Medium, le nouvel eldorado des journalistes ?

En quoi Medium peut-elle être une plateforme intéressante pour les journalistes ou futurs journalistes en herbe ?

Medium pourrait devenir le lieu d’expression favoris des journalistes à la recherche d’un nouvel espace pour partager leurs histoires avec le monde. Certains d’entre eux ont déjà choisi Medium comme alternative aux médias traditionnels.

Je vous propose de découvrir dans cet article en quoi Medium peut offrir une jolie alternative aux blogs traditionnels ou autres médias de presse, avec plusieurs témoignages de journalistes professionnels et d’étudiants en journalisme qui ont choisi Medium comme lieu d’expression et de partage.

Je tiens à remercier chaleureusement tous les auteurs qui m’ont offert un peu de leur temps pour partager leur vision de Medium dans le cadre de leur travail. C’était un plaisir d’échanger avec eux.

Raconter

Medium est pensé depuis toujours comme un lieu pour partager ses idées et ses histoires avec le monde. L’interface laisse la part belle à l’écriture et met en valeur les mots et les images comme aucune autre plateforme sur le web. Raconter une expérience de terrain illustrée de nombreuses photos peut alors prendre tout son sens sur Medium. Certaines fonctionnalités comme le grid pour les images permettent de réaliser de magnifiques compositions qui mettent en valeur les photos et apportent ainsi une émotion nouvelle au récit que vous êtes en train d’écrire.

La photo fait partie intégrante du métier de journaliste. Elle permet de raconter autrement et surtout de toucher le lecteur au plus profond de lui même. Medium a compris cela en proposant une belle mise en page des photos et du texte.

Pour prendre un exemple d’articles de fond où l’image tient une place prépondérante dans le récit, la publication éditée par UNICEF est particulièrement représentative. En lisant les articles, c’est un peu comme si l’on se plongeait dans un numéro du National Geographic avec ses photos magnifiques et grand format. Peut-être une publication du célèbre magazine bientôt sur Medium ?

Au travers de mes lectures, je suis tombé sur les articles écrits par Camille Krafft, journaliste RP qui écrit au Matin Dimanche. Camille a eu l’occasion d’échanger avec des collègues au sujet de Medium. Pour certains, Medium pourrait être l’une des formes de l’avenir du journalisme. Voici son témoignage :

Journaliste depuis douze ans, je n’avais jamais vraiment blogué jusqu’à cet été. En formation continue à Kiev pour deux semaines (dans le but de perfectionner mon russe et de suivre des conférences données par des journalistes indépendants), j’ai eu envie de raconter mon expérience, d’expliquer comment on vit dans un pays en guerre, mais loin du front. J’ai découvert Medium grâce à un autre utilisateur, mon compagnon Guillaume Henchoz, alias @chacaille, qui y poste notamment des articles d’histoire.
Je trouve l’interface de Medium sobre et très pratique, beaucoup plus simple que d’autres blogs que j’ai pu expérimenter ici ou là. Ce qui me plaît en tant que journaliste de presse écrite, c’est que cette plateforme fait la part belle à l’écriture, justement. L’intégration des images est très aisées, elle sont là pour illustrer. C’est donc également là l’une des limites de Medium, que je ne recommanderais pas à un photographe, par exemple.
Je compte continuer à bloguer, parce que j’ai énormément de plaisir à suivre cette démarche, qui est, au fond, l’inverse de ce que je fais au quotidien dans mon travail de journaliste. Lorsque je blogue, je ne vais pas sur le terrain dans le but de faire un sujet, mais je tire mes sujets de ce que je vis au quotidien.
J’en ai discuté récemment avec un collègue, qui pense que cette forme d’expression, libérée des contrainte imposées par une rédaction en chef, est (une des formes de) l’avenir du journalisme. Le problème, c’est que cela n’a aucune valeur marchande…

Camille a récemment lancé sa propre publication sur Medium, Ithaque :

Notre ligne rédactionnelle n’a cependant pas bougé d’un iota : parler de la beauté de ce qui nous entoure comme de la laideur, du génie comme de la connerie, en toute subjectivité. Car ITHAQUE ne prétend pas à l’objectivité journalistique. Partant du principe que le messager a des racines, on ne vous garantit qu’une seule chose: l’honnêteté.

