Traversée de la Caroline du Nord à la Virginie par la plage (40km sur le sable)

Non mais tu te prends pour qui pour être heureux ?

“Putain, t’as du mérite, tu dois en chier !”, “Ca a l’air d’être dur ce que tu fais, respect.”, “T’as des couilles pour voyager seul à vélo mec, ça doit pas être facile tous les jours!”, “Ouaw, c’est incroyable ce que tu fais, ça doit être tellement difficile, tu mérites d’être plus reconnu que ça”.

C’est sympa d’être reconnu pour ce qu’on fait parfois. C’est chiant quand c’est pour les mauvaises raisons. Mais j’y reviendrai plus tard.

Chance

Je crois que beaucoup pensent qu’il faut de la chance pour réussir à faire ce qu’on veut de sa vie. Qu’il faut de la chance pour être heureux.

Et en fait je pense que c’est vrai. Au moment où j’ai décidé de créer la vie dont j’avais envie, je suis devenu arrogant au point de défier le hasard.

En vérité, c’est stupide. Evidemment qu’on ne contrôle pas tout. Evidemment que parfois des opportunités nous arrivent par hasard.

Mais ce qui est aussi vrai, c’est que la chance n’est pas quelque chose de fatal qui nécessite qu’on reste le cul posé sur son fauteuil à prier.

La chance c’est un facteur. Tu peux avoir toute la chance du monde, ça va te servir à quoi si tu passes tes journées à rien faire ?

La chance c’est ce facteur qui fait que quand tu décides d’aller de A à B, t’iras plus vite, ou plus facilement.

Mais ce qui dépend de toi, c’est de décider de bouger ton cul de A et de te diriger vers B.

C’est marrant de voir comme la plupart qui se plaignent de ne pas avoir de chance sont aussi ceux qui se complaisent dans des situations qui ne leur conviennent pas (moi le premier).

La chance c’est un peu comme plonger sa main dans un sac opaque et regarder ce qui en ressort. Soit t’as de la chance et tu tombes sur un bonbon. Soit t’en a pas et tu tombes sur une boule de merde.

Le libre arbitre c’est de se dire que chaque jour en se levant on va ouvrir un nouveau sac pour plonger sa main dedans.

Honte

Parfois, j’ai l’impression que c’est une honte d’être heureux. Que c’est une honte d’arriver à faire ce qu’on aime avec facilité.

Parfois, j’ai l’impression que quand je raconte mon histoire, il faut que j‘insiste sur les moments où j’en ai chié si je veux que mes interlocuteurs soient touchés.

En fait, c’est normal d’avoir un résultat si on met en place les actions pour y arriver, non ?

“Quand tu tonds ta pelouse, tu trouves ça normal que l’herbe soit coupée après. Bah là, c’est pareil.” — Louison Dumont

Bon, on pourrait aussi se dire qu’on s’en tape de ce que perçoivent les gens et de ce qu’ils en pensent. C’est vrai. On s’en tape.

Mais ce qui me fait chier, c’est de voir une société entière basée sur le culte de la souffrance. Parce que si c’est facile pour toi, tout le monde pense que c’est pas mérité ou que c’est pas si important.

On aime bien se raconter que les choses sont difficiles. On aime bien raconter aux autres qu’on en chie. Parce que c’est comme ça qu’on obtient le plus de reconnaissance. Et on a tous un ego. Et il recherche parfois de la reconnaissance.

Je vais pas mentir en disant que j’ai une vie difficile et que j’en chie de vivre en tant que nomade autour du monde sur un vélo.

Y a des moments difficiles. Mais l’ensemble ne l’est pas. C’est même super cool de vivre une vie choisie où tu mets de côté les principales sources d’angoisse.

Construction

Ca prend autant d’énergie de prendre 10,000 briques et de les balancer n’importe comment dans un champ, que de les assembler correctement pour construire une maison.

J’ai parcouru 10,000km à vélo depuis que je suis parti, il y a bientôt un an. Parfois j’ai juste roulé, et j’ai rien construit, ni rien appris, ni rien compris. Et parfois j’ai décidé de construire du sens pour moi, d’ouvrir les yeux, et de commencer à construire cette putain de maison.

