Depuis plusieurs mois, je regarde une grande quantité de reportages, de débats, de montages, de courts métrages et tout cela en général sur Youtube ou Vimeo. Tous sont relatifs à la politique ou à la finance du monde d’aujourd’hui.
Plus j’en vois, plus je veux en savoir, c’est boulimique, c’est addictif. Pourtant, j’ai l’impression que mon savoir, aujourd’hui, n’est qu’une suite de clichés dans sa plus belle définition :

Expression toute faite devenue banale à force d’être répétée; idée banale généralement exprimée dans des termes stéréotypés

Quand rarement j’ai l’occasion de rencontrer quelqu’un qui a envie d’échanger sur la société aujourd’hui, je m’empresse, et le mot n’est pas assez fort, de lui faire un tableau des réalités dont j’ai entendu parler dans ma boulimie. Comme il est rare que la réalité des choix qui pèsent sur le monde soit exprimé à travers les images et les textes que nous rencontrons tous les jours, l’exprimer promet toujours son petit effet d’étonnement, on se sent souvent intéressant, surprenant, en tout cas détenteur d’une information forte et ça, ça fait boum.
Mais voilà, une fois l’exposé de quelques minutes déversé, il se peut que le/les interlocuteur(s) me pose(nt) des questions, ça n’arrive pas souvent mais quand ça arrive, il se peut que je commence à ressentir une sensation légèrement désagréable: une sensation qui me fait passer d’un coup de l’apôtre au commercial foireux qui ne connaît rien de son produit. Même si souvent mon discours porte de belles idées et des embryons d’une société égalitaire ou alors contient des critiques élaborées par des gens qui savent de quoi ils parlent, je reçois souvent en retour les plaidoyers qui font que le système capitaliste, tellement injuste et inhumain, tient encore bien sur ses deux jambes. Et ce moment là n’est pas super chouette. Comment soutenir une idée quand on a pas étudié toutes les structures qui la font vivre. Ma façon de réagir alors est en pleine évolution : disons que d’habitude je fais l’anguille, je glisse, je sûr-glisse, je détourne, fais croire que ou alors, mais ça c’est très rare, je dis “C’est pas moi qui le dit” ... En fait je n’ose pas dire je ne sais pas, simplement parce que le ton de mon exposé me rendait tellement sûr de moi que, ne pas savoir répondre à des questions — aussi basiques soient-elles—déstabilise mon discours. Qu’est-ce que je me sens mal ! Beurk.

Alors chaque fois je me dis que je dois moins faire corps avec les discours de ces intellectuels que j’aime tant que sont Bernard Friot, Etienne Chouard, Frank Lepage, Michel Onfray et évidement Alain Badiou. Je ne les ai jamais rencontrés mais c’est fou comme je les aime. Quand je les écoute, j’ai envie de les embrasser, de leur faire des poutous partout et ce, tellement j’aime leur bon sens, leur clairvoyance, leur courage d’étudier avant de parler, leur répartie face aux plaidoyers dont je parlais plus haut. Donc l’émotion submerge souvent ma raison en les écoutant. Je trouve ces pensées tellement révolutionnaires, tellement bienveillantes et de penser que ces gens sont tellement mis de côté par les médias dominants, me fait comprendre la consciente volonté de garder le plus grand nombre dans une ignorance et une débilité dont nous nous passerions bien.

Mais là, je m’écarte de mes clichés.

Donc, après des heures à écouter ces gens, je commence à entendre tellement autrement les voix qui percent le mieux et le plus souvent le ciel audiovisuel actuel. Je commence à voir tout le machiavélisme du dominant sur le dominé, le chômage organisé, la religion du travail, la manipulation sur le racisme, le foot, les jeunes, les élections préméditées, toutes ces conneries qui nous font oublier qu’une société juste est possible et a déjà existé; Quand je vois ça j’ai tellement envie d’expliquer à mes copains à quel point tout ce sinistre théâtre est voulu et consciemment organisé, alors je déballe tous les documentaires, de ma meilleure volonté, j’explique avec beaucoup de passion ce que j’ai entendu, ce que j’ai vu dans mon salon à travers mon écran, j’exhibe mon savoir si fragile avec tant d’émoi que je m’en sens tout vibrant. Je trouve ça génial jusqu’au moment où on me pose des questions et je me rende compte que je ferais mieux de tuer mes pères un à un avant de les citer ou alors si je n’ai pas le temps de les tuer, peut être juste prendre un peu de recul sur leurs discours que je pourrais écouter vingt fois et d’écrire toutes les questions qui me viennent à l’esprit alors.

Disons que je pourrais aller un peu plus loin, mais est-ce que la prise de conscience n’est pas la première étape pour initier un changement ?