Engager

Sur les médias classiques ou les sites de presse traditionnels, il n’y a pas ou très peu d’engagement de la part des lecteurs. Ce qui n’est pas choquant d’ailleurs puisque le but principal de ces sites reste d’informer le lecteur. Les interactions sont finalement quasi inexistantes. On pourrait alors imaginer une nouvelle forme d’échange entre le journaliste et ses lecteurs, permettant à chacun de s’enrichir et d’en apprendre encore plus sur les histoires racontées. Il faudrait alors offrir des outils permettant la naissance de ces échanges…

Medium propose des fonctionnalités très intéressantes qui permettent d’intéragir facilement avec les auteurs : les notes en marge du texte, les highlights, les réponses ou encore les mentions sont autant de moyens d’entrer en contact avec l’auteur et de faciliter ainsi les interactions. Les contenus deviennent alors plus vivants et de véritables discussions peuvent se créer entre les auteurs et les lecteurs.

Découvrir

La page d’accueil de Medium est entièrement personnalisée en fonction de votre activité sur le réseau. Les articles proposés dépendent des auteurs que vous suivez, des sujets qui vous intéressent (par l’intermédiare des tags) et des recommandations des auteurs auxquels vous êtes abonnés. Découvrir de nouvelles histoires est alors un véritable jeu d’enfant ! Chaque auteur qui écrit sur Medium peut vite se retrouver sur la page d’accueil de la plateforme dans le cas où l’article a reçu de nombreuses recommandations. Une visibilité certaine qui pourrait intéresser les jeunes journalistes qui souhaitent se faire un nom dans le milieu ou qui désirent simplement exposer leur travail.

J’ai eu l’occasion d’échanger avec Anne-Diandra Louarn, une jeune journaliste basée à Vancouver qui suit l’évolution de Medium avec attention. Elle travaille actuellement pour Radio-Canada et France 24. Elle a par le passé travaillé comme journaliste web au Monde.fr et elle écrit régulièrement dans Le Point et l’Express.

Elle nous livre ici ses premières impressions sur la plateforme et son intention d’écrire prochainement ses futurs billets sur Medium :

J’ai découvert Medium à son lancement… en 2013 si mes souvenirs sont bons. Je m’intéresse de manière générale à l’actu réseausociaux / high tech. J’ai donc immédiatement créé un profil (en utilsant mon compte Twitter).
Je dois bien avouer que sans être sceptique, j’étais tout de même dubitative. Encore un énième réseaux social qui veut profiter de la tendance au Facebook-bashing ? Je ne suis pas particulièrement fan de FB mais force est de constater que ça demeure la référence et surtout le média social des masses incontournable où se retrouvent désormais toutes les générations.
Bref, j’ai quand même donné sa chance à Medium et 2 ans plus tard… j’y suis toujours ! J’ai même téléchargé l’appli il y a quelques mois car mon utilisation est croissante depuis environ 1 an. Et j’en suis la première étonnée !
C’est plutôt difficile de s’attacher à un nouveau réseau social, à un nouveau média. Ce qui m’a immédiatement plu avec Medium c’est tout simplement que c’est beau, épuré, ça donne envie. Résultat ? Le design sert l’info.
Ensuite, ce qui m’a fait revenir sur Medium, c’est la qualité des discussions. J’ai découvert des sujets, des articles fouillés et des “fellow journalistes” qui valent vraiment le coup !
Bref, je crois bien que je suis séduite par Medium, et j’ai d’ailleurs quelques projets d’écriture que j’aimerais lancer sur Medium. Et pourquoi pas même y transférer mon blog que j’ai bien envie de relancer (actuellement hébergé chez un média français).

Anne-Diandra évoque l’idée de relancer son blog sur Medium. Une belle idée d’autant plus qu’il est désormais possible de choisir son propre nom de domaine sur Medium. Vous pouvez ainsi associer vote publication Medium au nom que vous avez choisi pour votre site ou votre blog personnel. Vous bénéficiez de l’audience de la plateforme et vous n’avez plus qu’à vous concentrer sur votre contenu !

Visibilité et échanges

J’ai eu récemment l’occasion de rencontrer Valentine à Paris autour d’un café, nous avons longuement échangé sur Medium et le journalisme. Valentine prépare actuellement plusieurs concours aux grandes écoles de journalisme et elle est tombée littéralement amoureuse lorsqu’elle a découvert Medium. Son témoignage est très intéressant et montre l’écho grandissant du site auprès de ces futurs journalistes nouvelle génération.

