Selfies : comment l’égocentrisme est devenu la norme en 2015

« Moi je suis sur Facebook, et j’accepte tout le monde ! Je dis bien tout le monde… sauf, les personnes qui se prennent en photo comme ça (en tendant le bras), parce que si tu n’as même pas un ami pour te prendre en photo c’est que t’as un vraiment un problème problème… »

Cette blague de Thomas Ngijol qui a bien fait rire l’Olympia il y a quelques années n’aurait plus aucun sens aujourd’hui. A l’heure où se prendre en photo soi-même avec son téléphone portable s’est généralisé au point d’y attribuer une définition dans Larousse, retour sur la popularisation du « selfie » ces deux dernières années.

Je me souviens de mes premiers selfies lorsque j’étais encore au collège, mais que j’évitais de montrer à qui que ce soit sous peine de me faire charrier par mes amis ou ma famille. C’était le genre de photos embarrassantes que l’on retrouve parfois dans les galeries de nos anciens téléphones. Les selfies étaient tellement impopulaires qu’il n’existait pas de caméra frontal ce qui rendait de nombreux clichés flous et d’autant plus gênants.

Mais alors que l’année 2015 s’achève, le selfie n’a jamais été aussi influent et les compagnies de téléphonie mobiles l’ont bien compris. La qualité des deux appareils photo est un des critères, si ce n’est pas, le critère le plus important chez jeunes les consommateurs. Car ce sont nous qui, pour la plupart n’ont jamais connu un monde sans internet, avons initié l’art du selfie.

Un geste bien plus réfléchi qu’on ne le croit

Oui, je dis bien le mot art car, les filles de mon âge le savent, obtenir le cliché parfait est un processus complexe et demande plusieurs essais. Il faut que l’appareil soit à un certain angle et une certaine distance du visage, c’est pourquoi un petit malin a inventé le « selfie stick », un bâton ajustable où on peut accrocher notre téléphone à l’extrémité. Ce petit accessoire permet d’agrandir le cadre et donc d’ajouter plus de personnes. Mais il est vrai que trop nombreux, les « selfie sticks » s’avèrent être désagréables, et a d’ailleurs été banni des parcs Disneyland pour cette raison.

Aujourd’hui, le selfie n’est plus destiné aux solitaires qui ne trouvent personne pour les prendre en photo. Au contraire, c’est devenu le meilleur moyen de promouvoir son physique, ses expériences, sa vie. Car avec lui se sont aussi développés Snapchat, Instagram, Twitter, Vine et bien sûr l’incontournable Facebook.

Le selfie est une conséquence évidente de l’émergence des réseaux sociaux où l’attention est synonyme de pouvoir. Plus nous avons d’abonnés, de likes et de commentaires, et plus nous nous sentons valorisés. Le but premier des réseaux sociaux, celui de rassembler les gens, ne fait que les rendre d’avantage individualistes. Le selfie n’est qu’une auto-construction de notre propre vie nous permettant d’en modeler la narration. Car évidement après avoir obtenu le selfie parfait, il est bien souvent modifier grâce à diverse application avant d’être publié. Tout ce que nous voulons, c’est que notre vie soit approuvée par le plus de gens possible. Peu importe d’où ils viennent, le plus important est de se sentir reconnus et pourquoi pas, connus. Il existe en effet ces stars d’internet, comme les “InstaFamous” ou encore “TumblrFamous”, connu notamment pour leur plastique, leur style vestimentaire ou tout simplement leur mode de vie qui font pas mal d’envieux, d’admirateurs, et de potentiels consommateurs.

Comment un selfie peut promouvoir plus qu’un profil internet

Essa O’Neill, une jeune InstaFamous australienne, avait fait le buzz il y a quelques mois en supprimant son compte Instagram après avoir publié une vidéo dans laquelle elle affichait son désir de “retourner dans le monde réel”. Mais avant que son profil ne soit définitivement clos, la jolie blonde avait pris soin de changer la description de la plupart de ses photos par les réelles conditions dans lesquelles elle avait pris ces clichés. En fait, Essa était payée par plusieurs marque pour porter certains vêtements, bijoux, ou juste faire en sorte qu’un objet apparaisse de près ou de loin sur ses photos d’apparence anodines. Le selfie s’est dans ce cas transformé en véritable spot publicitaire, ce qui ne fait que confirmer le pouvoir virtuelle du sujet.