformation de mon smartphone en un piège qui a pris mon temps et mon attention en otage.

Prise de conscience.

Après 5 ans d’une intense relation avec mon mobile, la lune de miel s’est achevée. La fascination technologique est derrière moi, je me sens aujourd’hui bien plus asservie que libérée. Progressivement, j’ai pris conscience de mon addiction en m’observant en caméra subjective. Ma routine du matin, checker mon téléphone comme près de 52% des mes compatriotes (étude Delloite). Un café en tête à tête avec mon mec, séparés par nos deux téléphones. Ou encore sortir de mon bain en catastrophe pour checker une notification Facebook. J’ai également vu apparaître chez moi de nouveaux symptômes d’intoxication : des angoisses de batterie vide, des coups de gueule contre les zones sans réseau et des impatiences appuyées face à la lenteur de la technologie.

A tout cela s’est ajouté un vrai choc : je suis devenue maman. J’ai vu d’un autre œil ces parents au parc checker mécaniquement leur mobile, alors que leur progéniture faisait du toboggan. J’ai observé ces mêmes parents réprimander leurs enfants de trop réclamer le téléphone. J’ai alors compris la place ridiculement importante que ces petits objets avaient prise dans nos vies. Pensez-y un instant… Si on vous avait dit il y a quelques années, le smartphone va vous libérer un temps considérable et vous allez le passer sur Facebook. Vous auriez rigolé, non ?

Il est temps d’agir.

Le problème du smartphone dépasse largement mes petites prises de tête existentielles. Les scientifiques de tous bords se sont penchés sur le sujet. L’addiction au smartphone a désormais son petit nom : la nomophobie. Les réseaux sociaux nous rendent aussi accros à eux qu’à une drogue dure et la consommation d’écrans diminue nos capacités d’attention jusqu’à nous rapprocher de plus en plus du poisson rouge…

Le temps est venu de modérer nos moments de connexion et re-prendre le contrôle de notre attention. Le philosophe/mécanicien Matthew B. Crawford parle dans son livre Eloge du Carburateur de crise de l’attention. Une crise qui n’a pas d’autres conséquences que l’épuisement moral. Preuve en est, les digital detox cartonnent en Californie et en Corée et commencent à fleurir en France. Les cadres de la Silicon Valley mettent leurs enfants dans des écoles sans technologie et on parle dans les entreprises de digital burn-out. Je suis d’ailleurs convaincue que demain les fabricants de smartphone et d’applications seront contraints, comme les alcooliers, à communiquer pour sensibiliser contre les méfaits d’ un usage excessif de leur technologie.

Rehab digitale.

J’ai d’abord été excessive et ça ne sert à rien. Du jour au lendemain, j’ai tout arrêté. J’ai acheté un vieux 8210 et annoncé ma nouvelle condition “low tech” à mon entourage. Le bilan a été deux mois de déconnexion complète à naviguer entre absurdité et contradictions. Par exemple, j’appelais mon mari pour lui demander de me chercher des itinéraires sur google map. Je recevais régulièrement des mms illisibles, des url indéchiffrables ou encore des appels interloqués d’amis se demandant pourquoi je ne répondais plus au textos (je mettais bien 5 minutes à en taper un).

Peu à peu, je me suis sentie libérée de mon téléphone, mais déconnectée des autres. Je n’étais pas victime du fameux syndrome FOMO, l’angoisse de passer à côté de quelque chose. En vérité, je me fichais pas mal de savoir ce qui se passait sur Facebook ou d’être informée en temps réel des mauvaises nouvelles des infos. Cependant, je ne parvenais plus à converser avec mes proches correctement. Si je faisais moi un effort de déconnexion, je me retrouvais coupée des modes de communication que nous avions l’habitude d’utiliser. Je ne pouvais pas décemment leur imposer de s’adapter à mes lubies retro-tech et à mes textos limités à 160 caractères.

Je me suis donc reconnectée, de manière plus modérée. J’ai retiré Facebook de mon téléphone, réduit le nombre d’application d’info à une seule et me suis établi une nouvelle hygiène de vie pour contrer mes pulsions de junk-phone.

C’est grâce à de petites habitudes faciles à appliquer que j’ai repris le contrôle de ma vie digitale et mon attention :

-Pas de téléphone dans la chambre. J’ai acheté un réveil lumineux et je commence la journée avec sa douce lumière plutôt qu’un scroll lobotomisée sur Facebook.

-Je m’endors également sans smartphone. Je lis plus de livres et mon sommeil est de meilleure qualité.

- A mon retour à la maison, je branche le téléphone loin de moi et déconnecte la 4G. Je passe une soirée sans distraction internet tout en en restant joignable.

-Je me surveille et surveille mon mari pour utiliser le moins possible le smartphone en présence de notre fille. Moins elle nous voit dessus, moins ça l’intéresse.

Petits conseils pour passer à l’acte.

1- La prise de conscience.

Pour ça vous pouvez utiliser l’app android Quality Time. Elle vous dit combien de fois vous avez checké votre téléphone et le temps que vous y avez passé. Croyez-moi j’ai beau être plus modérée, 2 heures et 150 “unlock” en moyenne par jour, ça fait réfléchir.

2- La stratégie du petit pas.

Commencez par enlever une mauvaise habitude. Si par exemple vous consultez frénétiquement Instagram sans jamais y trouver un grand intérêt, il est temps de reléguer cette app au second plan ou de la supprimer. Tristan Harris ancien cadre Google et fondateur du label Time Well Spent a d’excellents conseils d’organisation de votre écran.

3- Organisez des périodes où votre cerveau peut se concentrer sans être détourné.

Matthew B. Crawford recommande de s’investir dans un activité qui structure votre attention et vous oblige à vous engager. Apprendre une nouvelle langue, faire un travail manuel, jouer d’un instrument de musique, écrire, bricoler… Tout cela permet de canaliser son attention, de ne plus subir l’épuisement moral de se sentir mieux.

4- Ré-apprenez à vous ennuyer.

Quand vous étiez petit, vous vous ennuyiez souvent et c’était là le terreau de votre imagination. Faites le test : éteignez votre téléphone la prochaine fois que vous prenez les transports ou que vous êtes dans une salle d’attente. Votre cerveau va se remettre à vagabonder et c’est excellent pour le moral et la créativité !

Quelques sources pour accompagner sa dé-connexion :

Regardez comment le réseaux sociaux vous rendent accro ici

Nomophobie & Fomo les phobies d’une génération sur-connectée ici.

En savoir plus sur la baisse de nos capacités d’attention ici

Les point de vue du philosophe Matthew B. Crawford sur la nécessité de reprendre le contrôle sur notre attention ici

Les conseils de Tristan Harris pour dépenser mieux notre temps ici

Le dernier clip de Moby, véritable satire sur la place du smartphone dans nos vies ici