Trepalium, ou la société malade du travail

Que devient une société rongée par le chômage de masse ?

Que se passe-t-il lorsque les pouvoirs publics et l’ensemble d’une population baissent les bras ?

Trepalium, nouvelle série d’anticipation produite par Arte, propose de répondre à ces questions, en allant voir jusqu’où une société peut aller dans l’impuissance puis le fatalisme.

Le site d’Arte propose l’animation A l’ombre du mur, qui sert de prequel à la série, dont les épisodes seront diffusés à partir du 11 février. Et cette petite expérience est un vrai coup de poing d’une vingtaine de minutes que je vous invite à écouter.

Ce teasing donc, pose le décor qui sera celui du programme, en nous donnant l’occasion de suivre le quotidien d’un certain Hector Rouvray à travers son journal intime, rassemblant pêle-mêle son témoignage enregistré, des photos, des dessins, quelques tracts politiques et les courriers échangés avec ses proches. C’est à travers son histoire fictive que nous pouvons mieux saisir ce qui se joue avant les événements de Trepalium.

En bref, l’histoire prend place dans un pays où une fois passée la barre des 50% de chômage, le gouvernement renonce à ses politiques d’emploi et décrète la construction d’un Mur séparant physiquement deux catégories de population. Les actifs habitent alors d’un côté, les chômeurs de l’autre, afin de contenir les risques de guerre civile inhérents à un accroissement irrésistible des inégalités. A l’époque de la série, ce sont près de 80% de personnes qui n’ont pas d’emploi.

Ce qui est particulièrement frappant dans cet univers, c’est qu’à l’exclusion sociale symbolique — qui est déjà une réalité à l’heure actuelle — s’ajoute une ségrégation spatiale assumée entre les « utiles » et les « inutiles » (j’emploie ici les termes de la série). Seul l’individu « productif » gagne le droit d’être un citoyen, mais s’il perd son emploi, il se voit obligé de déménager manu militari au-delà du Mur, dans la « Zone ». Ici, même un traitement social du chômage, une éventuelle inversion de la courbe, ne font plus illusion.

Trepalium revient donc au sens premier du mot « travail », à savoir un instrument de torture (!). Torture lorsque le travail devient le seul but de l’existence, le seul objectif d’une société, mais aussi torture de l’absence de travail, à l’échelle individuelle ou collective. La série dépeint une société égalitaire d’un certain point de vue, puisque tous y sont perdants.

Dans la fiction d’anticipation, le plus effrayant reste encore l’absence d’indications sur un pays, sur une époque précise. Et si la construction d’un tel mur était possible chez nous ? A partir de quel moment envisagerions-nous une telle option ?


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