Transition énergétique ou croissance, deux directions opposées

Chez les humains dont l’empathie est suffisamment développée pour pouvoir se soucier de l’avenir de la planète, la mise en oeuvre de solutions écologiques proposées par le “marché” se heurte parfois à la problématique économique. Certaines solutions sont particulièrement onéreuses, et malgré les promesses des vendeurs avisés, elle ne se rentabilisent pas forcément en moins d’une décennie.


Le prix des économies d’énergie

On peut l’écrire tout de suite, certaines solutions sont tout simplement hors de prix pour le quidam moyen.

Prenons par exemple le prix des voitures hybride ou électrique. Elles sont parfois deux fois plus chères qu’une voiture classique. Bien sûr il y a les bonus ou les subventions de l’état, qui viennent faire baisser l’addition (par exemple jusqu’à 10.000€ pour une voiture électrique avec mise à la casse d’un vieux diesel). Alors on peut faire le calcul et voir qu’entre une voiture à essence de même gabarit, pour un kilomètrage conséquent (plus de 20.000km/an), l’amortissement pourrait être obtenu en 5 ans au mieux. Avec ces hypothèses, dans 5 ans la voiture aura déjà plus de 100.000km au compteur, et après deux ou trois ans de petites économies financières, il faudra déjà penser à son remplacement…

En réalité, ce type de voiture est achetée par des personnes certes “écolo” mais surtout suffisamment aisées pour pouvoir prendre le risque d’une telle dépense. Beaucoup de gens n’envisagent même pas l’achat d’une voiture neuve pour des questions financières, et se tournent vers l’occasion pour pouvoir remplacer leur guimbarde en bout de course. Donc ces solutions écologiques ne touchent potentiellement que les 20% les plus riches, et que les 20% qui se se disent “très soucieux des problèmes liés à l’environnement” (sondage ADEME/Greenflex 2015). 20% de 20%, ça ne fait probablement que 4% des français… Peut-on imaginer ainsi que ces nouvelles voitures vont réellement changer quelque-chose au problème de la pollution de l’air dans les villes?


Prenons maintenant la rénovation thermique d’une maison pour la rendre “basse consommation”. Dans l’étude disponible à ce lien, on estime que pour rénover thermiquement une passoire énergétique de 140m² habitables, il faut environ 48.000€, et sans anticiper les éventuels mais très probables surcoûts une fois les artisans au travail. C’est un coût d’environ 350€/m². Les aides d’état sont à nouveau là pour faire baisser la note, mais si on estime qu’elles seraient au maximum de 30% (hors crédits à taux zéro, qui doivent être remboursés), on a encore un coût de 250€/m². Pour un logement de 100m², il s’agit de financer 25.000€.

A nouveau, on s’adresse à des propriétaires qui ont des marges budgétaires, pas à l’employé moyen qui est endetté déjà au maximum pour pouvoir jouir de sa propre maison (celle de la banque plus exactement…). Le retour sur investissement d’une telle opération est d’une douzaine d’année, dans l’hypothèse où l’on chauffe très confortablement tout le logement, y compris les pièces non utilisées.

On aura compris le contrat, pour bien rentabiliser ces solutions, il vaut mieux être un gros consommateur (rouler beaucoup, chauffer à 22°C…).

L’enjeu climatique requiert un déploiement de masse

Des voitures et des logements plus économes sont évidemment nécessaires pour répondre aux problématiques environnementales d’aujourd’hui. Par contre l’organisation actuelle de la société tend à renchérir toutes les bonnes solutions en les transformant en vecteurs de croissance (verte). Tous les acteurs de l’économie se positionnent pour profiter de ces nouveaux produits à la mode: artisans, fabricants, assureurs, banquiers… Le bon côté de la chose est qu’une filière se met en place, mais le mauvais côté est que chacun se sert sur le gâteau. Et finalement les solutions sont certes efficaces, mais elles ne peuvent plus espérer le déploiement envisagé au départ pour répondre à l’enjeu environnemental.

Par cette critique, c’est tout le processus industriel que l’on remet en cause. L’objectif de la collectivité (par exemple réduire la pollution des villes) s’efface derrière les leitmotiv industriels (faire du profit en vendant des voitures).

Yvan illich écrivait déjà dans les années 70–80, que si l’on comptait le temps perdu dans les embouteillages et le temps perdu à travailler pour payer sa voiture et son essence, un américain moyen roulait à 6km/h, ce qui militait pour revenir à la bicyclette. Aujourd’hui, pour une énergie beaucoup plus chère, ou une voiture économe deux fois plus onéreuse, chaque automobiliste roulerait donc à 3km/h, ce qui rend la marche à pied bien plus efficace.

En France, pour répondre à l’enjeu climatique (loi de transition énergétique et COP21), l’objectif de la rénovation énergétique des bâtiments est à 500.000 logements rénovés par an. Aujourd’hui, alors que toutes les solutions existent et sont proposées par tous les professionnels sur tout le territoire depuis 10 ans, on en est peut-être à la moitié de l’objectif… Les rallonges budgétaires du gouvernement sont anecdotiques (voir article sur les passoires énergétiques), elles effaceraient au mieux 2000€ sur des factures de 25000€, pas de quoi changer d’échelle!

Le chemin de moindre énergie

Il existe cependant un chemin pavé de bon sens, dans lequel on peut concilier économie d’énergie et économie tout court: on l’appelle “sobriété”.

Pour être un peu radical, rappelons-nous que les anciens disaient que “fendre son bois réchauffe deux fois”, une première fois au moment où l’on s’active avec la hache ou le merlin, et une autre fois lorsqu’enfin le bois brûle dans l’âtre. C’est en effet une solution simple et efficace pour se chauffer à moindre coût!

Mais en revenant pleinement dans le monde d’aujourd’hui, il y a une myriade de solutions simples et avisées qui atteignent les deux objectifs (budgétaire et environnemental): fermer les pièces non chauffées, prendre sa bicyclette, faire un compost, éteindre le chauffage la nuit etc.

Ces solutions sont plus ou moins alternatives mais elles sont en général dépendante d’une volonté personnelle, mais quand on sait que “les Français sont encore 41,2% à être prêts à faire des sacrifices dans leur vie de tous les jours pour protéger l’environnement” (sondage ADEME/Greenflex 2015), on a un impact potentiel plus sérieux qu’avec 4% de la population.

Dans le jargon des énergéticiens, on parle parfois du “gisement d’économie d’énergie”. On dit que certains travaux coûteux “tuent le gisement d’économie d’énergie” d’une part parce-que l’économie d’énergie qu’ils génèrent est médiocre, et d’autre part parce qu’ils assèchent le budget du maître d’ouvrage, rendant toute solution plus efficace impossible avant de longues années. De la même manière, les gros investissements proposés par les indutriels empêchent la mise en oeuvre de petits investissements potentiellement plus efficaces.


Pour progresser sur la voie optimale, le recul et le bon-sens est important. Et quand on ne sait pas quelle option prendre, aller chercher un conseil chez un sage (un ami éclairé, un conseiller info-énergie, un thermicien…) est aussi une bonne solution, mais il est préférable de le faire avant d’avoir dilapidé sa maigre fortune dans le strass et les paillettes du consumérisme.


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