Qu’est-ce que ma grand-mère a bien pu me transmettre ?

Ma grand-mère a quelque chose que les autres femmes n’ont pas

Il y a tous ces gens que je croise; qui passent, et partagent des moments de vie. Je leur donne du sens, parfois non, et j’oublie.

Il y a celle qui m’attendait, depuis longtemps déjà; qui se préparait, sans dire mot, a sa dernière aventure: celle de la transmission. Voici ce que notre histoire m’a enseigné, mamie.

Pépinière n.f. : Terrain où l’on bouture, sème des graines et élève des arbres fruitiers destinés à être replantés et grandir.

C’était un matin d’hiver, celui de mon 6ème anniversaire, et tu es arrivée avec un vélo, sans roues arrières de maintien. Un bolide de grand garçon, mon premier. A peine réveillé, Je me suis empressé de monter sur selle, et faute de trouver les freins, j’ai trouvé le portail (la pédagogie par l’impact)… Peu importe, nous avons persévéré toute la matinée afin que je réussisse à contrôler mes gestes.

Ce jour-là, comme tous les autres, Tu m’as aidé à passer d’une étape à l’autre et grandir. Me donnant les armes pour m’affirmer et, plus tard, bien plus tard, m’émanciper. En ce sens, Tu es ma pépiniériste.

Tu m’as offert ce qu’il y a de plus cher dans une vie, ton temps. Celui sur lequel nous n’avons que peu d’emprise, celui que j’aurais aimé dompter afin de le revivre. Je me rends compte de l’importance de ce cadeau que tu m’as fait, sans rien attendre en retour.

J’ai compris qu’à donner sans réfléchir, on reçoit sans compter. A donner ce que l’on a de précieux en soi, l’attention, la bienveillance, nous créons un lien insécable et intemporel. Soyons désintéressés.

« Il reste toujours quelque chose de l’enfance. Toujours… » (Marguerite Duras)

Tu as quelque chose que les autres femmes n’ont pas. Tu as ce regard posé sur moi. Qui me fait repartir en enfance, à chaque fois que je te vois. Chaque jour, de nombreux projets me paraissent impossibles et m’emplissent de doute ; Ai-je les compétences? Suis-je légitime? J’ai alors peur d’oser, de sortir de ma zone de confort. En somme, J’ai la troublouille. Parce que la vie nous érige de jolies barrières. Parce que le regard des autres. Parce que Moi.

Les chercheurs considèrent que nous atteignons notre pic de créativité à l’âge de 5 ans. Soit. Grâce à toi, j’ai toujours ce garçon de 5 ans en moi, capable de se sortir de n’importe quelle situation en imaginant des solutions. Cette insouciance, cet esprit créatif, nous l’avons tous ; simplement, nous l’inhibons. Mais si nous l’acceptons, nous sommes alors capables de plonger dans l’inconnu. De tenter et d’entreprendre ce qui nous dépasse.

« Nos sens sont de grands fournisseurs de souvenirs agréables. Quand on est enfant, on perçoit le monde avec sérieux, on fait tout avec sérieux. Nos sens, visuels, gustatifs, olfactifs, sont des capteurs qui se traduisent en émotions. »

Tu as pris l’habitude de m’offrir des paquets de gâteaux : Le fameux « Savane » de Brossard. En portions individuelles, c’est bien plus pratique. Cette marque est une valeur sure, elle ne t’a jamais déçu. C’est vous dire! Elles ont ce goût assez particulier de Gâteau Industriel Non Identifié (Les G.I.N.I. comme on les nomme dans le milieu du Bio…).

Cette petite douceur de l’enfance que j’associe aux goûters partagés avec toi. Ces saveurs qui, sans prévenir, 20 ans après, te happent au moment présent ; te transportent fort fort lointain et te plongent dans une mélancolie apaisante.

C’est la mémoire sensorielle: sans le savoir, à partir d’une simple émotion, nous créons un souvenir. Un ressenti qui ne s’efface pas. Certes Il s’atténue, il devient latent comme une eau qui dort. Mais le moment venu, il resurgit. Désormais, Il fait partie de nous, il est notre identité.

Attachons nous à partager ces instants avec ceux qui nous entourent, osons vivre le bon et le moins bon, le déguster. Les choses simples peuvent avoir une portée imprévisible et nous accompagner toute une vie. C’est cela d’Avoir conscience de vivre : Ne pas craindre les émotions.

La feuille d’automne : Ses cellules produisent de la chlorophylle ,en surface, et des pigments jaunes et rouges en profondeur. Avec la réduction du temps d’ensoleillement, la production de chlorophylle diminue, et laisse la place aux couches inférieures, de pigments jaunes et rouges. Quelques semaines plus tard, la feuille tombera.

J’ai toujours observé les gens; en silence, souvent. Je t’ai scruté. J’ai vu les années faire leur travail ; sur nous, sur la Nature. Peu à peu, tes rides se sont accentuées, tes mains se sont recourbées, et la tonalité de ta voix s’est atténuée.

Je t’ai souvent entendu dire que les jours passaient sans qu’on s’en rende compte, qu’il fallait profiter. Enfant, le temps paraît s’écouler de manière raisonnable. Les années passant, je comprends.

Tu t’es toujours adaptée à ce temps qui passe. Aux époqs traversées : A la guerre, à la reconstruction de la vie, à ta place d’amante, de mère, à l’évolution de la place de la femme dans la société et même aux nouvelles technologies. Tu as accepté que le monde puisse te changer et ton parcours m’a montré à quel point il est vital de s’adapter. Que tout est une question d’adaptation; la nature le fait, pourquoi pas nous ?

Nous ne sommes pas des visionnaires, n’est pas Paco Rabanne qui veut… L’important n’est peut-être pas dans l’anticipation, mais le fait d’être attentif à l’environnement, aux autres, aux changements. Acceptons que rien ne soit figé et que Demain soit imprévisible, alors nous garderons nos facultés d’observation et d’adaptation.

Tu as tant à me raconter. Je n’ai encore rien vécu. Je suis l’aube, tu es le coucher de soleil. Seulement quelques heures nous séparent. Un tour du globe. 65 années pour être exact.

Il est déjà tard. Par-delà la fenêtre, l’automne s’étend. J’observe cette feuille jaunie qui s’accroche puis s’envole. Tu es loin maintenant. Alors je prends un Savane, et tout me revient…

Si vous avez aimé l’histoire, vous pouvez la partager. Et si vous ne l’avez pas aimé, vous avez surement des ennemis :) Par ici : “je partage”