Musique et social, comment tout change

Après la seconde guerre mondiale, la jeunesse a découvert dans un même élan l’adolescence et le 45 tours, ces nouveaux fans de musique avaient un goût extrêmement exclusif. En adorant Elvis Presley, ils ne pouvaient écouter que lui.

Un choix radical qui exclut toute autre forme musicale que le rock’n roll du King.

“J’adore Elvis, je n’écoute que du rock !”.

Chaque génération a ensuite créé son lot de tribus musicales et certaines ont fait naître des ecosystèmes vastes autour de leurs choix musicaux : des écoles de cinéma, des romans, de la photo, du design de vêtements, de meubles etc.

Une culture en silo où les fans peuvent s’inscrire, s’investir et s’épanouir en créant eux-même un contenu qui fortifie le mouvement, affinent ses codes et attirent ou repoussent un public non averti.

Quand on aime le Hip-hop, on adhère à la culture du graph (entre autre), on adopte légitimement un style vestimentaire, une coiffure et une langue.

Une affirmation d’appartenance qui rejette les autres tribus, un phénomène très bien décrit dans la série sur la naissance du hip hop : The Get Down.

Les choses changent

Cette relation tribale à la musique fonctionne car il y a toujours de près ou de loin, le besoin de faire partie du mouvement. Dans les années 90, une classe de lycée pouvait compter jusqu’à 10 jeunes musiciens ou membres d’un groupe de musique, aujourd’hui beaucoup moins.

Aujourd’hui, notre rapport à la musique a évolué, elle fait partie de nos vies tout en étant moins exclusive.

L’accès à une large culture musicale change notre approche, rend nos goûts plus éclectiques, mais aussi beaucoup plus incarnés dans l’instant.

A nos yeux, le fait d’entendre la bonne musique au bon moment prime sur le fait qu’elle soit ancrée dans un style musical précis.

Cette question est secondaire et réellement subordonnée à l’instant : le rock pour le sport, la musique classique et la folk pour le matin au réveil, la musique des années 80 pour les fêtes entre amis de lycée.

Tous les styles cohabitent sans problème si c’est en phase absolue avec son activité du moment.

Un mouvement encouragé et validé par la montée en puissance de l’écoute en streaming et la course aux intelligences artificielles capables de nous fournir la playlist parfaite au bon moment. Les DJ’s influents de l’épique période disco avaient laissé le pouvoir aux radios libres, le curateur humain ou machine est aujourd’hui le centre du système d’influence musicale, et la playlist, l’objet musical ultime.

Pilotage automatique enclenché !

Est-ce que l’on est en train d’abdiquer devant la machine ? Sommes nous des auditeurs sous pilotage automatique ?

La vérité est ailleurs. Le streaming remplace partiellement les radios où le choix était déjà délégué aux programmateurs. Les playlists gérées par des algorithmes ont l’avantage, eux, d’apprendre de nos écoutes et améliorent chaque jour leur capacité à nous satisfaire et à faire évoluer notre culture musicale.

L’intelligence artificielle pilotée par des humains gagne du terrain et transforme effectivement profondément l’usage que l’on fait de la musique.

L’auditeur d’aujourd’hui a envie d’immédiateté et d’adéquation en même temps qu’il fait renaître des phoenix comme le vinyl ou la cassette audio, où le contrôle de l’écoute et le choix de ce que l’on pose sur la platine est central.