Ma vie de slasheuse bénévole

Episode 2 : l’ascenseur émotionnel

SP Août 2016

Souvenez-vous dans l’épisode précédent, ça se terminait comme ça :

“Une chose est sûre, je n’aurai jamais le regret de ne pas avoir tenté, parce qu’une nouvelle vie m’attend, et ça ne tient qu’à moi de la rendre plus excitante et de faire enfin ce que j’aime.”

Alors me voilà partie, début janvier 2016, avec la ferme intention de prendre soin de moi, de me nourrir intellectuellement , de laisser libre cours à mes envies créatives, et prête à affronter le monde du travail en mode : “j’arrive pour te botter le cul et te montrer de quoi je suis capable !”

8 mois après, voici un bilan de ma vie de travailleuse à mi-temps, et slasheuse bénévole de l’autre. Je retiendrai 3 grands moments importants :

1- Ma rencontre avec le monde des start-up

Très vite nous nous lançons avec une amie dans un projet qui nous tient à coeur depuis quelques mois autour de la notion de mentorat pour accompagner des jeunes en recherche d’emploi et de sens dans notre monde numérique.

Nos parcours complémentaires sont un vrai plus, nous savons de quoi nous parlons, nous avons de l’expérience et un bon réseau, alors Go !

Je garde de cette période d’incubation de notre projet de très bons souvenirs : je ne compte plus nos rendez-vous dans des espaces de coworking, nos brainstorming/cappuccino/clopes en terrasse en plein hiver, nos cahiers à noircir, les conférences et les meet-up pour nous ouvrir l’esprit sur le monde du travail, le système éducatif, les rendez-vous dans une Scop (société coopérative et participative) pour concrétiser les choses, les fous rires et les moments d’angoisse, les moments où on y a cru, et puis les autres, bref, l’ascenseur émotionnel au maximum pendant 4 mois !

Nous avons contacté 2 start-up qui ont pignon sur rue afin de leur proposer notre projet. La 1ère, trop débordée, a préféré décliner notre offre.

Avec la 2ème ça a matché beaucoup plus vite. Nous arrivions pile poil au moment où ils se posaient les mêmes questions que les nôtres, et nous pouvions y répondre en partie.

2 rendez-vous plus tard avec les créateurs, avec de grosses phases de up, une proposition pas acceptable et pas en accord avec notre vision des choses, la violente phase de down nous tombe dessus : “nous vous recontacterons plus tard parce que là on vient d’embaucher le couteau Suisse qui va faire le job. Si ça ne marche pas avec elle on verra”.

Traduction : super votre projet mais vous êtes 2, en free lance, et donc ça va nous coûter un bras, alors que là on vient d’embaucher une jeune pleine de ressources qui va bien faire l’affaire et comme en plus on a votre propal hyper détaillée sous le coude, ça ne sera pas trop difficile de s’en “inspirer” !

Bim ! Alors 1ère leçon, NE JAMAIS FAIRE CONFIANCE ET NE JAMAIS COMMUNIQUER DES DOCUMENTS TROP DETAILLES !

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2ème leçon : contrairement à ce qu’on peut croire, le monde des start-up est un monde très fermé, un nouvel entre-soi, plus jeune, avec son langage, son écosystème, ses valeurs (mais ce sont encore et toujours des valeurs capitalistes classiques, cachées dans un bel habit d’économie sociale et solidaire pour certaines, ou clairement assumées pour d’autres). Mais c’est un mythe ! Voir le très bon article de Slate à ce sujet.

Et on a tellement voulu y croire, qu’on est tombées dans le panneau. C’était tellement beau sur le papier ! Trop beau…

Alors on s’est relevées, parce qu’on est comme ça ! Ca nous a foutu une claque mais ça nous a surtout réveillées. Ce monde là n’est pas pour nous : trop superficiel, des valeurs qui ne sont pas les nôtres, et un besoin de reconnaissance qui n’est pas le nôtre puisque nous savons qui nous sommes et ce que nous valons. Notre épanouissement est ailleurs…pas loin.