On regarde souvent les mecs qui réussissent une fois qu’ils ont réussit. Mais en fait c’est complètement débile. Ce qui a vraiment de la valeur, c’est de regarder comment ils ont fait pour se construire depuis le début.

Argent

Récemment, le CEO d’une start-up qui vient de lever quelques millions m’a confié qu’il se rendait compte à quel point l’argent ne résolvait pas les problèmes, mais qu’il était surtout un carburant.

Si ta boîte est en train de brûler, plus tu rajoutes de carburant, et plus elle crame vite et fort.

C’est un peu pareil dans la vie. “Ah, si j’étais riche”.

Je suis parti presque sans argent (400€). J’en ai plus aujourd’hui que quand je suis parti. Et j’ai jamais posé mon cul sur une chaise plus de 4 jours dans le mois pour bosser afin de financer le voyage.

Alors oui, j’ai eu des donations, des clients, des sponsors. Et tout ça, je l’ai mis en place. Mais j’ai jamais bossé pour quelqu’un d’autre que moi-même, ni mendié le moindre centime. C’était la règle. Et ça fait un an que ça fonctionne :)

Le nombre de personnes qui ne se lancent pas pour créer leur boîte ou pour voyager “parce qu’elles n’ont pas d’argent” est juste considérable.

Pourtant, en vrai, c’est l’excuse la plus absurde qui soit.

“Ok, t’es mignon, mais on fait comment pour voyager sans argent ? On fait comment pour créer sa boîte sans argent ?”

Déjà merci, toi aussi t’es mignon, mais tu vas commencer par aller sur google pour taper ta question et t’auras des milliers de réponses pertinentes (oui, je te jure, y a des milliers de types qui voyagent sans argent ou qui bootstrap leur boîte et qui racontent comment ils font. Dingue.)

Ensuite, tu continues en te posant des bonnes questions au lieu de chercher des bonnes raisons de pas faire ce que tu prétends vouloir faire (note pour moi-même : relire ça quand je stagne)

Ca sert à quoi d’être en 2016 et d’avoir accès à toute la connaissance du monde en illimité et en instantané si c’est pour même pas prendre 15 min de son temps pour poser sa question à un putain de moteur de recherche ?

Pour être tout à fait honnête, l’argent a été une préoccupation assez chronophage pour moi avant le voyage et pendant les premiers mois.

Un jour, j’ai juste décidé d’apprendre à vivre avec le stricte minimum. De bosser suffisamment pour avoir le stricte minimum de côté pour 6 mois. Et ensuite de m’amuser avec tout ce que je pouvais avoir en plus.

J’ai décidé que l’argent devait arrêter d’être un problème. C’est depuis ce moment qu’il a arrêté d’en être un.

Problème et Solution

La magie n’existe pas. Je crois. Je crois aussi que le bon sens et le pragmatisme devraient l’emporter sur les peurs irrationnelles la plupart du temps.

Dès qu’on veut faire un truc nouveau, c’est souvent excitant, mais ça fait aussi peur en même temps.

Et si la peur l’emporte sur l’excitation, bah on fait rien.

Le meilleur moyen pour flipper et continuer de rêver sa vie dans son sommeil au lieu d’oser vivre ses rêves, c’est de se concentrer sur les problèmes.

C’est plutôt facile à faire. C’est même instinctif la plupart du temps.

Nouveauté = Problèmes

C’est une façon de voir les choses. Mais encore une fois, c’est surtout un état d’esprit. Et on peut choisir de voir les choses différemment.

En se concentrant sur les solutions par exemple.

Au lieu de voir un mur et de te répéter qu’il est haut et qu’il à l’air dangereux, tu peux t’amuser à chercher le plus de façon possibles de le franchir.

Sur la route, je rencontre des problèmes tous les jours. Qui ne sont d’ailleurs pas des problèmes de tous les jours pour tout le monde.

Parfois, je ne sais pas où planter ma tente. Parfois je me retrouve pris dans une tempête. Parfois je me fais choper à dormir dans un parc national. Parfois je me retrouve sans eau.

