Ma tête est un bordel magnifique

Chaque soir, le train de sable fait la tournée des gamins. Il passe en distribuer de maisons en maisons afin de les plonger dans un sommeil profond. Mieux vaut être ponctuel dans son lit. En cas de passage raté, il faudra patienter 1h30 avant qu’il s’arrête de nouveau. Je le sais, j’ai souvent attendu. C’est comme cela que, pendant des années, les lignes ferroviaires ont facilité le travail de mes parents. Sauf que depuis quelques temps, j’ai l’impression que la SNCF connaît quelques perturbations sur ma ligne.

2h00. C’est le même cirque qu’hier, je n’ai pas fermé l’œil. Pourtant, J’ai compté les moutons. Plutôt deux fois qu’une. Une fois le troupeau passé en revue, je suis passé aux pigeons. Mais c’est plus compliqué. Ça vole un pigeon. Je me suis perdu dans les chiffres ; j’arrive plus à les ordonner.

Il y a ce lampadaire dans ma rue, qui éclaire ma chambre comme en plein jour. Assis sur mon lit, Je vois le porte manteau dans le coin. Je suis persuadé qu’il a bougé. Encore un Relent de peur nocturne venu tout droit de l’enfance. Aujourd’hui, Je dis cela avec humour, mais le dessous de mon lit a été le témoin de sombres histoires.

3h00. J’ai le regard vitreux. Celui que j’avais durant mes cours de Mathématiques. Il donne l’impression que je suis en veille alors que cela cogite à l’intérieur. Cela me permet de m’évader de temps à autres. J’ai pas mal voyagé dans ma tête. J’ai fait le tour du monde avec Thalès et les chiffres complexes.

Je suis là, à attendre un sommeil qui s’est fait la malle. « Suis moi et je te fuis », qu’il m’a dit. Je me frustre. Désolé, Je m’égare dans mes idées, simple réaction de fatigue. Le fait est que j’ai perdu la recette du sommeil. Mes yeux en portent les stigmates. Pour preuve, la couleur violacée qui les cerne. Je n’aime pas le violet, ça sent le cadavre frais.

Attendez, j’entends du bruit.

Toc toc toc

- Qui est là ?
- C’est moi
- Comment ça, je ne vois personne.
- Tu le sais, je suis dans ton crâne.

Et c’est là que ma nuit est partie en vrille…

Il est 3h00, et dans ma tête, c’est un bordel magnifique. Ce doit être la lumière du lampadaire qui excite mes cellules photosensibles. Des décharges neuronales qui provoquent le ping pong effréné de ma boite crânienne. Dans cette usine qui tourne à plein régime, tout le monde s’agite: Le grand Jacques suit sa Bernadette, le petit prince descend du baobab. Robert a finis par muscler son jeu. Et Charlie ferme la chocolaterie. Jean Rochefort s’approche de moi. Doux jésus, je me retrouve immergé dans mon lob frontal! Je décide de prendre les choses en main.

- Ici la voix, Que se passe-t-il Monsieur Rochefort?
- Le conseil d’administration de ton esprit se réunit, on n’en peut plus.
- Quel est l’ordre du jour ?
- Tu es complètement pommé petit, on part en quête de sens! Suis moi, et appelle moi Jean, on se connait depuis longtemps.
- Je n’ai pas besoin de vous, je suis une grande personne
- Tu te moques de moi, tu as peur de tout gamin. Tu es paralysé par ton manque de repères..
- Cela ne vous regarde pas.

-Un peu de respect, j’ai autant de droits que toi, je loge dans ta tête. Or tu ne dors plus, et cela me fatigue. Tu as une dette de sommeil envers moi. Tout cela parce que tu es terrifié à l’idée de te perdre dans une vie qui ne te convient pas et en même temps tu es incapable de tenter quoi que ce soit. C’est confortable chez papa-maman. Mais ce n’est pas ton avenir. Tu le sais. Tu t’en rends compte et te voiles la face. Tu as beau être hyper connecté, hyper sollicité, hyper diplômé, ce n’est pas pour autant que tu es hyper heureux. Tu vois les deux vieilles qui jouent au scrabble?

-Oui, et qui est la femme au fond?

