Il a l’air tout fragile… En fait, il est fort parce qu’il est libre…

Q[u]I te connaît mieux que toi-même?Partie 1: les Zèbres parlent aux zèbres…

Il y a tous ces gens à qui on a tellement dit qu’ils sont faibles qu’ils ont fini par le devenir, et il y a tous ces gens à qui on a dit qu’ils sont forts qui rêvent de pouvoir être faibles de temps en temps….

Je ne suis franchement pas adepte des leçons de vie et d’optimisme. D’habitude, quand je lis «3 petites choses que vous devriez….» ou « 5 trucs que j’ai compris pour….», je m’enfuis! Je n’ai donc pas envie de donner des leçons. J’ai par contre envie de proposer une autre lecture des tests utilisées en psychologie, parce que beaucoup d’informations contradictoires et absurdes circulent sur le fameux test de QI, sur les surdoués, Haut Potentiels et autres Zèbres. Alors, je m’y colle, à ma manière de zèbre…

J’aimerais te parler à toi, zèbre lecteur et à tes proches, qui vous sentez perdus au milieu de tous ces bons conseils, qui n’en sont pas vraiment. Je voudrais te dire que tu te sens sans doute différent, mais que tu ne l’es pas tant que ça. Et surtout, je voudrais te dire que tu peux chercher et trouver des alliés, mais que ton meilleur allié restera toujours toi-même.

En préambule, la métaphore du brushing…

J’adore la trivialité…

Je suis totale admirative de la technique des coiffeuses pour manier savamment la brosse ronde et le séchoir qui me permet de sortir du salon pimpante et volumisée du cheveu. Je le suis d’autant plus que j’ai longtemps été persuadée que j’étais douée comme un manche pour refaire chez moi le beau brushing. Comme je ne suis pas immensément préoccupée par mon image, j’ai décidé que je ne me ferai jamais de brushing de ma vie, et que ça irait bien comme ça! Seulement, à chaque passage chez le coiffeur, j’étais quand même bien embêtée. Zut! Ce brushing savant donnait à mon visage un bien meilleur jour que je ne pourrais jamais me donner moi-même. Devant la glace, je me retrouvais face à ma contradiction. Mon dieu! Horreur et damnation! Je serais au moins autant préoccupée par mon image que les poupées Barbie des magazines!

J’anticipais tellement bien l’effet retombant que le miroir me renverrai immanquablement le lendemain matin qu’à peine sortie du salon je courrais me refaire un shampoing , histoire de me débarrasser de cette image encombrante d’un autre moi-même version pomponnée. Ouf!

J’ai fonctionné comme ça pendant très longtemps, sans que ça ne me tracasse plus que ça, je te rassure… Jusqu’au jour où j’ai raconté, un peu honteuse, cette habitude à une coiffeuse. Elle a beaucoup ri, ce qui m’a sauvée, et s’est gentiment moquée de moi, arguant du peu de respect que je donnais à son travail et à l’argent que ça me coûtait. Soit, ai-je rétorqué, mais je n’y comprends rien à votre truc de brushing, alors que voulez-vous que j’y fasse! Ni une ni deux, voilà ma coiffeuse qui se met à me faire un cours de brushing avec la théorie et les travaux pratiques! Je ne suis pas devenue une pro du brushing, non. J’ai juste eu moins peur de ma brosse ronde et je m’amuse même, de temps en temps, à me faire une drôle de tête. Assez jouissif, le pouvoir du cheveu, finalement…

Toute cette histoire est ridicule, je l’avoue, mais, à y regarder de plus près, pas dépourvue d’intérêt. J’ai été ridicule juste parce que j’ai pensé “je ne suis pas douée”. J’en ai conclu que se dire doué ou pas doué a finalement peu de sens. Pourquoi imaginer, par une pensée magique, qu’il nous faut des dons alors qu’il suffit d’avoir le “bon professeur” et la motivation pour apprendre ce qui nous semblait définitivement hors d’atteinte?

