POURQUOI FAUT-IL BANNIR LA NOTION D’ECHEC ?

Echec : « Résultat négatif d’une tentative, d’une entreprise, manque de réussite ; défaite, insuccès, revers : Subir un échec. » Larousse.

Que ce soit pendant l’enfance ou une fois adulte, la peur de l’échec est profondément ancrée en nous. Perdre un match de foot, rater un contrôle, ou encore de pas atteindre le résultat prévu et rater une promotion, à chaque âge ses craintes et toutes ces expériences déplaisantes marquent notre subconscient et nous font redouter « l’absence de succès ».

Le problème semble évident et inévitable, or la solution se trouve dans la définition même du mot échec : un échec est une tentative échouée, un insuccès.

La différence est là : quand vous échouez, c’est une opportunité que vous ratez. Vos efforts pour réussir ne sont pas gâchés, mais uniquement insuffisants. Un échec ne doit pas remettre en question vos capacités à atteindre vos objectifs, seulement les moyens que vous avez mis en place pour y parvenir.

« Il n’existe aucune menace, seulement des opportunités à saisir », principe de la méthode SWOT, Forces/Faiblesses et Opportunités/Menaces, Marketing.


LA PEUR DE L’ECHEC, COMMUNE ET INTEMPORELLE

Lors d’une convention sur l’innovation, j’ai pu assister à plusieurs conférences réunissant des entrepreneurs accomplis. Ces hommes et ces femmes, comme vous et moi, ont réussi à mener à bout leurs projets et se retrouvaient devant moi à donner leurs clés du succès devant des centaines de personnes.

L’un d’entre eux avait une vision du commerce assez insolite : pour lui, le meilleur commercial au monde était interculturel, et possédait les traits de caractère propres à certaines grandes cultures :

- La vision américaine : un entrepreneur américain expose ses idées, et les impose. Il part conquérir le monde sans hésiter et sans examiner son projet sous toutes les coutures, et écrase tous les obstacles sur son chemin.

- La vision latine : le charme, la séduction et la volupté sont des armes de négociation infaillibles. Les concepteurs italiens, par exemple, misent énormément sur le design, sur l’esthétique et la forme de leurs offres. On veut conquérir les cœurs.

- La vision arabe : parler, parler et parler. Négocier, argumenter, discuter, tout est bon pour conclure une affaire. On parle business, famille, société, tout pour mettre à l’aise et instaurer un climat de confiance où l’acheteur se sent gagnant sur l’offre qu’on lui propose.

- Enfin, la vision française : rien, absolument rien n’est laissé au hasard. On étudie chaque probabilité, on envisage chaque situation possible, on prévoit tous les obstacles et échecs et si la moindre faille dans le calcul est trouvée, tout le projet est abandonné. Trop risqué.

Cet entrepreneur a su tourner en dérision la peur de l’échec, et a su montrer avec humour le talon d’Achille des français.

La culture française est frileuse : « vivons heureux, vivons cachés », mieux vaut ne rien faire qu’échouer, ne surtout pas prendre de risques. Cette peur de l’échec est intégrée dans la société française et, est notamment valorisée par le système éducatif français et ses critères de notations souvent critiqués.

Comment sont interprétés les résultats scolaires en France ? 10/20 : doit se reprendre rapidement, ne travaille pas assez (parfois même devrait se réorienter). Comment devraient être interprétés ces résultats ? 10/20 : La moitié des réponses sont bonnes, bravo ! Encore quelques efforts et les autres le seront aussi. Comprenons ensemble pourquoi la deuxième moitié est fausse et voyons ensemble comment y remédier.

Les systèmes éducatifs basés sur la récompense plutôt que sur la punition de l’échec se sont avérés beaucoup plus performants. Des enfants encouragés travaillent mieux, apprennent mieux, et se sentent mieux car ils n’ont plus peur de l’échec, mais envie de se surpasser et les répercussions sur leur vie d’adulte sont beaucoup plus positives, sans aucun doute.

Comment ne pas avoir peur de l’échec étant adulte avec tout ça?


ECHOUER, CE N’EST PAS OSER SE LANCER

Les grandes inventions découvertes en un seul essai n’existent pas (sauf quand le hasard était de la partie). Le monde qui nous entoure a été bâti grâce à la persévérance de personne qui n’avaient pas peur de l’échec. « Le hasard ne favorise l’invention que pour des esprits préparés aux découvertes par de patientes études et de persévérants efforts. » dixit Louis Pasteur.

La ville de Paris, pour l’Exposition Universelle de 1889, avait équipé 3km de trottoirs roulants, ancêtres des tapis que l’on retrouve aujourd’hui dans les couloirs interminables de nos gares, aéroports et couloirs de métro. L’inventeur, inconnu depuis, a cru vendre son invention et pouvoir équiper la ville toute entière. Problème : l’installation est trop onéreuse et les passants pas vraiment emballés par le mécanisme. Il abandonne.