Je connais Medium depuis un peu moins d’un an maintenant. Au début, je me souviens m’être abonnée à tous les tags possibles tant je trouvais le concept intéressant. Quand on aspire à devenir journaliste et qu’on prépare les concours des grandes écoles, on est obligés de tout savoir, sur tout, tout le temps, et il est parfois difficile de se repérer au milieu de l’offre médiatique grandissante. Avec Medium, il était facile de suivre les sujets qui m’intéressaient, le bonus étant un angle moins classique que dans les médias établis, développés par des gens passionnés, écrivant par passion de l’info, du débat… Medium permet une grande proximité entre les auteurs, il est facile d’échanger des idées, d’émettre des critiques…
Par la suite, une fois la plateforme bien prise en main au niveau lecture, j’ai eu envie moi aussi de publier. Ce qui n’a pas été une étape facile. Même si j’écris depuis que je sais le faire, mes productions n’ont jamais été lues que par ma famille et mes amis. Pourtant, me destinant à être lue/écoutée dans mon métier, il fallait bien me soumettre à une critique directe de lecteurs objectifs.
Très hésitante au début, mais poussée par mon ami, j’ai finalement publié mon premier article en novembre 2015. Il a été lu plusieurs centaines de fois en quelques jours, et la sensation était vertigineuse. Pour la première fois, je faisais lire mes écrits, et ceux-ci, même s’ils ne plaisaient pas toujours, provoquaient des réactions, des commentaires, des avis divergents… Ce qui au final est le lot quotidien des journalistes, qui ont en plus, ce qui n’est pas (encore) mon cas, un devoir d’objectivité.
Medium est donc pour moi un excellent exercice d’écriture, tant par l’aisance de suivi d’autres auteurs (que je prends souvent en modèle) que par la possibilité d’avoir un échange avec eux sur mes propres articles.

Valentine a donc commencé par lire sur Medium, puis elle s’est lancée en tant qu’auteur en écrivant ses premiers articles. La phase de découverte est importante, c’est en lisant et en recommandant des articles que vous allez au fur et à mesure construire votre réseau et votre présence sur Medium. En vous abonnant à des auteurs et en montrant votre intérêt pour leurs idées, vous allez vous faire remarquer et vous aurez plus de chance qu’ils s’intéressent à vous en retour lorsque vous publierez votre premier texte.

Un autre regard

Laura Wojcik est étudiante à l’école de journalisme de Science Po Paris. Elle a découvert Medium dans le cadre de ses études et nous livre ici sa vision de la plateforme.

J’ai commencé à utiliser Medium dans le cadre de mes études de journalisme et d’un cours sur le storytelling interactif. J’ai mis deux secondes et demies à comprendre la plateforme, qui est d’une simplicité enfantine. Pas de fioritures, juste de quoi mettre en valeur un texte et quelques photos. Certains billets que l’on pense confidentiels peuvent vite être repris ailleurs, via Twitter ou Facebook.
L’une de mes publications en Anglais sur le journalisme structurel a par exemple pu être vue par un peu moins de 2000 personnes, alors qu’elle n’était hébergée par aucun grand média. J’ai été assez impressionnée par la vitesse à laquelle un billet unique peut circuler, presque tout seul. Lorsque l’on est étudiant en journalisme on crée beaucoup de matière chaque semaine pour s’entraîner au métier. Des articles qui parfois mériteraient d’être vus mais qui ne peuvent être hébergés que par nous mêmes. J’ai aussi utilisé Medium juste après les attentats du 13 Novembre pour partager un témoignage plus personnel sur les évènements, un billet ultra-subjectif qui n’aurait pas eu sa place dans un média traditionnel.
La plateforme permet à certains journalistes de raconter leur monde avec leur propre référentiel, sans pour autant engager leur média avec eux. Je trouve que c’est assez rafraîchissant de voir s’exprimer la plume d’un journaliste différemment, de l’observer sortir un peu des sentiers balisés.

Laura met en lumière la possibilité pour le journaliste de s’exprimer différemment et peut-être de manière plus personnelle sur Medium. C’est aussi ce dont parle le journaliste et grand reporter Nicolas Delesalle à la fin de ce billet.

Medium plaît déjà aux journalistes

Certains magazines aux États-Unis ont totalement migré leur contenu sur Medium, le plus connu étant Matter, devenu la publication de référence sur Medium aujourd’hui avec plus d’un million d’abonnés. Matter est éditée par Mark Lotto, passé par GQ et le New York Times. Certains journalistes spécialisés écrivent également pour les publications Backchannel et Cuepoint, deux autres publications très suivies aux Etats-Unis.

“Au début 2014, un an et demi après sa création, Medium possède certains des journalistes les plus en vogue aux Etats-Unis. Journalistiquement, la plateforme jouit donc d’une superbe vitrine.”

Sébastien Bossi Croci, Co-fondateur et rédacteur en chef du média IJSBERG, a publié en mai dernier une excellente réflexion sur Medium, en abordant la question du journalisme et de la place du réseau dans les nouvelles formes d’écritures d’aujourd’hui. Il y a eu beaucoup de changements depuis sur Medium mais son étude reste intéressante et porte réellement à réfléchir. D’ailleurs pour ceux qui s’intéressent à ces nouvelles formes de journalisme, vous pouvez suivre l’évolution de la nouvelle mouture d’ISBERG sur leur publication Medium.