Que dire du terme surdoué alors? Il suggère une douance surnaturelle et innée en toute chose, fort difficile à croire quand on a un peu de jugeote. Il renvoie à l’idée que de bonnes fées se sont penchées sur notre berceau alors qu’on sait pertinemment que les fées sont des inventions de contes. Il y a de quoi devenir fou, non? Toi, tu sais que les contes sont des histoires, des images, des métaphores, mais des gens très sérieux te disent que tu as des dons… Misère de misère… Être conscient de son incomplétude, c’est commun. Être étiqueté surdoué avec cette conscience, ça fait exploser ta tête en mode “Mais ils ont du fromage à la place du cerveau, les autres ou c’est moi qui ne pige rien?” Avoir sans arrêt l’impression de ne pas savoir être là où on t’attend, d’être sempiternellement mal compris ou de ne rien comprendre aux autres, c’est très très flippant! Être étiqueté surdoué, c’est forcément se sentir les chevilles qui enflent en même temps qu’être un imposteur.

Pour palier au malentendu social du mot surdoué, les spécialistes ont ensuite employé le terme EIP pour Enfant Intellectuellement Précoce, puis le terme HP pour Haut Potentiel. Ces termes ont beau être un peu moins connotés, ils ne changent rien à l’affaire. L’EIP/HP n’a pas besoin de la société pour savoir qu’il a en lui un potentiel d’appréhension du monde différent, il le vit. S’il ne peut s’empêcher d’y voir au mieux une difficulté, au pire une malédiction, c’est triste. Savoir qu’on est EIP/HP, c’est bien gentil, mais ça ne donne pas beaucoup de clés pour savoir comment faire avec son potentiel dit intellectuel. C’est un peu comme si tu te retrouvais à devoir inventer à l’infini ton propre modèle. Ah! Ah! La bonne blague! Ben, c’est pas du gâteau!

Je ne sais pas quel terme il faudrait inventer pour bien refléter la réalité. En tout cas, jusqu’ici, le terme de zèbre est encore le moins pire. Rendons à César ce qui appartient à César, il a été employé pour la première fois par une psychologue devenue “célèbre” grâce à eux, Jeanne Siaud-Facchin, et à qui il faut reconnaître le mérite d’être active depuis longtemps pour faire connaître et comprendre ces étranges humains au grand public. C’est à peu près tout ce que je lui reconnais, mais c’est une autre histoire.

Se dire Zèbre, ça a l’air plus cool, c’est sûr. Ça rappelle que la nature produit de la bizarrerie sympa. Et puis, ça donne l’impression qu’on appartient à une espèce référencée donc reconnue. On peut aussi penser faire communauté entre zébrés pour se sentir moins isolé. Ben oui, c’est vrai que ça compte!

Il y a quand même quelque chose qui me chiffonne un peu… Pour entrer dans le club des EIP/HP/Zèbres, il faut montrer patte blanche, soit un QI>130 exigé. Qu’est-ce que je fais si mon QI, testé en avril 1975, bloque à 128? Je suis un faux zèbre mal dégrossi? Je ne suis pas assez zébrée pour rentrer dans le cercle des admissibles à la reconnaissance de mes capacités zintellectuelles supérieures zé précoces?

Et si faire communauté comptait au point de s’ériger en espèce supérieure? Et si on allait jusqu’à sélectionner des personnes sur leur résultat au test de QI? Ben ça existe. Ça donne un club très fermé appelé Mensa qui organise des testing-sessions, moyennant finances bien sûr, et qui adoube comme membres les 2% du haut du panier de la WAIS (test de QI pour adultes) pour réfléchir intelligemment à la société… Oh! Oh! Ben là, perso, ça me semble moins cool d’un seul coup!

Personnellement, je n’en ai strictement rien à faire de faire partie ou non d’une espèce supérieure! Et puis, faire communauté, c’est bien gentil, mais je me rends bien compte que les cons, je veux dire mes cons, ceux que je n’aime pas fréquenter, sont partout, même chez les détenteurs d’un QI supérieur à 150!

