QUAND TOUT FAIT SENS

Six mois de tergiversations entre mes différents moi plus tard, de réflexions, de prises de tête, de montagnes russes du moral passant des chaussettes au zénith, des émotions contradictoires : nous y sommes.

A quelques heures de laisser derrière moi ma vie bien rangée de salariée pour prendre le chemin de l’indépendance, beaucoup de choses se bousculent dans ma tête.

J’ai l’impression d’avoir mis un temps fou à prendre cette décision et en même temps, tout est arrivé si vite. Il y a six mois, je m’inscrivais au programme Fais le Bilan calmement de Switch Collective. 
J’y entrais avec mille questions, l’impression de ne plus être à ma place, une machine dans la tête remplie de choses auxquelles je ne parvenais pas à faire de place. Avec, pour couronner le tout, le sentiment de mal faire mon job et de ne plus l’aimer. 
J’en suis sortie avec des réponses (pas toutes faites, certes, mais avec des clés pour y parvenir), l’envie de me faire une place au soleil, un outil pour ranger toutes mes idées et leur faire une place (l’écriture) et par-dessus le marché, de nouvelles envies pour recommencer à aimer mon job.

C’est là que tout a commencé, ou plutôt, que tout a pris fin.

C’est ce moment précis où j’ai décidé de tout casser, pour tout reconstruire, en mieux. Une envie de rangement, un besoin de remettre de l’ordre dans ma vie, ma vie que j’étais en train de laisser filer sans bien comprendre où je l’emmenais. Droit dans le mur très certainement.

La parfaite bonne élève que j’étais était en train de me conduire vers un chemin tranquille, sans encombres, une vie équilibrée avec un salaire qui tombe tous les mois, une « situation ». En parallèle, l’espèce de foldingue hurlait, tapait des pieds, ne voulait plus y aller, avait cette boule au ventre à chaque fois qu’on lui demandait de rentrer dans le cadre.

Il aura suffit d’avoir ce déclic, celui qui nous fait prendre une décision radicale.

Souvent, la décision est prise si rapidement que l’on se demande pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt. Pourquoi avoir mis tant de temps à se décider. Cette fois-ci c’était la bonne, elle était prise : il était temps que les choses s’inversent, que l’autre moi se révèle un peu plus, se fasse une place.

Le chemin de l’indépendance.

En l’espace de sept ans, je suis passée par cinq agences de communication différentes avec toujours, cette insatisfaction, cette impression que l’herbe pouvait être plus verte ailleurs. Sept ans pour chercher un Graal que je n’ai jamais trouvé. En partant à sa recherche, je me suis épuisée et mon éternel optimisme s’est peu à peu étiolé pour laisser place à une lassitude dont je ne parvenais plus à me défaire. Ne sachant plus si j’allais finir par le trouver, ce fameux Graal, j’ai pris la décision de me le fabriquer. Finalement, on n’est jamais mieux servie que par soi-même, nous disent-ils. Maintenant que j’avais compris ça, il ne restait plus qu’a.

Simple comme bonjour sur le papier, un peu moins dans les faits. N’oublions pas que la parfaite petite bonne élève n’était pas loin. Avec ses doutes, ses envies de reconnaissance, cette impression d’être une imposture et, par-dessus le marché, son manque de confiance en soi et ses peurs. Parmi ses peurs, celle de ne pas y arriver, de ne pas être à la hauteur, de ne pas aller au bout.

La foldingue aussi avait peur, une peur bien plus grave : celle de mourir d’ennui si elle continuait sur cette voie trop bien tracée. Par chance, ou peut-être par folie, cette peur de mourir d’ennui me faisait bien plus flipper que toutes les autres réunies.

Le meilleur moyen que j’ai trouvé pour être sûre d’y arriver, c’est tout simplement de parler à tout le monde de ce projet. Pourquoi ? Parce que la bonne élève n’aurait jamais supporté une seule seconde de ne pas y arriver. Elle ne le savait pas encore mais sa pire peur, c’était l’échec.

Sortir de sa zone de confort

Sortir de sa zone de confort, c’était pour moi le meilleur moyen de ne pas mourir d’ennui. C’est aussi la sensation étrange de partir à contre courant. D’être sur une plage bondée de potes et de prendre un petit radeau pas super secure pour aller au large. Seule, sans trop savoir où on va. Pendant ce temps là, nos potes continuent à faire la fête, sans se rendre compte de notre absence. (Le moment où l’égo de la parfaite bonne élève en prend un coup puisque la reconnaissance n’est toujours pas au rendez-vous).

Mais voilà, la décision est prise et on ne peut plus reculer. Après s’être laissée porter par un chemin tout tracé pendant des années, après avoir ramé pour prendre sa propre voie, on ne peut plus s’arrêter.

La parfaite bonne élève a enfin fait de la place à mon autre moi, plus aventurier, ce côté obscur qui voulait sortir des clous et des sentiers battus.

Vouloir sortir de sa zone de confort, c’est aussi, pendant des semaines, se réveiller à 5h du matin en se demandant ce qu’on est en train de faire. En se reprochant d’être complètement malade, puisqu’il faut être fou pour tout remettre en question à ce point là, pour avoir envie de bousculer l’équilibre qu’on a mis tant de temps à se créer. Est-ce qu’il faut être fou pour se prouver que l’on peut y arriver ?

