Pourquoi Snapchat, ça soulage ?


Petit récit d’une expérience personnelle de Snapchat, qui à mon sens, tient son succès d’une réelle contre-tendance comportementale sur les réseaux sociaux : le “sans pression”.


La genèse : DU CUL, DU CUL, DU CUL !

Autant le dire tout de suite, Snapchat à son lancement en 2011/2012 je n’y croyais pas vraiment, une nouvelle plateforme qui s’appuie sur l’envoi de contenu éphémère c’est cool, mais pour assurer son succès à long terme, je me demandais si ça suffisait.

Je trouvais cette feature parfaite pour les jeunots désireux d’envoyer un bout d’intimité à leur(s) target(s), mais que ça n’irait pas plus loin et que les boobs et autres teubs que t’admires 10 secondes au mieux, à force, c’est frustrant.

Regarde comme je suis fuckable.

Autour de moi ça ne prenait pas, même en bossant dans la pub où les gens sont plutôt friands de nouveautés de ce genre, j’ai eu l’impression que l’app séduisait les fameux 13–18 et basta (je fais l’ancien mais j’avais 21 ans quand c’est sorti).

Je trouvais aussi l’ergonomie de l’app assez dégueulasse, là où on commençait à avoir de vraies bonnes expériences mobile en terme d’UX, Snapchat c’était un joyeux bordel, en conclusion j’étais pas fan. Je me contentais de mon triptyque quotidien : Facebook / Twitter / Instagram.


Et puis ça commençait à devenir bancal cette histoire de corps dénudés balancés à tout-va. Pour rappel la plateforme subit une cyber attaque le 31 décembre 2013, près de 5 millions de comptes sont concernés, la capture d’écran et autres subterfuges de vicelard restent possible, des nudes fuient de partout sur 4chan, reddit et consorts. La communauté doute (un peu) et les boobs et autres teubs se ramollissent.

J’avoue, j’ai commencé à me poser des questions sur moi et mon “expertise social media” quand Facebook, Tencent et Google se sont mis à vouloir racheter à tout prix le petit fantôme à des prix astronomiques, 1, 3, puis 4 milliards. Les offres sont huge, les refus d’Evan Spiegel encore plus. C’est certain : le CEO de l’application qui monte a une vision.

Snapchat has evolved !

En 2014 on sent donc une volonté chez Snapchat de se débarrasser de cette image de plateforme où tout contenu qui circule est tendancieux. La plateforme se positionne clairement contre le nu et se réinvente en s’associant avec Square, pour devenir un peu tout et n’importe quoi.

Flopée de pouces rouges sur la vidéo : l’argent c’est caca.

Je vous passe l’historique mais en gros, fin 2014, la plateforme devient messagerie, média et même un espace de transfert d’argent (que celui qui a déjà utilisé Snapcash lève la main… *lol*).

“Pourquoi pas ?”

Snapcash, Discover, pas pour moi, non ce qui m’attirait réellement c’étaient les stories, de plus en plus de personnages influents se mettaient à communiquer leur pseudo et j’étais curieux de voir ce que ça renfermait. Même chose pour les stories géolocalisées, sur le papier je trouvais ça cool d’observer des moments de vie à Rio / Shanghai / NY ou encore de suivre un festival ou une fête nationale comme si j’y étais. Je regardais des compil’ sur YouTube, il fallait que j’essaye.

Bref, fin 2014 je m’y mets sérieusement, pour voir.

Quelques amis y étaient déjà actifs, je m’abonne à eux et je matte. A ce moment là je ne voyais pas vraiment quoi envoyer à qui, comme je le disais plus tôt, j’avais déjà mes habitudes de partage bien rodées ailleurs. Tel contenu sur telle plateforme, j’avais ma petite ligne édito de parisien de base, pas besoin de “snapper”.

J’étais… passif.

En vrai ceux qui m’ont converti, c’est surtout les comptes qui me faisaient marrer, @PornKid @PierreLapin @Cucuchi ou même @Jeremstar… : de la bonne grosse story bien grasse. Un ton complètement décalé, un sentiment de proximité via l’instantanéité du partage, du story telling à tout va, les snaps défilent et c’est cool.

