Mes 10 commandements pour mieux entreprendre après l’école

Après avoir consacré près de deux ans à construire Lapplee une fois mon diplôme de l’ESSEC en poche, voici mes 10 commandements pour ceux qui voudraient se lancer dans l’aventure entrepreneuriale ou qui sont simplement curieux des leçons que j’en ai tirées.

Mon associé, Dr. Anar Gasimov, et moi à l’EPFL à Lausanne en janvier 2016

#1 Be ready

Sur Lapplee, je suis parti de loin : j‘avais une petite culture tech, savais encore moins coder et ne m’étais jamais intéressé au secteur des médias. Dans ces conditions, même avec toute la fougue et l’énergie qui m’habitent, il a été difficile d’être opérationnel dès le premier jour. Et encore moins d’être visionnaire (cf. #6 Be passionated). Ma majeure entrepreneuriale, les mains dans différents projets que j’avais initié au bureau des Sports, 3 mois en startup à définir le BP d’un concept store, ne suffisaient pas à augmenter mon expérience entrepreneuriale et n’augmentaient pas mes chances de réussir pour le projet qu’impliquait Lapplee.

*** Mon commandement *** Bien se connaître et évaluer ses compétences avant d’agir. Qui suis-je ? D’où je viens ? En quoi je suis bon ? En quoi je dois m’améliorer ? Comprendre en quoi j’ai un atout par rapport à n’importe qui d’autres qui se lancerait dans le même projet. Pour choisir le bon projet. Et être prêt.

#2 Be surrounded early

En tant que jeune entrepreneur, on a tout à apprendre. Même si j’ai eu un entourage de grande qualité tout au long du projet, chercher et trouver ces soutiens en amont du projet m’aurait certainement fait gagner un temps précieux qui m’a souvent fait perdre mon focus sur l’essentiel : travailler ma proposition de valeur et mon produit pour trouver le product/market fit. De plus, tout juste diplômé de l’ESSEC, je n’ai pas profité de l’appui de l’école pour évaluer mon projet et m’accompagner dès le départ. Même s’il ne faut pas attendre l’incubateur comme le Messi, je pense que l’avoir m’aurait aidé.

*** Mon commandement *** Trouver ses soutiens (incubateur, board) le plus tôt possible, idéalement avant même de démarrer. Avoir des entrepreneurs autour de soi pour rapidement obtenir le conseil et la bonne info au bon moment. Avoir deux ou trois soutiens identifiés auprès de qui se confier à tout moment.

#3 Be a painkiller

C’est difficile de construire un projet qui marche. Encore plus la première fois. Alors autant trouver un vrai problème à résoudre pour augmenter ses chances de succès. S’il était très ambitieux (“raccourcir l’accès à l’information sur mobile”), notre startup est davantage devenue une vitamine avec de mauvais effets secondaires qu’un bon anti-douleur. Le besoin d’accéder à l’information s’est avéré un faux besoin tant on est aujourd’hui submergé par l’information. La valeur de notre nouveau canal de communication (l’écran de déverrouillage) a souvent été perçue par nos utilisateurs comme une nouvelle contrainte plutôt que comme une solution à un problème existant. Quand bien même choisie au départ (choix des chaînes), la découverte du contenu est en réalité quotidiennement subie (je vois une nouvelle image chaque fois que je déverrouille mon smartphone) et la probabilité de voir le bon contenu au bon moment s’est avéré trop faible (et trop complexe à améliorer) pour augmenter la valeur de Lapplee.

*** Mon commandement *** Trouver un problème et définir une solution. C’est beaucoup plus simple, non ?

L’expérience Lapplee

#4 Be in a hurry

La situation relativement confortable dans laquelle j’étais ne m’a jamais poussée dans l’urgence. Être soutenu par Pôle Emploi et hébergé d’abord chez mes parents puis chez ma copine ensuite ne m’a pas mis dans une situation matérielle suffisamment urgente. Si je me suis mis des deadlines strictes, me suis levé tous les matins avec une routine proche des recommendations de Mr. Hardy, j’ai eu le travers de penser que plusieurs coups m’étaient permis avant de savoir si Lapplee allait fonctionner. Sûrement trop.