Bon… Deux conclusions s’imposent:

1- Je n’aime pas trop l’idée de faire communauté finalement. Surtout je n’ai pas vraiment besoin de cette communauté-là.

2- Ce test de QI est un peu trop surinvesti par des idéologues, alors qu’il se veut être un outil de mesure scientifique, c’est tout de même bien étrange…

Deuxième Préambule, la métaphore du chewing-gum…

Qu’est-ce qu’être anormal, atypique voire hors normes?

Aujourd’hui, on peut s’accorder sur l’idée que le travailleur normal est par définition stressé. S’il ne l’était pas, la société actuelle se poserait raisonnablement la question de sa fainéantise. Il peut donc raisonnablement mâchouiller son chewing-gum, se ronger les ongles ou suçoter frénétiquement son stylo, personne ne l’embêtera car tout le monde comprend qu’il doit compenser son stress par quelque chose. On peut même imaginer que la mastication du chewing-gum est préférable à la consommation de tabac, d’alcool ou de pilules bleues. On comprend assez aisément la gradation de la dangerosité de ces conduites. On ne dégrade pas le mâchouilleur compulsif de chewing-gum vers le hors-norme. Si?

Dans le même temps, au gamin qui ne peut pas s’empêcher de remuer sur sa chaise, parler tout seul, taper du pied bruyamment, on lui colle volontiers l’étiquette THADA sur le front. Attention, ici, ne pas confondre THADA avec FADA, le premier acronyme étant une pathologie appelée “Trouble d’Hyperactivité avec ou sans Déficit de l’Attention” alors que le deuxième est un gentil sobriquet que les Marseillais affectionnent. Imaginer la gradation entre l’agitation acceptable de l’enfant et la pathologie de l’hyperactivité est beaucoup moins évidente, hein?

J’imagine que, peut-être un jour, le mâchouillage de chewing-gum deviendra tellement abominable pour nos oreilles que la vente de plaquettes de chew se fera sous le manteau. J’imagine que, peut-être un jour, toutes les personnes qui se rongent les ongles devront être parquées dans des asiles, pour cacher à la vue de tous l’ignominie de leurs bouts de doigts boudinés et sanguinolents avec camisole si nécessaire. En attendant ce jour, que peut-être certains appellent de leurs vœux, la psychiatrie actuelle fait avec la normalité du présent.

Qu’est-ce que la normalité? Où place-t-on la limite de l’anormalité voire du hors norme? C’est ta question? Elle est légitime, je sais. Personnellement, j’en suis arrivée à me dire que me poser cette question again and again était le meilleur moyen de me rendre malade ou folle. Pour moi, la manière habituelle socio-économico-philosophique de se poser cette question ne cesse de déboucher sur rien. Je veux dire que j’aurais beau discuter pendant des heures et des heures sur le sens de la normalité avec de tels arguments, je ne serai pas plus avancée sur ce que je suis moi au milieu de la société ni sur la manière dont je peux m’y sentir bien. Si la société aime coller des étiquettes sur le front des gens, je ne vais pas pouvoir y changer grand chose avec mes petits poings tapotant vigoureusement ma poitrine gorgée de colère! Mais, rien ne m’empêche de jouer avec ça, non?

Etant un peu têtue comme fille, ça m’a pris pas mal de temps pour arrêter de me poser la question de ma normalité. Finalement, j’ai pu commencer à en rire quand j’ai rencontré le langage mathématique. Oui, je sais, c’est étrange mais, que veux-tu, on ne se refait pas. J’ai besoin de trouver des réponses à mes questions. Quand on me donne les moyens de dédramatiser, ça m’aide à rire…

Les statisticiens, demi-dieux de la mathématique sachant établir de belles courbes de Gauss, sont les meilleurs pour parler raisonnablement et simplement de la normalité. Cette histoire, je te la raconte ici…