
Quelques jours ailleurs
Nous sommes le 26 décembre 2015. À Rennes il fait nuageux, lumineux et très doux. Soazig se sent en vacances ici, moi moins. Non pas que l’endroit n’est pas idéal mais peut-être que je n’équilibre pas en cette période d’une saison de travail intense. Sans doute que le sentiment de vacances est proportionnel à l’intensité du travail qu’il met entre parenthèses ?
L’endroit est superbe, un appartement au Centre de Rennes. Un appartement dans un bâtiment des années 30 peut être . Les plafonds sont décorés, la porte d’entrée métallique est lourde ou ouvre sur un large couloir dans lequel les escaliers en béton sont patinés et brillent sous la lumière vêrdache. Les trois étages font de l’ascension un exercice pour le coeur et la respiration et nous font arriver devant la porte de l’appartement dans un léger tourni. Nous pénétrons alors l’appartement avec un esprit plus aéré qui donne une vision encore plus agréable. Le sol est recouvert d’un vieux plancher en chêne ou châtaignier qui craque joyeusement sous nos pas et donne à l’espace ce qu’il faut d’âme et de vie pour que les murs puissent rester sobre dans leur blancheur. L’appartement est transversal et le côté cuisine et salle de bain donne sur l’île coincée entre l’Ille et le canal Saint-Martin, l’autre côté donne dans la rue de Dinan. Un mélange entre la nature presque sauvage au nord et des bâtiments conçut pour loger plutôt que plaire au sud. LE calme et les oiseaux pour la cuisine et les voitures pour le salon. Cette présence sonore dans le salon pourrait sembler dommage mais il n’en est rien. Vivre ici est agréable, les pieds posés sur du bois qui grince avec vue sur des murs dont le motif est composé d’une alternance de fenêtres de chambre et de petits balcons internes recevant au mieux quelques pots vides ou du linge qui sèche, créé un contraste dynamique.
Nous n’avons rien à y faire, nous sommes en vacances. Cette période de temps est unique dans notre culture. C’est la seule durant laquelle l’humain de classe moyenne où inférieure a le droit de ne rien faire sans éprouver de culpabilité, de remords ou de supporter un regard malveillant des autres qui sont en activité. En vacances les espaces de temps qui restent entre les ceux dédié aux nécessités peuvent être occupés par des activités qui font du bien. Les vacances sont protégées des regards malveillants sans doute par ce qu’elles n’existeraient pas sans le travail. Un sentiment “d’avoir droit” prévaut sur les autres parce qu’on a bien travaillé : un chômeur a beaucoup de mal à se sentir en vacances. Les vacances sont au travail ce que la cigarette est au manque, ils viennent soulager d’un mal créé de toutes pièces. Il est amusant de voir le nombre de sites qui veulent aider les gens quand ils ont mal aux vacances.
Mais là je m’éloigne de mes vacances à Rennes.
J’aime être ailleurs que chez moi, surtout quand cet ailleurs pourrait être chez moi. Ici l’ambiance des pièces me convient, les objets m’acceptent, l’air ne me fait pas mal aux narines et la radio capte FIP.
C’est pour ça que c’est bon de s’échanger les lieux de vie entre copains.