Tu peux fuir presque tous tes problèmes de la vie de tous les jours dans l’alcool ou la drogue sans autre risque que de finir comme un légume inutile.

Par contre, sur la route, t’as pas d’autre choix que de te concentrer sur les solutions. Et comme je suis le mec le moins préparé du monde, alors j’improvise. Ca me rend créatif, et le lendemain, je regarde en arrière et ça me fait rire de voir comment je m’en suis sorti.

Du coup, quand je regarde encore plus en arrière et que je vois mes “problèmes” d’il y a un an et la façon dont j’y faisais face… J’ai du mal à croire que j’étais la même personne.

Etre heureux

Là, maintenant, je m’apprête à reprendre le vélo depuis Norfolk pour me diriger en direction de Richmond, en Virginie.

J’arrive à NYC dans 10 jours après 2800km de traversée depuis Miami en 2 mois. J’ai vu les plus belles plages que j’ai vu depuis que j’ai des yeux pour voir, et j’ai aussi traversé les routes les plus dangereuses que j’ai jamais traversé (highway 17 pour les ceux qui connaissent).

J’ai passé la journée d’hier à éditer une vidéo qui raconte une étape de mon voyage, comme je le fais chaque semaine. J’y ai passé 8 heures et j’y ai mis tout mon coeur. Le rendu est plutôt cool. A vous de me dire :)

J’ai aussi livré un site web pour un client et je viens d’apprendre que je vais recevoir un autre versement de 500€ pour mon travail (mon objectif moyen terme est d’arrêter de créer des sites pour générer un income).

J’écris cet article le cul posé dans un fauteuil en cuir dans un hôtel 3* où j’ai passé la nuit. C’est tellement kiffant de prendre un bain, d’avoir un petit déj tout chaud le matin et d’avoir une nana qui vient te demander si t’es bien installé et si t’as assez de serviettes.

Reconnaissance

Comme je le disais plus haut. C’est sympa d’être reconnu pour ce qu’on fait parfois. C’est chiant quand c’est pour les mauvaises raisons.

Peut-être qu’il y a un mec sur Terre qui fait des sculptures en cure-dents. Ca doit sûrement exister. Bon, bah, c’est vrai, j’imagine qu’il doit bien se faire chier.

Mais le mec a sûrement pas envie qu’on le félicite parce que c’est dur de coller des cure-dents entre eux. Mais plus pour sa vision de l’oeuvre, la qualité du rendu, etc.

Et en fait, parfois toi aussi t’enfiles des cures-dents un par un pour construire un putain de chef d’oeuvre, et en fait tu te rends compte que les gens sont trop concentrés sur ce qui ne compte pas (=la difficulté d’enfiler des cure-dents) pour voir que tu fais un chef-d’oeuvre.

Parce que les gens sont pas habitués à voir des chef d’oeuvres. Ils sont habitués à en chier pour coller des cure-dents.

Conclusion

On est tous la pour un temps limité. Et on compte sur le fait qu’on va se réveiller le lendemain pour ne pas agir aujourd’hui.

Pourtant, chaque jour, on a le choix d’ouvrir un nouveau sachet de chance et de plonger sa main dedans à l’aveugle pour voir sur quoi on va tomber. Ou on peut continuer de critiquer ceux qui ont de la chance sans jamais oser tenter la sienne de peur de tomber sur une boulette de merde.

Chaque jour, on a le choix de se concentrer sur nos problèmes et sur leur difficulté. Ou on peut se concentrer sur les solutions, l’expérience et les apprentissages.

Chaque jour, on a le choix de se concentrer sur l’état de son compte en banque. Ou on peut réfléchir à des façons de faire ce qu’on veut, avec ou sans argent.

Alors je ne sais pas qui je suis pour être heureux. Je ne sais pas qui je suis pour écrire ça.

Et ça tombe bien, parce qu‘on n’a pas besoin d’être qui que ce soit pour être heureux ou pour écrire ce que l’on ressent.

Si tu te retrouves dans ces mots, et si tu veux aussi en faire profiter quelqu’un d’autre, il te suffit de cliquer sur le ❤ vert ci-dessous.

Et toi, tu te prends pour qui pour être heureux ? Rejoins-moi et raconte moi :)