*** Mon commandement *** Respecter ses deadlines en acceptant d’arrêter de dire que cela n’a pas marché même si on n’en pas le coeur net.

#5 Be together

En tant que jeune entrepreneur sans “background tech”, il m’a été difficile de trouver rapidement des ingénieurs de talent à plein temps pour s’associer avec moi. Pour trouver le plus vite possible, j’ai eu à faire un choix : choisir des ingénieurs / développeurs peu expérimentés près de moi ou choisir des ingénieurs expérimentés qui étaient à distance. Devant la complexité technique du projet et la nature tech de l’entreprise que je souhaitais fonder, j’ai choisi la 2ème option. Mais en réalité aucun des deux choix que j’avais n’était optimal. Si mes associés ont été brillants dans l’exécution et que notre entente a toujours été excellente, la distance a rallongé le temps que se mette en place une cohésion accélérant la prise de décision et fondatrice d’une vision et d’une exécution optimales. Si le “remote work” (travail à distance) est sûrement pertinent dans de nombreux cas (hello Mangrove), je ne pense pas qu’il soit optimal lorsque vous êtes seul.

*** Mon commandement *** S’assurer d’être physiquement avec ses associés 100% du temps au quotidien. Dans tous les cas. Que vous connaissiez bien vos associés ou non au départ.

Rien de compliquer : il faut choisir l’optimum

#6 Be passionated

Être prêt à discuter, comprendre et analyser les critiques sur son produit 10 fois par jour, passer des heures à améliorer le workflow, simplifier ses maquettes, rediscuter, débattre… Tout combiner sans véritable passion, c’est difficile. Et le leurre est de finir par se passionner par la mission de son entreprise et de son produit. Mais on oublie vite qu’on n’était pas suffisamment passionné au départ. Et on se demande alors régulièrement quel est ce petit truc supplémentaire qu’on les autres qu’on n’a pas, qu’on ne devrait pas avoir à chercher… Cette sincérité et authenticité au fond de soi qui m’a manqué pendant mes pitchs qui fait de vous quelqu’un d’habité et vous simplifie la vie en vous aidant à convaincre quotidiennement vos interlocuteurs par le “body language” plus que par une rhétorique vide de sens.

*** Mon commandement *** Être passionné par le problème à résoudre plus que par le simple fait d’entreprendre.

Mes associés, Anar Gasimov et Alexandre Aminot, lors d’une session de travail à Paris en avril 2016

#7 Be lean

Pas besoin d’un plan à 2 ans. Ni d’un produit dont les fondements sont basés sur tes opinions et non des faits. Juste d’une vision claire de sa proposition de valeurs. Et c’est parti : sketch it easy and test it hard. Je n’invente rien, mais confirme que c’est archi vrai : sortir de chez soi pour apprendre de ses utilisateurs est au moins aussi important que de savoir coder. “It doesn’t matter how good your engineering team is if they are not given something worthwhile to build”. Autrement dit, build the right product rather than building the product right. Sans non plus perdre 10 ans à savoir ce qu’est ce “right product”, la base étant d’avoir le plus rapidement possible ce fameux MVP sur lequel pouvoir itérer le plus vite possible et atteindre le fameux Product Market Fit. A ce moment-là, vous n’avez plus seulement une Proof of Concept mais aussi une vraie validation de l’intérêt du marché qui justifie d’aller serrer la main de quelques Business Angels ou autres fonds si vous voulez accélérer. Pas avant.

*** Mon commandement *** Construire son produit sur plus de faits et moins sur ses opinions. Mieux évaluer la complexité technique de son produit (construire un lockscreen sur Android s’est avéré plus difficile que prévu). Avoir un MVP plus tôt pour tester la valeur de son produit (accéder plus simplement et rapidement à ce qu’on aime via notre écran de déverrouillage).