En France, j’ai pu constater ces derniers mois que les journalistes sont de plus en plus nombreux à rejoindre la plateforme et à suivre la publication Medium France. Ils y voient sans doute un nouvel espace libre et ouvert où chacun peut s’exprimer et où l’accent est en premier lieu mis sur les mots.

Comme le souligne Camille dans son témoignage (dans la première partie de ce billet), le journaliste qui écrit sur Medium s’enlève toute pression éventuelle qui peut s’exercer sur lui lorsqu’il travaille pour une rédaction. L’écriture est ainsi plus libérée, les sujets peuvent être abordés sous un angle différent et se retrouvent peut-être plus en lien avec les convictions profondes de l’auteur.

J’ai eu le plaisir il y a quelques semaines de découvrir sur Medium la plume de Nicolas Delesalle, grand reporter à Télérama et écrivain. Nicolas a notamment publié sur Medium le premier chapitre de son nouveau livre Le goût du large, sorti récemment en librairie aux éditions Preludes. Pour en savoir plus sur ce fabuleux récit de voyage à bord d’un cargo porte-conteneurs, je vous invite à écouter le journaliste évoquer les souvenirs de ce voyage au micro de Philippe Vallet dans l’émission Le livre du jour sur France Info.

Exposer son travail et recueillir du feedback

Medium peut être un lieu idéal pour exposer son travail et recueillir des retours de la part des lecteurs. En proposant le premier chapitre de son livre en libre accès, Nicolas s’offre une jolie visibilité et permet aux lecteurs de découvrir son histoire en avant-première.

Nicolas a eu la gentillesse de partager avec moi ses premières impressions sur Medium et c’est avec beaucoup de joie que je partage ici son témoignage.

J’utilise Medium depuis peu de temps, novembre dernier exactement. Je n’y publie pas encore beaucoup de textes, deux par mois en moyenne seulement, ce qui est un hasard, je ne m’impose aucune régularité particulière, contrairement à un blog qu’il faut nourrir sans cesse sous peine de le laisser en friche, Medium est pour moi un espace de liberté et doit le rester, y compris en ce qui concerne la régularité des parutions.
Pour le moment, Medium est aussi pour moi une forme d’arme de communication massive que je porte la plupart du temps accrochée dans le dos mais que je peux utiliser quand ça me chante, en fonction des circonstances et de façon très pratique. J’y écris la plupart du temps des textes que je publiais autrefois sur un blog. Soit des textes purement littéraires, des fictions sous forme de nouvelles, soit des billets toujours très personnels, sur le 13 novembre par exemple ou sur un réfugié syrien rencontré à Kobané, des textes que je ne veux pas publier dans le cadre de mon travail de journaliste reporter. Je compte d’ailleurs l’utiliser bientôt pour narrer les coulisses de mes reportages en lieu et place des tweet-stories que je racontais autrefois. L’interface très agréable et la mise en réseau à la manière de Twitter m’a convaincu de changer de vecteur.
Plus prosaïquement, je tweete sur mon compte Twitter les liens de mes textes Medium en moyenne trois fois à des heures différentes de manière à leur assurer une audience plus large. Pour l’heure, j’utilise la plupart du temps Medium pour produire du contenu, beaucoup moins pour en découvrir. Cela dit, si Twitter et Facebook sont encore mes sources principales, j’envisage de consacrer de plus en plus de temps à la recherche d’infos sur Medium dont le contenu en langue anglaise est souvent très riche. C’est juste une question d’habitude à changer.

C’est sur ces quelques lignes de Nicolas Delesalle que je souhaite terminer ce billet. J’aime beaucoup l’idée évoquée par le journaliste de publier sur Medium les coulisses de ses reportages. C’est vrai, que saît-on finalement de la vie au quotidien de tous ces journalistes et reporter qui risquent souvent leur vie aux quatre coins du monde pour simplement raconter des histoires ?

Medium pourrait être ce lieu où l’on suit de manière plus intime le travail de toutes ces personnes qui aiment témoigner et raconter le monde avec des mots…

Quand je lis également certains billets d’une très grande qualité sur d’autres médias, comme cet article sur le nouvel album de Kanye West, The Life Of Pablo, je me dis que ce type de contenus devrait aussi exister sur Medium. Je pense à l’idée d’une publication en français comme celle de Cuepoint aux US. Des volontaires ?

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