Marianne vous dit : “Merde.”

Deux mots aux “Républicains”

Publié sur carriespeaking.com

Je suis partie 8 mois de France et j’ai parcouru l’Amérique du Nord de long en large. C’est un continent qui m’est familier. On s’est connu il y a 10 ans, au détour d’un déplacement pour le boulot, et aujourd’hui nous sommes devenus de vieux amis. On s’aime malgré nos névroses respectives, nos tares nombreuses et nos désillusions grandissantes. On déjeune ensemble toutes les semaines, on se Facebook tous les jours et quand on ne se voit pas, on se manque.

Il y a un mois, je suis revenue. J’ai redécouvert un paysage politique que j’avais laissé derrière moi avec soulagement. Je m’étais dit, “c’est l’usure”. Je m’étais dit, “j’ai juste besoin d’un break”. Je m’étais dit, “ça vient de moi ; tout n’est pas si noir”.

En fait ça ne venait pas de moi. Depuis mon retour, la France me fait l’effet d’une ex avec qui je n’arrêterais pas de ressortir. Au bout d’un moment, ça suffit.

Monsieur Sarkozy c’est pareil. C’est comme l’ex toxique avec qui l’on renoue sans cesse. C’est comme manger son propre vomi. Je constate que Monsieur Sarkozy, 8 mois plus tard, nous parle de nos ancêtres les gaulois là où son blond de service nous parlait jadis des auvergnats.

Mais il n’y a pas que Monsieur Sarkozy. Il y a Monsieur Fillon qui part en guerre contre les droits des homosexuels. Il y a Monsieur Juppé qui me fait vraiment l’effet d’un plat réchauffé 35 fois, parce que je me rappelle qu’il était déjà là au Bébête Show quand j’étais petite, et qu’aujourd’hui j’ai 35 ans.

Et il y a tous les autres. Mais je parle de ces trois-là, parce que c’est vraiment le triumvirat du pathétique. Le trio des ex qui me gâchent la France et me pourrissent la Marseillaise. En fait, c’est tout leur parti qui me gonfle.

Chez les “Républicains”, on veut de la tradition. On veut de la conservation. On veut de la France, de la vraie. De l’auvergnat, du tricolore, du “Made in Terroir”. On veut du patriotisme, façon Astérix et Obélix. Mais attention, on n’est pas racistes. On n’est pas homophobes. On n’est pas sexistes. Au contraire, on fait “barrage au FN”.

Moi, chers “Républicains”, je suis 100% pur jus européenne, 100% pur jus catholique, baptisée, blonde, avec des yeux verts. Je suis bleu-blanc-rouge, je suis Marianne avec un glorieux 85D. Mon nom de famille contient une voyelle nasale bien française ; mon nom fleure bon la patrie. Et pourtant, votre France me fait honte.

Je suis aussi une putain d’homosexuelle bien féministe, qui met des mots anglais partout dans ses phrases, une putain de “bobo des villes” qui sirote son latté deux fois par semaine (spéciale dédicace à Laurent Wauquiez, que j’avais presque oublié, votre champion du monde, votre Prix Nobel de la Médiocrité).

Chers “Républicains”, on ne cocoricote pas quand on a collaboré, quand on a blanchi ses troupes, quand on a foiré sa décolonisation, quand on lutte contre l’égalité des droits, quand on oriente sa campagne contre les minorités, quand on ferme des plannings familiaux, quand on va à la messe en convoquant la presse, quand on croit que nos ancêtres sont gaulois. On ne demande pas à un homosexuel dont on s’apprête à nier les droits familiaux, d’être patriote. On ne demande pas à une femme voilée que l’on humilie dans la rue, d’être patriote. On ne demande pas à un antillais français depuis le XVIIIème siècle et contrôlé au faciès chaque jour, d’être patriote. On ne demande pas à un chômeur que l’on traite d’assisté, d’être patriote.

Que la fierté est crasseuse, quand elle ne connaît pas l’humilité !

J’ai passé 8 mois dans un pays plein de patriotes, certains sympas, d’autres allumés. Ca peut faire vomir ça aussi. On peut ne pas supporter ces gens qui chantent l’hymne au drapeau à l’école. On peut ne pas supporter le support inconditionnel de ces gens à leurs troupes. Ces gens-là aussi, surtout en ce moment, ont leurs péchés inavoués, leurs démons. Eux aussi ont leurs “Républicains”.

Mais concernant le patriotisme, ces gens en connaissent un rayon. J’ai appris des trucs sur place. J’ai reçu en pleine face la vraie différence entre patriotisme et nationalisme. Je ne crois ni en l’un, ni en l’autre. Je ne trouve pas ça sain, dans une société moderne, dans un monde ouvert, dans une humanité du XXIème siècle. Mais si les “Républicains” de France veulent du patriotisme, quelqu’un doit leur dire qu’ils se plantent.

J’ai rencontré des hommes coiffés de leur Stetson, qui m’ont raconté leur grand-père polonais ayant émigré à l’arrache aux Etats-Unis pour y trouver un monde meilleur. J’ai rencontré des femmes à la permanente exubérante qui m’ont raconté leur aïeule irlandaise ayant fui la famille parce qu’elle était en cloque et en quête d’une terre plus libérale. J’ai rencontré des sikhs enturbannés qui m’ont raconté leur fierté immense quand ils ont reçu leur premier permis de travail après avoir squatté toute l’aile gauche d’un Tupolev avec leur tripotée de mioches. J’ai rencontré des afghans qui m’ont raconté la guerre, les bombes, et leur incrédulité soulagée lorsqu’on leur a dit qu’ils pouvaient rester et se débrouiller pour joindre les deux bouts.

Eux aussi, en face, ils ont des “Républicains”. Eux aussi, en face, ils ont des cons. Eux aussi, en face, ils ont des blancs qui n’aiment pas les noirs, les basanés, les bougnoules, les pédales, les féministes hystériques.

Tu peux me dire que l’Amérique c’est pas pareil, qu’en France, nous, on a des racines, une souche et une histoire, une vraie. Un terroir.

Peut-être. Mais en leur parlant, en taillant le bout de gras (de bacon), en papotant de tout et de rien, j’ai appris qu’on ne naît pas patriote, mais qu’on le devient.

J’ai appris qu’on ne gave pas les gens comme des oies pour leur inculquer le sens de la patrie.

Ironie suprême, j’ai appris que le patriotisme naît dans le coeur d’un immigré.

Il naît dans le coeur d’un laissé-pour-compte.

Il naît de la gratitude d’un pauvre diable d’avoir été inclus, reconnu, pris en compte, mis sur un pied d’égalité.

Cher “Républicain”, garde ton millésime, tes Lumières, ton Louvre et ta “belle langue”, tes pains au chocolat et ton putain de foie gras. Tu es un abruti de première classe, une honte pour ton pays, et Marianne te dit : “Merde.”

(et en plus, je suis végétarienne.)

C.I.D
Une “Gauloise” dans une colère monstre.

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C.I.D
alias CARRIE SPEAKING,
Auteure de voyage, Blogueuse.
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