Armé de mon iPhone 6 noir sidéral, je commence à remplir ma story de trucs en tout genre, deux ou trois moments d’agence, des vidéos de soirées (de travers et inaudibles), des mots sur fond noir, des photos de Paris, de week-end, souvent bien cadrées et avec le petit filtre qui va bien (vieux réflexe Instagram). J’ai 60/ 80 viewers sur chaque snap, je ne cause pas dans le vide, content.

Puis j’ai remarqué que de plus en plus de potes se mettent à prioriser la story plutôt que l’envoi one to one. La quantité prime sur la qualité des snaps mais ça reste sympa à faire défiler si on s’intéresse un minimum au quotidien de son contact. On regarde, on oublie, la plateforme aussi… C’est cyclique.

Et là j’ai compris pourquoi mes potes et moi, on aimait Snapchat.

Beaucoup disent que le succès de Snapchat c’est l’éphémérité (Medium me souligne ce mot en rouge), oui mais pas que. Le fait que le contenu disparaisse, ne reste pas bloqué en haut d’une timeline à cause d’un sombre algorithme et surtout, ne soit sujet à aucune mesure d’engagement si ce n’est le nombre de vues relatif au nombre de contacts rentrés dans l’app, nous fait dire à chaque snap : “OSEF”.

Et c’est cet abandon qui fait que l’on s’y sent bien, loin de la course à la popularité instaurée par Facebook et son like, Twitter et ses RT, Instagram et son dictat de l’esthétique, sur Snapchat on balance notre vie sans se soucier de la forme. Enfin sur un réseau social, on n’est ni victime, ni bourreau, juste acteur ou spectateur.

Libérééééé...

C’est vrai quoi, Facebook et Instagram font de nous des metteurs en scène, le moindre combo fromage blanc + muesli fruits rouges passe sous le révélateur Instagram, si on n’a pas ses 30 likes minimum, le fromage blanc sera moins bien digéré, son auteure frustrée (partons du principe que l’on parle d’une fille ici).

Car l’absence de like, 80% du temps c’est comme dire “ce que tu publies est naze”, on le sait tous et ça fait mal si on est homo-fragilus.

9 likes pour 22 hashtags, meuf remets toi en question !

Le même fromage blanc + muesli fruits rouges, sur Snapchat, il aura sa poignée de viewers habituels, qui n’auront aucune réaction (parce qu’en vrai ton snap on l’a vu, mais on s’en branle un peu) cependant son auteure aura cette satisfaction apportée par le partage, ce sentiment qu’elle a mis en vitrine une vie healthy mais gourmande, qu’elle est bien dans sa peau, que sa vie elle est cool putain.

Bon quand elle prendra un pas de recul, elle se trouvera légèrement ridicule, un peu comme un mec à la fin d’une branlette.

“Je te montre mais tu dis rien ok ?”

Oui car avec ou sans cette prise de recul qui nous fait réaliser que tout ça est un peu bullshit, au moins personne ne vous l’écrira en commentaire et avec un peu de chance, n’aura même pas le temps de le penser vu la furtivité d’un snap.

A la différence de Facebook, Twitter ou Instagram où l’humiliation est publique puis parfois discutée dans ce qu’on appelle le “dark social” (tu te rappelles c’était le terme utilisé par les experts du web début 2015 pour définir les conversations privées) :

“Mdr regarde machin il a tenté un jeu de mots sur la dette grecque il a eu 2 RT, prêt à tout pour le buzz ce mec”
“T’as vu machine sa photo en maillot de bain elle a eu 4 likes, elle est dégueulasse faut qu’elle arrête ou qu’elle retourne chez Health City j’sais pas”
“Non mais son coucher de soleil au Cap Ferret #nofilter, qui s’en fout sérieusement ? … Et puis c’est sûr y’a un filtre.”
Ta tête quand tu vois le 783e insta de gambettes Knacki.

Oh god why.

Bon du coup Snapchat c’est cool mais ouvre un autre débat : “A quoi ça sert de juste montrer ?” — peut être parce qu’il y aura toujours quelqu’un pour regarder ? — “Ok, mais pourquoi on regarde autant les autres ?” — Hum, C’est générationnel. Cette réponse fonctionne pour les 3/4 des questions sociologiques liées aux réseaux sociaux…

…Et puis l’article est déjà un peu long.

Merci Snapchat de satisfaire nos pulsions.

Clique sur cette conclusion, ça résume bien le tout.

Stef Espasa-Tudo

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