Le visage de l’auteur passé dans un logiciel de vieillissement très haut de gamme

Pourquoi tu fais du sport ? Tu veux vivre jusque 120 ans ?

Article posté initialement sur enlightenerds.com

Je me suis souvent dit que je ne comptais pas vivre très vieux.

Pas que je veuille mourir prématurément hein, mais dans mes phases les plus noires je me suis souvent dit que je préférais me démolir la santé maintenant et en profiter — drôle de concept finalement, en profiter équivalant dans ce cas à se ruiner la tête le corps et l’estomac au quotidien — plutôt que de faire des plans pour plus tard. Ces derniers temps, depuis que j’ai changé un peu de mode de vie — enfin même un peu avant ça, en fait, ça fait peut-être entre deux et quatre ans que je prends souvent des actions concrètes qui vont dans le même sens — je me démolis beaucoup moins le corps. En fait, j’ai même plutôt tendance à devenir de plus en plus conscient de ce que je m’inflige au quotidien. Et à travers cette prise de conscience, à ressentir de manière plus aiguë ce que mon corps essaye de me dire. L’avantage évident c’est que j’ai grandement amélioré mon rythme de vie et mon alimentation.

Je mange de mieux en mieux depuis depuis deux ou trois ans, même si j’ai encore du chemin à faire. Ça a commencé quand je me suis mis à faire du vélo tous les jours je crois, ou même avant quand je me suis mis intensément au Kung-Fu après trois ans sans sport — une grande idée là aussi. Je me suis rendu compte notamment que si je mangeais comme un bourrin en quantité et niveau graisses / sucres le midi, et bah j’avais beaucoup de mal à me bouger les fesses vers 17h, soit quand même 4/5h plus tard, quand il fallait pédaler ou sauter partout. Et à côté de ça, les rares jours où je mangeais moins et moins riche, je me suis rendu compte que, d’une part, il était possible de ne pas avoir une digestion si bourrine qu’elle vous empêche de bosser tout l’après-midi et d’autre part il était possible d’avoir fini le plus gros de la digestion au bout de deux heures, et d’ainsi pouvoir sans soucis pédaler ou sauter partout dès 16 ou 17h. Pire que ça, c’était même beaucoup plus agréable, et mon cerveau était beaucoup plus motivable à accepter l’effort. Et enfin, chose folle, j’ai redécouvert qu’il était possible d’avoir faim avant le repas suivant, et que c’était plutôt un signe de santé, alors que le fait de passer l’intégralité et de mes nuits et de mes journées en digestion violente faisait de moi une larve en permanence auparavant.

Sans rentrer dans le détail de l’adaptation progressive et presque inconsciente au fil du temps de mon régime alimentaire, ce qui n’est pas le propos, j’étais globalement plus en forme, plus disposé à me bouger, et pas seulement physiquement.

Je me suis mis à remarquer que plus je me sentais volontaire physiquement, plus ma motivation mentale pour faire tout type de tâche était aussi présente.

J’ai aussi découvert au fil du temps l’inconvénient de ce changement de régime.

Là où je me suis vanté pendant des années d’avoir un estomac indestructible, faisant fièrement montre de ma qualité incroyable de poubelle de table capable de boire trois litres de coca et de manger deux grandes pizzas cinq fromages au cours du même repas, j’ai découvert que mieux je mangeais, moins je supportais de manger de la merde.

Est-ce que c’est mental, lié au fait d’avoir aiguisé ma conscience de moi quant à ma digestion et mes énergies, ou vraiment physique, je n’ai pas la réponse, mais j’aurais tendance à croire qu’elle se situe quelque part entre les deux. Quoi qu’il en soit, il m’arrive désormais de ne plus dormir de la nuit quand je mange des burgers pourris ou un kebab, alors qu’avant je m’en foutais pas mal. Je ne suis pour autant toujours pas très prompt à être malade, mais je suis très facilement chagriné mentalement et physiologiquement par ce qui se passe dans mon ventre.

