Tokyo : lost in transition

A Tokyo depuis 4 jours pour raisons professionnelles, j’ai enfin pu prendre une matinée pour découvrir cette mégapole délirante.

Disposant d’un temps limité, j’ai bien évidemment avant mon départ pris soin de demander à ma tribu Facebook de me donner quelques conseils avisés pour découvrir cette cité que je connais très peu.

Levé à 5h30 ce matin pour aller petit déjeuner au marché aux poissons, je suis désormais installé dans une petite rue paisible du quartier de Kitazawa.

A peine installé, j’ai rencontré Shunsuke Kimura, étudiant en journaliste au Japon, qui, rapidement instruit par l’étude de mes traits de mon statut d’étranger a souhaité m’interviewer.
 Sa question est simple : du point de vue Japonais, le quartier de Kitazawa est réputé exclusivement pour ses magasins de vêtements d’occasion. Il est d’ailleurs régulièrement envisagé de le détruire pour construire quelques tours supplémentaires

Or, on constate depuis deux ans un afflux de plus en plus conséquents de touristes étrangers, notamment européens, notamment français dans ce quartier : pourquoi?

Il m’a semblé que c’était une bonne question. Après réflexion, je me suis effectivement rendu compte que la visite de ce quartier m’a été conseillé par plus de 50% de celles et ceux qui connaissaient Tokyo et ont eu la gentillesse de me donner quelques conseils avant mon départ.

Le Japon est un mélange fascinant de coutumes issues du passé et solidement inscrites dans la culture, et d’attrait quasi obsessionnel pour la modernité.

Passer de Shibuya à Kitazawa (10 minutes en taxi), c’est voyager dans le passé : série de petites maisons sans étages, ruelles étroites, échoppes proposant des produits souvent artisanaux, en tout cas à mille lieux de ce que produisent les chaînes standardisées.

Ce qui adviendra de ce quartier est sans doute représentatif des frictions croissantes entre le passé et l’avenir. Discutant avec des Tokyoïtes, j’ai découvert que plus de 70% des tours qui composent la ville intramuros n’existaient pas il y a moins de 10 ans*

Nanti de ma tasse de café, en bordure de ruelle, je suis ravi d’avoir suivi les conseils de mes amis. Mais la question posée par cet étudiant me fait m’interroger :

Pourquoi suis-je heureux ici?

Peut être en raison d’un besoin vital de me ressourcer dans un cadre de ruelles étroites dépourvues de circulation après l’ambiance électrique de Shibuya…

En fait, ce n’est peut être pas que nous préférons le vintage au modernisme.

C’est que nous avons aussi besoin de lieux à taille humaine, avec des produits non standardisés.

C’est le aussi qui est important.

L’histoire de l’urbanisation, c’est souvent l’histoire du toujours plus. J’ai l’impression que nous arrivons à un moment de notre histoire dans lequel le toujours plus commence à lasser. Et, pour des raisons sans doute liées à notre histoire et à notre culture, c’est l’Europe qui pour la première fois depuis longtemps se retrouve en position de proposer des modèles alternatifs.

A nous de profiter si nous le voulons de cette occasion!

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