La musique, l’empathie et Oliver Sacks
Que feriez-vous s’il ne vous restait que quelques mois à vivre ?
Par Boreta de The Glitch Mob
“Aucune connaissance formelle de la musique n’est nécessaire — pas même besoin d’avoir la fibre “musicale”— pour apprécier la musique et y réagir du plus profond de nous-mêmes. La musique fait partie de l’être humain, et il n’existe pas de culture humaine dans laquelle elle ne soit pas hautement développée et estimée.” ~Oliver SacksDr.
Oliver Sacks est un de mes héros.
C’est un homme d’une grande empathie, passionné de musique et explorateur scientifique.
J’admire profondément son puissant mélange de sagesse, de bonté et d'humilité, des qualités que je prends en exemple.
Il est également un neurologue et conteur qui a passé une grande partie de son illustre carrière à étudier l'influence de la musique sur le cerveau et à écrire magnifiquement bien sur le sujet.
Musicophilia, le livre d’Oliver Sacks, a définitivement changé la façon dont je perçois la musique. Un aperçu de la vie d'un médecin qui guérit les gens avec la musique aide à comprendre à quel point elle est profondément ancrée dans notre conscience. J’ai toujours senti instinctivement, au travers de ma propre histoire d'amour avec la consommation, la production et l'interprétation musicale, qu'elle a des pouvoirs de transformation. Après avoir lu ce livre, il est devenu évident pour moi qu’il ne s’agit pas d’une conjecture. La musique peut considérablement améliorer et changer des vies.


La musique a été comme un sentier de lumière durant les moments les plus sombres de ma vie. Elle m’a sauvé du désespoir et m’a montré la voie de l'acceptation. Elle m’a tenu compagnie lorsque je me sentais seul, et elle a été une confidante fidèle quand d’autres ne l’étaient pas. Elle m'a aidé à trouver des repères quand j’étais perdu, comme un guide loyal. La musique a, de façon inattendue, donné à ma vie un sens, une signification et un sentiment d’appartenance plus profonds. Qu’il s’agisse d’écouter, de jouer, de discuter de musique ou de se produire sur scène, j’éprouve une éternelle reconnaissance pour l'influence profonde que cette mystérieuse concoction de sons organisés a eu sur ma vie. Comme l'a dit Nietzsche, «sans la musique, la vie serait une erreur."
“La musique peut nous sortir de la dépression ou nous émouvoir aux larmes — c’est un remède, un fortifiant, un jus d’orange pour l’oreille. Mais pour beaucoup de mes patients neurologiques, la musique est bien plus — elle peut donner accès, même quand aucune médication ne le peut, au mouvement, à la parole, à la vie. Pour eux, la musique n’est pas un luxe, mais une nécessité.” ~Oliver Sacks
Retour au moment présent
Je pense beaucoup à la mort. Je l’ai frôlée à un très jeune âge, quand mon père a été tué par un conducteur en état d’ivresse. Ce fut bien sûr un moment difficile pour ma famille et moi, qui a sans aucun doute laissé des cicatrices. Mais comme pour la plupart des difficultés de la vie, il y a là des leçons utiles à tirer. Au fil du temps, j’en suis venu à penser que quelque chose de bon peut sortir de la contemplation de notre mortalité —la perspective que tout peut nous être retiré en un instant est l'un des nombreux cheminements qui vous ramènent à l'instant présent.
Sam Harris résume magnifiquement cela dans un livre intitulé Waking Up qui m’a récemment et profondément touché:
“La plupart d’entre nous passe son temps à chercher le bonheur et la sécurité sans se rendre compte de la finalité sous-jacente de notre quête. Chacun d’entre nous cherche le chemin qui le ramènera vers le présent : nous cherchons des raisons suffisantes d’être satisfaits maintenant.
“Accepter que c’est le cadre du jeu auquel nous jouons nous permet de jouer différemment. La façon dont nous faisons attention au moment présent détermine en grande partie le caractère de notre expérience et, de fait, la qualité de nos vie.”
Psyché-délie