Mon rapport à l’alcool a fini un peu par changer lui aussi, mais pour d’autres raisons. Pour la faire courte, je bois moins, moins souvent, et plus souvent des produits de qualité. Mon but est d’apprécier ce que je bois le plus souvent, pas uniquement d’être saoul le plus vite possible pour fuir mon cerveau, comme ça a été le cas régulièrement à une époque pas si lointaine. Ici j’ai par contre un soucis assez similaire à celui de la nourriture : quand je bois deux ou trois pintes désormais je suis démoli le lendemain, là où à une époque je buvais 5 ou 6 pintes tous les trois soirs sans grosse répercussion apparente.

Concernant la cigarette, j’ai encore récemment été assez faible, je fais pas mal le yoyo de ce côté-là, même si en ce moment par exemple je fume moins d’un demi-paquet par semaine. Oui c’est très peu, ce qui rend d’autant plus con le fait de ne pas arrêter. Je ne sais plus qui m’avait raconté un jour que quelqu’un d’âgé dans sa famille, après avoir brisé un jeun de cigarette de plusieurs dizaines d’années, lui avait dit “Fumeur un jour, fumeur toujours. On peut arrêter de fumer, on restera toujours un fumeur.”. Cela dit je n’ai jamais énormément fumé non plus, je suis plus un fumeur social récurrent, mais j’ai des phases où je me laisse un peu emporter.

Mais je m’égare, le but premier de cet article n’est pas de dire qu’il faut arrêter de fumer/boire/mal manger. Enfin si, mais le comment on s’en fout ici. Puis chacun fait ce qu’il veut.

Ce qui m’a donné envie d’écrire cet article, c’est qu’avant-hier après avoir fait mon footing quotidien, je suis tombé sur des photos de gens qui postaient des selfies “fitness” sur Instagram.

Un exemple de mise en scène très naturelle par Ellen de Werd

Comme je venais de faire mon petit gainage quotidien, je me suis demandé si j’étais devenu une de ces personnes qui fait du sport pour être/rester belle (et le montrer) — même si dans le cas des coachs c’est un peu leur gagne-pain. Ou si j’étais comme ces gars qui mangent des suppléments protéinés à tous les repas pour devenir massifs — je ne juge pas, hein, bon si ok un peu, mais quand je vois ça je ne peux pas m’empêcher de penser qu’à un autre bout du spectre ce n’est pas plus “sain” que de ne faire aucun effort pour avoir un régime alimentaire correct.

Dans mon cas je pense que la réponse est un peu différente. Quand j’ai commencé à courir tous les jours à Osaka, je l’ai fait parce que j’aimais l’aspect énergisant/rythmant de la chose. Il se trouve que depuis, j’ai perdu du poids, et que je commence à me trouver mieux gaulé, et que ça suscite aussi mon intérêt, d’un point de vue narcissique.

Mais ce que je me suis surtout demandé, avant-hier, c’est si je faisais désormais du sport pour vivre jusque 120 ans, moi qui proclamais fièrement après 6 pintes et 2 kebabs il y a 3 ans que j’espérais bien que je serais mort avant 70 ans de toute façon, mise en oeuvre à l’appui.

Si j’espère désormais être encore en bonne forme physique à 60 ans, ce n’est pas parce que je pense que d’ici là le monde sera meilleur, ou que j’espère vivre vieux pour voir mes petits enfants grandir, vu que je ne veux pas d’enfants et que je suis plutôt pessimiste sur l’évolution de la vie sur terre même à moyen terme — même si une forme de positivisme inexpliqué régit encore certains aspects de mon subconscient (c’est peut-être aussi ça être humain).

C’est que depuis quelques temps j’essaye d’avancer et de faire des choses qui me font plaisir, de suivre ma voie, d’apprendre à me connaître par l’exemple et par la pratique, après avoir mis ça de côté pendant des années. Et que je suis incapable d’avoir l’énergie mentale et physique pour avancer tout seul sur cette voie (j’entends seul dans mon développement personnel et professionnel, pas dans le sens “sans amis”) chaque jour qui passe, si je ne suis pas en pleine forme physique. Et je le sens chaque fois qu’il m’arrive encore de boire très fort, de manger n’importe quoi, ou de me laisser aller niveau sport en me disant “boh tu reprendras demain”. La fainéantise mentale et physique n’est jamais loin, et c’est un putain de cercle vicieux. Même si bien sûr il faut se laisser souffler de temps en temps.

