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Quand écrire ouvre à soi

Libérer quelques mots, les épeler comme s’ils venaient de vivre.

Plusieurs mois que je n’ai écrit ici : pas toujours évident de trouver un thème ou un sujet à partager et l’on hésite alors à publier sur un site éditorial ses chroniques.

Mais j’ai décidé de me relancer ce défi, car l’accueil sur Medium fut toujours bienveillant, j’ai un peu à partager en tant qu’écrivant journalier et c’est ma résolution de rentrée.

Écrire, c’est déjà mettre du noir sur du blanc. — Stéphane Mallarmé

Nos écrits peuvent se montrer timides… J’ai beau avoir quelques kilomètres de mots au compteur, il m’arrive aussi de me réfugier dans mes conforts, vers mes abonnés réseaux ou mes lecteurs fidèles. Auteur, je suis comme tous ces adultes dans mes ateliers d’écriture quand je ressens leurs peurs de se dire aux autres et parfois à soi. Je n’hésite pas non plus à leur témoigner combien ce passage difficile est le même pour tous. Le trac d’écrire existe quand le corps sait que l’âme va se révéler dans ses fractures ou ses intimes abysses.

Écrire, c’est affronter un visage inconnu. — Edmond Jabès

Personnellement, je n’ai pas de difficultés à m’écrire : j’ai depuis de nombreuses années un journal quotidien, carnet de notes et de vie où s’alignent mes rêves, mes possibles et mes besoins. Le “journaling” ou autre “Bullet” est très en vogue : nos vies à cent cinquante kilomètres-heure aspirent nos minutes, nos envies, semant aussi beaucoup d’oublis. Nous sommes multi-tâches, multi-directions, multi-pliés, alors qu’un ! Capter nos aspirations, nos désirs, nos chemins d’apprenants humains permet à tout âge d’évoluer vers un mieux sentir, être, aimer, pauser. Freiner un peu, laisser un temps pour diluer sa journée, tracer quelques lignes, garder en creux les bonheurs essaimés.

L’écriture manuscrite, par son déroulement particulier, imprègne différemment notre cerveau. La synthèse des émotions est autre, plus profonde, me semble-t-il. La respiration est lente, introvertie. Le crayon est souvent mon outil d’expression et une mine d’informations sur mes talents d’adaptation, de rêve et de créativité.

Et l’écriture aux autres, alors ? Comment arriver à ce grand écart entre le chuchotement d’une source et le cri à l’océan Web ? Ah ! cette alchimie bizarre de nos lignes sur un écran, le fourmillement d’une première appréciation ou commentaire… J’ai vécu ce vertige, il y a de cela cinq ans, lorsque je plongeai dans l’aventure d’un premier blog appelé judicieusement Horizons et je le vis encore chaque jour. C’est un cercle infini, un tourbillon… une passion. Voilà le mot lâché, libéré : PASSION ! C’est votre passion d’écrire qui reste votre plus beau pont vers l’inconnu. Et croyez-moi, si vous hésitez encore, lancez-vous, car il n’est pas de plus beaux moments qu’un regard de lecture. Même si les mots étaient pour soi, le témoignage de nos expériences, de nos opinions, de nos questionnements sont un bien commun.

Écrivez votre feu et votre talent. Libérez quelques mots, épelez-les comme s’ils venaient de vivre.

À votre rentrée littéraire sur Medium.

Sandra Dulier, plume funambule et poète, un jour de fin d’été.