Pourquoi c’est ok de faire des anglicismes

Petits tips pour continuer à parler franglais malgré les haters

— “N’utilisez aucun mot d’anglais dans le pitch final. Le jury déteste qu’on parle franglais. C’est moche, et vous allez perdre des points inutilement.”

— “C’est marrant quand même pour le pitch d’un Startup Weekend, de proscrire les mots d’anglais”

Ma réponse n’a pas plu au très digne membre du jury. Il est parti dans une tirade qui comparait l’importance de l’anglais aujourd’hui et celle de l’allemand sous l’Occupation et la discussion s’est terminée sur un cinglant “vous, Mademoiselle, vous auriez été tondue à la Libération !”.

faire des anglicismes === se soumettre à l’impérialisme américain

Le franglais irrite. Vraiment beaucoup. Pourtant il y a de très bonnes raisons de faire des anglicismes. Je vais essayer de vous en convaincre.

Si tu pratiques cette déviance linguistique et que tu adores, on va s’entendre. Si tu pratiques et que tu as honte, c’est l’occasion d’y réfléchir. Et si le franglais t’horripile, voilà une bonne opportunité de hate !

Tout le monde connaît cette personne qui nous corrige tous dès qu’on a le malheur de prononcer un mot anglais. On comprend, on s’excuse “pardon, c’est les séries, pardon, c’est le travail…”. Le grand protecteur du français triomphant, se calme alors un peu.

Mais demandons-nous : qui est ce grand protecteur du français ? Que pense-t-il défendre ? Croit-il protéger la pureté de la langue française, le bel idiome de la France éternelle ? Pense-t-il lutter contre l’impérialisme américain ?

corriger les gens qui parlent franglais === résister à l’envahisseur

A mon avis, le grand protecteur du français cherche à tout prix à faire barrage à un nouveau monde qui arrive trop vite et dont il se sent exclu. Il cherche à préserver un état de faits de la langue qu’il a connu plus jeune, pour avoir un sentiment de contrôle.

Mais ce contrôle est illusoire, et la mission pour moi pas si noble. Le contrôle est illusoire, ce n’est pas en empêchant les mots d’arriver qu’on empêche la chose de se produire. Tout ce qu’on fait en faisant barrage aux mots, c’est rendre les gens moins aptes à communiquer.

Deuxièmement, la mission de protection me semble archaïque. De tous temps la langue a évolué en se nourrissant de la circulation de l’information et des gens. Il est normal et sain que l’évolution de la langue suive de près celle des pratiques. L’idée d’une langue “pure” sans aucun métissage ni influences est du registre du pur fantasme.

L’important c’est d’être compris

J’ai souvent du mal à m’exprimer. Parfois je cherche un mot, un mot précis, celui qui exprime le mieux ce que je veux dire, je m’arrête en pleine phrase et je laisse mon interlocuteur dans l’expectative.

Pour essayer de remédier à ça, j’ai pris le parti de dire le premier mot que je trouve qui correspond à ce que je veux dire, même s’il est dans une autre langue ou qu’il fait vieux ou inadapté. L’important pour moi c’est d’être comprise, pas de “faire bien”, ou de prouver que je peux parler en beau français.

Twitter ? Scaler ? Scrapper ? Beaucoup de mots ont un sens très précis en anglais, sens qu’il peut perdre en français. A quoi bon parler un français parfait si on ne nous comprend pas ?

Rigolo cet article ! Je vais gazouiller ça à mes suiveurs !

La langue est à nous

On est libre, merde ! Quand est-ce qu’on a décidé que la langue ne nous appartenait plus et qu’on devait la conserver comme on nous l’a donnée ?

A chaque fois qu’on corrige quelqu’un sur son utilisation créative du français, on renforce le contrôle social sur l’usage de la langue et on l’appauvrit.

Pas cool.

auriez-vous dit à Baudelaire : “excuse-moi mec “le spleen” on comprend pas” ?

La langue est comme tout le monde, elle a besoin de se sentir vivre. Elle aime qu’on la nourrisse, qu’on invente des mots, qu’on l’utilise à contresens.

Alors tous ensemble décidons de dire non aux relous et oui à la créativité. Revendiquons notre droit de parler comme on le souhaite.

Critiquer, c’est facile. Communiquer et créer, c’est plus compliqué. Si vous croyez que vous résistez à quelque chose en corrigeant les gens qui disent “sexy”, vous vous trompez. Vive la langue libre !