J’ai fini par comprendre (grâce notamment à de chouettes discussions avec des amis bien câblés que je suis chanceux d’avoir) et surtout accepter qu’on est qu’une énorme machine chimique, que ce qu’on appelle communément notre libre arbitre ne régit au final qu’une infime partie de nos actions. Au mieux il régit plutôt la direction vers laquelle on pointe quand on se décide à se mouvoir. Quand on a la motivation. Mais la motivation c’est quoi au final? Cette volonté d’agir, de prendre les choses à bras le corps, c’est pas une qualité mentale innée. Ce qu’on appelle motivation, c’est rien d’autre qu’un équilibre hormonal sur lequel on a quasiment aucune emprise. Et on est pas du tout égaux face à ça, et on y peut rien — je pense notamment aux gens qui souffrent au quotidien de dérèglements hormonaux en tout genre. On peut seulement essayer de provoquer des situations favorables, en prenant soin de son corps, en dormant bien, en mangeant bien, en faisant de l’exercice pour faire circuler le sang, en réglant ses problèmes psychologiques pour amoindrir la peur, le stress…

En essayant de mener physiquement une vie cohérente avec nos objectifs mentaux.

Et ça veut pas nécessairement dire d’ailleurs uniquement devenir riche ou célèbre. Ou optimiser chaque seconde de sa journée. Même les moments où je suis seul dans la nature, ou les moments que je passe avec mes amis me paraissent beaucoup plus souvent qualitatifs quand je suis bien dans ma tête. Tout ça c’est un tout. Si on est là où on doit être, qu’on le sait, et qu’on se donne les moyens d’aller là où on veut aller, on a forcément une énergie mentale plus saine pour tout le reste aussi.

Après je vais pas vous mentir, même en essayant de m’optimiser chimiquement comme ça il y a des semaines où je me sens super raplapla ou démotivé. Le changement de météo de ces derniers temps avec l’arrivée du temps hivernal m’a par exemple mis KO pendant 15 jours. Je faisais peine à voir. Mais je me suis quand même tenu à ma routine et à mes habitudes tant bien que mal, en me faisant très fort violence chaque jour. J’ai été courir des jours où tout me criait “NE FAIS PAS ÇA! AUJOURD’HUI ÇA SERT À RIEN! PROMIS ON S’EN FOUT! PIS T’AS VU LA MÉTÉO?”. J’ai mangé du riz complet et des pavés de tofu aux algues (dont je raffole d’ailleurs) quand mon cerveau me hurlait “MAIS BIEN SUR QU’ON PEUT SE NOURRIR UNIQUEMENT DE HAMBURGERS BAS DE GAMME PENDANT UNE SEMAINE SANS CONSEQUENCES!”. Je me suis laissé glander un peu, aussi, parce que j’en avais besoin. Mais 15 jours après j’étais remotivé comme un sou neuf. Paf. Avant j’aurai pu passer 6 mois dans cet état d’esprit, easy, trop facile, sans même penser à gérer autrement. C’est l’hiver, c’est normal, j’ferais des trucs l’été prochain, après tout, c’est quoi sacrifier tous les ans la moitié de l’année dans une vie qu’en comptera peut-être 70, hein?

J’ai mis 34 ans à comprendre que les généralités qu’on nous assène partout depuis que je suis petit, à savoir “bien manger”, “faire de l’exercice”, “bien dormir” etc… c’est pas juste pour faire plaisir à papa/maman. C’est le fuel qu’il faut pour se regarder dans une glace et se dire “Bon je fais quoi maintenant? Ok. Go!”.

Je ne prends pas soin de moi pour être le plus beau (mais si c’est un effet secondaire je prends) ou pour vivre jusque 120 ans, je prends soin de moi car c’est la manière optimale d’atteindre mes objectifs et de m’épanouir au quotidien.