Durant ces insomnies, on repense alors à tous les bons moments passés dans cette entreprise, les pots avec les collègues et dans ces moments de panique, on se rattache à tout ce qu’on y aime. Même les charrettes et les réunions sans fin deviennent de bons souvenirs. J’en oubliais presque les boules aux ventres devenues de plus en plus fréquentes en arrivant le matin, les situations qui me mettaient hors de moi, le temps qu’il m’a fallu pour prendre de la distance avec tout ça et surtout, surtout, les choses qui comptent : les side projects pour lesquels j’avais pris cette décision.

Sortir des clous, c’est aussi affronter ses joies, ses doutes, ses déceptions, parfois tout en même temps. C’est un peu le roller coaster du moral : l’impression d’être l’héroïne de inside out et que « confiance » et « excitation » ne parvenaient pas à s’entendre sur leur rôle à jouer dans le film de ma nouvelle vie. Après les montagnes russes de l’avant prise de décision, le flip est toujours là, mêlé à de l’excitation, celle de l’inconnu sans doute, celle des jours heureux et de ceux qui le seront sans doute un peu moins.

Décider de créer son propre chemin, c’est aussi faire face à son entourage. Etre capable de répondre à la question « mais qu’est-ce que tu vas faire ? » ou encore à « mais comment tu vas faire ? »

Parler de chômage dans un premier temps, puisque c’est une réalité. Comprendre dans le regard de ses parents, de sa Grand-Mère, que c’est un mot qui leur fait peur, surtout pour une génération qui aura fait toute sa carrière dans la même entreprise et qui continue à culpabiliser de s’arrêter de travailler deux jours dans l’année pour cause de maladie. Ce moment où les regards ont changé. Quand ma Grand-Mère m’a demandé ce que j’allais faire, je lui ai répondu que j’allais devenir chef d’entreprise, chef d’entreprise de moi-même et de ma vie. Elle a ri bien sûr, mais j’ai aussi et surtout senti une fierté dans ses yeux qui m’a tout simplement convaincue que c’était la meilleure des choses que je pouvais faire, pour moi et pour l’entreprise de ma vie.

Le Karma

Et puis il y a peu, les planètes se sont alignées, comme un signal. Comme un phare qui te prévient que tu es sur le bon chemin et que tu vas arriver à bon port d’ici peu. Ce moment où des opportunités se présentent à nous et que toutes les conditions sont réunies pour y arriver. Là où j’ai compris que tout ce que j’avais réalisé jusqu’à maintenant allait tout simplement m’aider à accomplir ce que je souhaitais faire aujourd’hui.

Le Karma, c’est quand pour moi tout devient simple, limpide, que tout s’éclaire. Quand je me rends compte que tout ce qu’il est en train de se passer n’est que la suite logique de tout ce que j’ai fait et construit ces six derniers mois. Il paraît que c’est quand tout devient simple, évident, presque trop, que l’on sait que l’on a pris la bonne décision.

C’est à la fois très réconfortant et très flippant car quand tout est trop simple, la parfaite bonne élève et moi, on a tendance à se dire que ce n’est pas normal, qu’il va y avoir un souci, un truc qu’on n’a pas prévu. (On ne se détache pas si facilement du syndrome de l’imposteur)

Chaque étape aura été faite de petits pas mais aussi de pas de géant, et c’est étrange à quel point celui-là, le dernier, me paraît presque être le plus petit, le plus insignifiant, alors qu’il marque au contrainte le début de ma nouvelle vie, de celle que je me suis choisie.

C’est là, maintenant, c’est demain. Demain, je me lèverai le matin sans vraiment savoir de quoi la journée sera faite, ni de quoi demain sera fait, ni ce que je ferai le mois suivant. Mille choses dans la tête qui se bousculent, entre cette envie de faire un vrai break et toujours, ce sentiment de culpabilité de se dire que ce n’est pas le moment.

Dans les faits, il ne me semble pas qu’il va se produire une révolution majeure, que ma vie va être transformée par une apocalypse, et pourtant, cela va changer tellement de choses.

Mon switch (le premier d’une longue série sans aucun doute) est en marche.Avec son lot de questionnements et de doutes qui ne disparaissent pas complètement (on ne se refait pas). Mais, les questions deviennent plus consistantes, plus censées. Maintenant, c’est un combat de tous les jours face à moi-même. Je n’ai jamais été douée pour me mettre en avant et c’est justement ce que je vais devoir faire chaque jour de ma nouvelle vie.

Dans la poursuite de mon chemin, seul l’avenir me dira si la course est pleine d’obstacles ou si la vie devient une sorte de long fleuve tranquille. Si les questionnements deviennent un peu moins nombreux, s’il y aura plus de place pour faire entrer d’autres projets, d’autres personnes, d’autres objectifs.

Finalement, est-ce que ce n’est pas ça, devenir adulte, prendre sa vie en main, prendre ses propres décisions et les assumer.

Si vous avez aimé l’article, n’hésitez pas à le partager et à cliquer sur le ❤️