#8 Be focused

Travailler ma proposition de valeur et mon produit pour trouver le product/market fit. Et lui consacrer du temps. J’ai trop fait d’à-côtés (cf. #5 Be surrounded) et ai fini par trop consacrer de temps à d‘autres projets en me calquant sur le rythme à 2/3 temps de mes associés (cf. #4 Be together) qui menaient de front d’autres projets. Réaliser des missions pour d’autres startups plus avancées (Step-In), contribuer au développement d’un projet que j’ai initié (Tour des Goodies), ont été autant d’activités qui m’ont beaucoup appris mais qui m’ont aussi éloigné de l’équilibre que je m’étais fixé, me faisant perdre l’énergie et le focus nécessaire à une excellente exécution sur Lapplee.

*** Mon commandement *** Renoncer, repousser certains projets. Se concentrer sur l’essentiel.

Pendant la soirée de dévoilement du Tour des Goodies à Paris en juin 2016

#9 Be humble

En échangeant avec des investisseurs, des fournisseurs de contenus, des utilisateurs ou en analysant l’utilisation du produit, c’est facile de voir les réponses reçues sous son prisme et d’en biaiser le résultat. “Si les utilisateurs désinstallent l’application, c’est à cause de bugs et non parce-que les utilisateurs ne voient pas l’intérêt qu’ils ont à avoir du contenu sur leur écran de déverrouillage”. Ce raccourci est toujours tentant et facile à faire. Pourtant, il m’a certainement hôté des yeux longtemps la vraie problématique sur la valeur apportée par notre produit. Devoir toujours défendre ses positions pour expliquer l’intérêt de son produit créé forcément un brouillard persistant qui vous empêche de voir clair. Arriver à en sortir constitue une des clefs de votre réussite.

*** Mon commandement *** Echanger une à deux fois par mois avec trois personnes de confiance (advisory board, autres entrepreneurs) pour prendre de la hauteur.

#10 Be yourself

Être prêt, bien choisir et s’aligner avec les intérêts de ses associés, être bien entouré, être passionné, être focus sont autant de bons moyens de rester soi même. Je les ai déjà bien décris ici. Un petit plus pour rester soi même ? Avoir une bonne hygiène de vie (faire du sport, bien s’alimenter) et une vie personnelle stable maximiseront vos chances de succès. Mes blessures sportives à répétition n’ont, forcément, pas aidé, mais mon excellent équilibre sentimental et général a constitué un atout certain pour me permettre de livrer la belle application encore disponible sur le play store pour les curieux.

*** Mon commandement *** Garder une bonne hygiène de vie est le meilleur moyen de garder la tête froide et tenir la distance du marathon que constitue l’aventure entrepreneuriale.

Conclusion

L’entrepreneuriat est un tout. A la différence d’un job classique, il englobe tout votre vie. Et votre réussite est le fruit de nombreux petits détails : une rencontre, la lecture d’un article, le feedback d’un utilisateur… Autant d’éléments que l’on pourrait attribuer à la chance mais qui en réalité sont le résultat d’une organisation minutieuse et d’une détermination sans faille à frapper la balle tous les jours avec une grand intensité pour aller un jour tutoyer les sommets. Ce que je tire d’essentiel de cette aventure ? Si j‘ai finalement certes créé très peu de valeur pour la société avec Lapplee, j’ai créé une inégalable valeur d’apprentissage pour moi. Ecrire cet article est un moyen de partager un peu de cette valeur. J’espère que cela pourra vous être utile dans votre quête personnelle.

A bientôt pour la prochaine aventure :-)

Si vous voulez réagir à cet article, n’hésitez pas à laisser vos commentaires. Mes ressources que je vous suggère si vous voulez entreprendre ou construire un produit tech :

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Jean-Baptiste Delahaye

Written by

Founder @Tourdesgoodies & Product Manager @LIVI

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