Là-bas, c’est Pocahontas à poil. Un de tes vieux fantasmes de jeunesse. Bref, les deux vieilles ce sont la Tristesse et la Satisfaction. A mon avis, tu leur laisses trop de place ici. Elles entravent toute action de ta part. Et tu te contentes de ce qui ne t’épanoui plus. Un matin tu te réveilleras en vieux grincheux comme moi, et tu te rendras compte que parmi tous tes rêves non réalisés il y avait les plus beaux. Tu as du talent. On en a tous un. Et c’est à toi de créer les circonstances pour qu’il se révèle. Dis-toi bien qu’un potentiel n’est rien s’il n’est pas exploité. Bats-toi pour cela. Deviens le combattant que tu dois être. Et je t’exhorte de sortir de ta zone de confort. Ose te passionner, pour les gens, pour des projets, et tu feras des choses qui comptent. Aime. Cette fille, Aime-la comme un fou. Vas lui décrocher sa lune, du moins, un croissant. Tu sais petit, Tu n’es pas là par hasard. Alors trouve ton sens.

-J’essaie Jean. J’essaie. Je ressens un poids sur mes épaules. J’ai des attentes fortes, on m’a toujours fais croire que j’étais spécial, que je pouvais réaliser mes rêves. On m’a vendu Steve Jobs, Elon Musk, Zuckerberg comme les héros de ce siècle. J’ai vu leur réussite en omettant les efforts de leurs débuts. On m’a dit que le monde m’attendait. Mais Personne ne m’attend. On m‘a foutu cette ambition illusoire sur le dos. je me sens pris au piège; entre des attentes démesurées, et ma réalité qui n’est pas à la hauteur. J’ai du boulot pour être au niveau des générations précédentes.

-Ne crois pas qu’on te laisse un monde parfait, ce n’est pas un chef d’œuvre. Il est même bancale parce qu’on a pas mal raté. On a fait des guerres, on a eu des approches égocentriques, on a glorifié le commerce de masse. On s’est usé à rentrer dans des cases à tout bien faire comme il le fallait. Pour quel résultat ? Des perfusions de psychotropes dans les veines afin de figer la pensée. Alors ne nous envie pas. Ni même ceux qui t’entourent. Pour toi, c’est encore l’aurore. Tout reste à faire. Ose, construit, échoue et recommence. Ta vie est un laboratoire. Ton ambition, tu dois la garder. N’ai pas peur de la dévoiler à ceux qui la stigmatisent. Elle te plongera dans un ailleurs nouveau.

Ce que je veux te montrer petit, c’est que ton monde, tu peux le rendre meilleur que le notre. C’est à toi de faire la transition vers cette nouvelle ère, en tenant compte de nos erreurs. Tu as accès à tout. Tu as le monde entre tes mains. Sers t’en. Tu n’es pas plus différent que ce gamin de l’autre côté de la planète. Tu n’es pas meilleur. Ouvre toi à lui. Partage, et ne t’enferme pas comme nous avons pu le faire. Voyage. Va apprendre de sa culture. Imprègne t’en. Et tu comprendras le sens que tu veux donner à demain. Tu verras que les plus belles aventures ne se vivent pas seul; elles sont collectives.

Il est temps de te laisser. Tu as une pièce de théâtre qui t’attend. Tu en es le comédien principal. Et crois moi, j’en connais l’importance. Attache toi a lui donner le bon rythme. Je te laisse mon Don Quichotte.

-Il était pas mal votre tour Jean, Merci.
-Pas de quoi petit. Le chemin se poursuit, à toi de faire le reste.

C’est là que je me suis reconnecté à la réalité.

Assis sur mon lit je visualise le porte manteau qui bouge encore. Je devine la personne cachée derrière : c’est Morphée, la conductrice du train de sable. Cette fois, je vais l’attraper.

Je me lève. Je prépare le lasso, du moins ma corde à sauter. J’ai vu ça dans pas mal de Western avec mon père. Je le fais tourner au-dessus de ma tête. Dans ces situations, c’est le charisme qui fait la différence. Je le lance !

Raté, n’est pas Clint Eastwood qui veut. Pas grave. Je lui saute dessus.

Mince, il n’y a personne. Une simple vue de l’esprit.

Je suis seul dans la pièce. Seul face à mes décisions. Et en même temps, ce n’est pas plus mal. Je n’ai pas d’autres solutions que de prendre les choses en main et de me projeter vers Demain.

Le lampadaire s’éteint en même temps que le jour apparaît.

Le rideau se lève.

Le spectacle peut commencer,

A moi de jouer.

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