Un designer à la Cour des comptes

Pendant cinq mois j’ai effectué un stage en design à la Cour des comptes. J’ai pu apercevoir la place du designer dans une administration publique qui cherche à se moderniser et s’ouvrir.

Comment je suis entré à la Cour ?

Complètement par hasard. En rentrant de San Francisco et encore inspiré par l’effervescence des startups, je me suis simplement demandé ce qu’il se passait si l’on mélangeait les méthodologies du design au fonctionnement de l’état. J’ai conclu cette réflexion en écrivant un article appelé “J’ai demandé un stage en design au Président de la République”.

Après avoir lu cet article, Adnène Trojette m’a contacté pour me présenter la Cour des comptes et m’expliquer comment le design pouvait y jouer un rôle.

Je dois avouer que je ne connaissais pas vraiment cette institution avant ce rendez-vous. Le rôle de la Cour des comptes est de s’assurer du bon emploi de l’argent public et en informer le citoyen. Partout où va l’argent public, la Cour et les chambres régionales contrôlent son bon emploi en totale indépendance et en informe le citoyen en publiant des rapports.

En discutant avec Adnène, je commençais à comprendre la manière dont le design pouvait s’articuler dans ce travail. Rencontrer Patricia Amarger, responsable du pôle donnée ainsi Ted Marx directeur de la communication a fini de me convaincre d’y faire mon stage.

Designer fonctionnaire

J’ai beaucoup apprécié cette rencontre entre deux mondes. Celui du design, peu connu par le personnel administratif et celui de l’administration, peu connu des designers. Ces deux mondes ont intérêt à se rencontrer, mais le designer doit s’adapter à un environnement qui est un peu différent de celui dans lequel il exerce…

Ici t’es pas chez Google

Jusqu’à présent j’étais plutôt habitué aux conditions de travail des start-up, c’est-à-dire corbeille de fruit bio, Nerfs en open-space et canapés colorés. Mais à la Cour on m’a prévenu dès mon arrivée, “Ici t’es pas chez Google”. C’est plutôt dorures au plafond, bibliothèque en chêne et tableau de Napoléon.

J’avais l’impression de travailler à Poudlard et étrangement le poids de cet héritage culturel me renforçait dans l’idée que le design avait sa place dans cette vieille institution. L’objectif n’était pas de bousculer la Cour pour la repenser en méthode agile mais d’essayer de comprendre son fonctionnement pour accompagner certains projets dans la transition numérique.

Le designer et la hiérarchie

J’ai dû me confronter pour la première fois à une hiérarchie très prononcée, ce qui a été un peu compliqué au début… Il faut avouer que les signes qui rapportent à la hiérarchie sont très présents à la Cour et je dois avouer que se retrouver face à une veste boutonnée de décorations a de quoi vous impressionner.

J’ai donc appris à adapter mon travail et mon discours en fonction des personnes à qui je m’adressais. Cette hiérarchie très présente a le pouvoir de ralentir un projet ou de prendre de mauvaises décisions. Le design a donc un rôle intéressant à jouer puisqu’il teste et prend en compte les retours des utilisateurs. Ses choix sont donc justifiés par des datas et validés par des usages au lieu de s’appuyer sur un simple avis personnel.

Mais ce stage a clairement modifié mon point de vue sur la hiérarchie. Les personnes qui donnent les grandes directions de la Cour savent gouverner. J’entends qu’elles sont évidemment très compétentes mais surtout capables de prendre d’importantes décisions avec une clairvoyance et une intelligence très impressionnante. Elles arrivent ensuite à appliquer ces décisions avec fermeté ou subtilité en fonction de leur caractère respectif.

Durant ce stage, j’ai eu la chance de fréquenter des personnes qui ont appris à diriger une administration et je dois avouer qu’en observant leur travail, elles m’ont beaucoup apporté.

Expliquer son travail

Je suis encore étudiant, c’est donc avec peu d’expérience qu’il me fallait expliquer le rôle du design. Ce n’est pas un métier facile à comprendre et dans ce contexte si particulier je devais redoubler d’efforts pour expliquer ce qu’il pouvait apporter.

Je disais que le sujet n’était pas l’objet mais l’usage, que ce n’était pas à quoi ça ressemblait mais comment ça fonctionnait. À travers des exemples comme gov.uk ou la 27e région j’ai montré comment il pouvait s’adapter au secteur public et comment il prenait en compte l’utilisateur dans sa méthodologie. J’ai aussi expliqué la façon dont il transforme une information complexe en information simple, ce qui pourrait s’adapter aux rapports publiés par la Cour.

Toutes ces explications ont très bien été accueillies et il était évident qu’en apprenant un peu plus à se connaitre, ces deux mondes avaient tout intérêt à travailler ensemble.

Les missions du design :

Dans une logique d’ouverture des données publiques, on peut facilement considérer les rapports comme une immense base de données. Le rôle du design est de la rendre compréhensible pour les citoyens. Ils doivent aussi être capables de s’en emparer pour la partager, l’améliorer et la réutiliser à l’image de ce projet de Peter Martigny.

Le design intervient donc dans une démarche de conception centrée citoyen en accompagnant les nouveaux usages issus de la publication des rapports mais doit aussi s’interroger sur la forme que vont prendre les rapports à l’ère du numérique et des effets de réseaux.

Le designer peut aussi jouer un rôle en interne en se basant sur les usages des magistrats et du personnel administratif pour concevoir des outils afin de faciliter leur travail. Par exemple, si un magistrat rédige un rapport sur l’accès des jeunes à l’emploi, il doit être en mesure de savoir si un autre magistrat possède des compétences dans ce sujet.

Suivant les profils, beaucoup d’outils sont imaginés et proposés. Le design les concrétise à l’aide de la compréhension des besoins et des usages du personnel administratif.

Mon stage à la Cour s’est donc déroulé à travers ces deux axes. Mais je retourne désormais en classe pour ma dernière année scolaire qui me mène vers un autre cap. Je suis désormais persuadé que le monde du design doit rencontrer celui de l’administration publique. En comprenant le travail de chacun, ils peuvent s’associer pour améliorer les services apportés aux citoyens.

Je garde de ce stage d’excellents souvenirs et je tenais à remercier toutes les personnes avec lesquelles j’ai travaillé.

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