Les expériences psychédéliques sont un autre outil que j’ai trouvé pour m’aider à comprendre la complexité de l’existence. J’ai fait toute sorte d’expériences qui ont profondément et irréversiblement coloré les verres au travers desquels je vois la vie. Certaines de ces expériences étaient des moments de bonheur sans limite : la sensation d’être complètement submergé d’un amour pure et distillé pour quelqu’un, voir à quel point la musique est un langage infiniment plus riche pour communiquer ses émotions, avoir l’âme déchiquetée et reconstruite par une chanson douloureusement sublime, ou la simple sensation d’une grande inspiration d’air qui durait des heures.
Certaines de ces expériences n’ont pas été faciles. En fait, certaines ont été absolument terrifiantes. C’est pourtant une autre façon dont Dr. Sacks a judicieusement fait redescendre sur terre un passe-temps potentiellement décadent— en faisant le lien avec la solidarité. Je me reconnais extrêmement bien dans ce qu’il décrit, bien plus éloquemment que moi, de sa propre expérience des psychédéliques dans son livre Hallucinations.
J’ai temporairement et à de multiples occasions senti ce que c’est que de perdre tout rapport à la réalité. Et ces trips difficiles sont devenus les expériences les plus bénéfiques de ma vie, pour plus de raisons que je ne pourrais énumérer ici. Un des intérêts d’avoir bricolé avec ma propre santé mentale : cela m’a permis de m’identifier aux personnes atteintes de maladies mentales. Faire l’expérience de la nature fragile de la conscience a été un changement de regard que je n’échangerais pour rien au monde. De cette manière, les histoires racontées par Sacks m’ont aidées à contextualiser mes propres expériences, et pour cela je suis reconnaissant.
Grâce et Gratitude
Le récent papier d’Oliver Sacks dans le New York Times — à propos de son cancer en phase terminale et du peu de temps qu’il lui reste sur Terre — reflète une approche de la mort pleine de beauté et de grâce. Je l’ai relu tous les jours depuis sa publication.
Il a touché une chose à laquelle je pense beaucoup, memento mori : la théorie selon laquelle la proximité immédiate avec la mort nous fait réaliser ce qui est réellement important. Adopter cet état d’esprit permet de passer sa vie au crible et de révéler de véritable pépites d’or.
Que feriez-vous s’il ne vous restait que quelques mois à vivre ?
De quelle manière cette pensée peut-elle avoir un impact bénéfique sur votre quotidien ?
Pourquoi ne pas vivre comme ça dès à présent ?


“Je suis profondément touché par la formidable effusion de reconnaissance et de soutien de ces derniers jours. Vivement encore plus d’écriture, de natation et de Bach”
Je suis profondément touché par la manière altruiste dont Sacks fait un ultime cadeau au genre humain: son ouverture d’esprit et sa prévenance à l’approche de la fin de sa vie.
“C’est à moi maintenant de choisir quoi faire des mois qu’il me reste. Je me dois de les vivre de la façon la plus riche, profonde et productive que je le peux… J’ai soudainement un objectif très clair. Je n’ai plus le temps pour quoi que ce soit qui ne soit pas essentiel. Je dois me concentrer sur moi-même, mon travail, mes ami. Je ne vais plus regarder “NewsHour” toutes les nuits. Je ne vais plus accorder aucune attention à la politique ou aux débats sur le réchauffement climatique… Je suis avant tout un être doué de sensations, un animal pensant, sur cette belle planète, et c’est déjà un énorme privilège et une énorme aventure… Je ne prétendrai pas que je n’ai aucune crainte. Mais mon principal sentiment est la gratitude.”
Merci, Dr. Sacks, pour cette dose d’humilité, de gratitude et de perspective. Vous avez profondément changé la manière dont je ressens le monde. Vous m’avez montré qu’il est meilleur de passer sa vie dans un état d’admiration intimidante, en faisant preuve d’empathie et en écoutant de la musique.
Il est si bon qu’un être humain qui a passé une si grande partie de sa vie à ouvrir des esprits passe ses derniers jours à ouvrir des coeurs et à élever des âmes.
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Justin Boreta is 1/3 of The Glitch Mob
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