Rattrapée par le quotidien et un besoin d’argent, mon amie qui était inscrite depuis peu à pôle emploi a retrouvé très vite du boulot parce qu’elle est brillante. Nous 2, je sais qu’on fera un truc ensemble un jour, quand l’alignement des planètes nous correspondra… En attendant, étant toujours à mi-temps, j’ai décidé de tenter une autre aventure.

2- Mon épanouissement en tant que bénévole

Je continue donc de m’enrichir via des lectures, des conférences et des moocs. J’en profite pour boire un coup avec d’anciens/anciennes étudiant(es) avec qui j’avais un bon feeling, de revoir des ami(es), bref de m’aérer car je me rends compte que mon boulot à mi-temps ne m’intéresse vraiment plus du tout. C’est devenu un boulot alimentaire qui me permet de faire tout le reste à côté.

C’est à ce moment là que j’assiste à une conférence tenue par une personne que j’estime beaucoup sur une thématique passionnante : “Construire une mémoire collective des catastrophes, qu’elles soient d’origine naturelle, économique, sanitaire ou liée à des actes de terrorisme, et créer des liens pour mieux faire face aux situations à venir…”

Les hasards de la vie font que je connais un peu cette personne, et donc je suis allée la voir pour lui parler de l’association et du site qu’elle a créé en lien avec cette thématique. Et les hasard de la vie font que je suis à mi-temps, en quête de sens, et que cette personne recherche des bénévoles pour travailler sur ce site ! Pas une seconde d’hésitation, je dis oui tout de suite et rendez-vous est pris pour assister à une réunion le lendemain avec tous les bénévoles.

Je dois dire que le monde du bénévolat m’était complètement inconnu. j’ai rencontré des personnes formidables et j’en rencontre encore de nouvelles régulièrement. Je me suis impliquée à fond dans ce projet qui me tient de plus en plus à coeur. Il me permet de mettre à profit mes compétences de veille, mon réseau professionnel, mes connaissances des réseaux sociaux, et de libérer ma créativité. J’ai 1000 idées à la seconde et toutes ne sont pas tenables, mais certaines ont porté leurs fruits et j’en suis très heureuse.

Il reste encore beaucoup de choses à faire pour que ce site soit plus connu, pour qu’il ait plus d’échos médiatique, mais justement le challenge est tellement prenant, que je savoure chaque nouvelle action comme une petite victoire.

Voilà, j’ai enfin trouvé ce qu’il me manquait dans mon boulot, et ce que je ne trouverai jamais complètement dans une start-up : de l’excitation, des rencontres, des projets, de la confiance et de l’estime entre tous les bénévoles mais aussi de la part du président de l’association. Une grande autonomie, de l’écoute, du sens et du concret. Et nous sommes libérés des notions d’argent, de rentabilité, de levée de fonds, puisque tout tient par la force collective des bénévoles, et qu’il serait malvenu de se faire de l’argent sur le malheur des autres.

Mais le plus important, c’est que je sors enfin de ma zone de confort et que je plonge dans l’inconnu, et c’est ça qui me plait ! J’attends la rentrée avec impatience pour voir si les petits hameçons que j’ai lancé vont ramener du gros poisson ou pas !

LB Juillet 2016

3- Mon temps libre pour ma créativité

Depuis le début de mon mi-temps, j’ai eu la furieuse envie de rattraper le temps perdu en termes de lecture. Un livre m’aura particulièrement marqué :

l’éloge du carburateur, de Matthew Crawford

Pour faire vite, l’auteur nous fait part de sa réflexion philosophique et sociologique sur le monde du travail et nous explique comment le travail intellectuel nous aliène et au contraire comment le travail manuel nous enrichit intellectuellement.

Ca tombe bien, parce que je voulais justement profiter de mon temps libre pour laisser libre court à ma créativité ! Alors je me suis lancée, et j’ai accentué un mouvement initié il y a quelques temps : travailler sur de la récup d’anciens objets pour en faire de nouveaux.

SP Août 2016 / Récup : faire du neuf avec du vieux !