Si seulement cet inventeur avait persévéré, peut-être aurait-il eu l’idée de transformer son trottoir en escalier et aurait alors inventé l’escalator… ?Beaucoup d’hypothèses pour illustrer à quel point la peur de l’échec peut faire basculer une vie.

Les trottoirs roulants de Paris, 1889

Sans parler des grandes inventions, l’économie entière ne serait pas telle qu’on la connaît si la peur de l’échec avait pris le dessus. Il n’y aurait pas d’entreprises, pas de start up, pas de bourse, … Il n’y aurait pas de médecine, d’agriculture, de cuisine, de médicaments, de sport, … rien ne serait possible sans prise de risque, maintenant plus que jamais. Là où la peur de l’échec pose un réel problème, c’est qu’elle impacte tous les aspects de notre vie. Personnelle comme professionnelle, à petite comme grande échelle, la vie est faite de décisions que nous devons prendre, quoi qu’il advienne. A chacun son libre arbitre pour faire la différence entre décision risquée inconsciente et décision risquée mais réfléchie et murie, à laquelle il manque une petite dose d’audace et de courage.


POURQUOI SE DEBARASSER DE L’ECHEC (AVEC UN GRAND « E ») ?

Une bonne fois pour toute : un échec est une leçon. C’est le seul est unique moyen de tester les tactiques, les actions que l’on a mises en place pour atteindre un objectif. C’est un résultat, et non pas une fatalité. Echouer permet de comprendre d’où viennent les problèmes, et de décider de réessayer, encore, et réussir.

Il faut définitivement séparer la notion d’échec à la vision que nous portons sur nos vies et nos objectifs.

Échouer permet aussi de se remettre en question personnellement. Un échec peut venir d’une action mal menée ou d’une stratégie mal pensée, fondée sur de mauvaises connaissances ou préjugés. Il est donc évident de questionner nos connaissances, ou mêmes nos valeurs et nos jugements lorsque nous sommes confrontés à un échec, ce qui est essentiel pour avancer, évoluer, grandir. L’échec, pris comme tel, est un obstacle à l’épanouissement personnel.

Pour pouvoir comprendre de ses erreurs, il est aussi indispensable d’accepter l’échec. Aucune leçon ne sera tirée d’un échec si nous refusons d’admettre nos erreurs. Reconnaître ses tords permet de prendre conscience de ses faiblesses, et connaître ses faiblesses permet de les transformer en forces.


JE SUIS kakorrhaphiophobe, MAIS JE ME SOIGNE !

« Je suis kakorrhaphiophobe ». A vos souhaits !! Non ? Kamoulox ?!

Non non, ce nom barbare désigne simplement la peur phobique de l’échec. Un terme aussi difficile à dire qu’à avouer. Comment savoir si vous aussi vous souffrez ou non de peur de l’échec chronique ?

1) Vous ne vous portez JAMAIS volontaire, vous ne vous mettez JAMAIS en avant surtout pas dans un groupe de travail.

2) Vous ne retenez que les remarques négatives, quitte à complètement faire l’impasse sur les compliments que l’on vous fait.

3) Vous êtes anormalement stressé(e) à l’approche d’un événement important : plaques rouges, démangeaisons, hyperventilation et autres symptômes glamours.

4) Vous êtes trop sévère avec vous-même, trop exigeant(e) et c’est un reproche qu’on vous fait souvent.

Si vous vous identifiez dans cette petite description, tant mieux !

Prendre conscience de ses tords est la clé du changement, le déclic qui vous donnera l’ambition de changer. Quelqu’un de tétanisé par la peur doit apprendre à avoir confiance en soi, la confiance et l’estime de soi étant les seules armes efficaces contre la peur de l’échec. Si vous prenez conscience de votre potentiel et du fait que le problème ne vienne pas de vous personnellement, alors vous irez de l’avant et vous n’aurez plus peur d’ESSAYER. Forcez vous à partager vos idées, retenir les compliments qu’on vous fait, bref prenez conscience de vos capacités et exploitez-les !

Personne n’est jamais devenu célèbre à cause d’échecs, mais toujours grâce aux succès. Personne ne se moque de quelqu’un qui essaye et se bat pour réussir. Personne. Alors, pourquoi ne pas essayer ?


Maintenant arrêtez-vous un instant, et faites le point sur votre vie. Posez-vous les bonnes questions. Et si vous pouviez enfin réalisez vos rêves, maintenant que vous n’avez plus peur ?

« Dans la vie, il vaut mieux avoir des remords que des regrets », Oscar Wilde.