Réfléchir et créer : voilà ce qui me manquait aussi dans mon boulot !

Du coup, une création en entraînant une autre, je ne m’arrête plus et j’ai un carnet bourré de projets de déco : Le DIY et moi, on ne se quitte plus !

Pour parfaire ce tableau, il me manquait une chose, enfouie depuis des décennies au plus profond de moi : l’envie d’écrire. Envie qui est devenue irrépressible au fil de mon mi-temps, comme une urgence absolue. A regarder tous mes carnets achetés ces dernières années et restés désespérément blancs, parce que bloquée et incapable d’y poser la moindre idée, je me suis dit que c’était maintenant ou jamais : STOP WISHING, START DOING !

Poussée par mon entourage, par mes multiples rencontres, j’ai décidé de me lancer et d’écrire sur Médium qui est la plateforme idéale pour moi : écrire est une souffrance, mais c’est libérateur.

Et puis récemment je suis tombée sur cet article sur Médium : Le syndrome de l’imposteur d’Anne-Laure Fréant. Et là, grosse claque. Je me retrouve en partie dans ce syndrome des multi-potentiels. C’est rassurant, parce que ça me confirme certaines choses sur mon mode de fonctionnement et mon rapport avec le travail, et en même temps ça fait peur, parce que je me demande ce que je vais faire à la fin de mon mi-temps, en décembre prochain.

Voilà, je suis arrivée au bout de mes 8 mois de mi-temps, et la première chose que j’ai faite, c’est de demander sa prolongation jusqu’à la fin de l’année. Je grille mes dernières cartouches car je sais que c’est un piège, parce que maintenant que j’ai goûté à la liberté que ce mi-temps m’a apporté, il va bien falloir se résoudre à une évidence : cette liberté à un prix : je ne gagne pas d’argent !

J’ai eu beaucoup d’interrogations, de coups de mou, d’angoisses, mais en contrepartie, une vraie liberté. Alors certes, j’ai fait un sacrifice financier pour une qualité de vie améliorée et je ne le regrette pas. Mais le retour de boomerang n’est pas loin : maintenant que ma période d’introspection est terminée, je me rends compte que ce n’est plus possible de revenir bosser et de continuer à faire ce que je fais depuis 19 ans, plus possible de revenir à un enfermement, même à 4/5ème.

Et quand on me demande : “Mais alors tu fais quoi pendant ton mi-temps ?” En général on s’attend à ce que je réponde une phrase du type : je bosse chez bidule, un truc concret qui ramène de l’argent quoi !

Non, je suis incapable de répondre ça car je fais plein de trucs différents qui m’épanouissent mais qui me rapportent 0 € et 0 centimes et je m’en fou. Ca choque mon entourage, ça interpelle mes collègues qui doivent me prendre pour une dingue alors que j’ai un boulot bien payé qui ne demande qu’à ce que je revienne à temps plein, avec beaucoup de congés et à 5 min de chez moi.

Je passe pour une dingue je vous dis !

Pourquoi aller galérer dans les transports en commun franciliens quand on a tout ce qu’il faut à 5 min de chez soi en voiture ?

Méfions-nous des prisons dorées !
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L’idée du revenu universel est loin d’être applicable en France, alors que ce serait une solution pour des profils comme le mien : je pourrais être multi-potentiel, multi-activités, slasheuse et apporter ma patte à la société tout en gardant mes valeurs.

Allez, je vous laisse avec le sujet de Philo du bac S 2016 :

Travailler moins, est-ce vivre mieux ?

Vous avez 4 heures !

j’ai décidé de ne mentionner aucun nom, des start-up, espaces de coworking, de conférences, meet-up et autres salons, le but n’étant pas de faire de la pub ou contre pub, mais de donner mon ressenti sur cet univers. Idem pour les personnes que j’ai rencontrées depuis 8 mois.

À suivre : dernier épisode. Et ensuite ? Il se passe quoi en 2017 ?

Bibliographie :

Matthew Crawford : éloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travail, La Découverte, 2010, 248 p.