Voyage au Yukon, 4e partie: Vivre du sirop de bouleau.

Si la première semaine de mon aventure au Yukon fût sur la route à couvrir 1500 km de paysages grandioses, la semaine qui suivit fût entièrement sédentaire et mit à l’épreuve mes habiletés de femme des bois, de fermière et d’employée de la construction! Laissez-moi vous dire qu’il est facile de se sentir inapte lorsqu’on doit effectuer de nouvelles tâches et embrasser un style de vie nouveau. Aucun doute que le style de vie de mes hôtes, Sylvia, Berwyn et leurs filles est complètement différent de la grande majorité d’entre nous!

Sylvia, Berwyn, Selwyn et Lilia

Sylvia et Berwyn vivent au milieu de nulle part. Dawson, la seule communauté digne de ce nom aux alentours, est à 125 km au nord-ouest. Une fois l’autoroute quittée, il faut encore franchir 18 km sur un mauvais chemin de terre avant d’arriver chez eux. Avec leurs filles de 9 ans et demi et 4 ans et demi, ils vivent off the grid dans une tiny house et opèrent une production de sirop de bouleau. Jusqu’à ce jour, le gouvernement du Yukon est encore propriétaire de leur lot, mais maintenant qu’ils ont des animaux de ferme, ils peuvent appliquer pour un permis agricole et ainsi officialiser la possession de leur terrain. Ils ont entrepris au début de l’été la construction d’une nouvelle maison beaucoup plus grande. Le processus est lent parce que comme pour tout le reste, ils font tout eux-mêmes en plus d’apprendre sur le tas.

Ça fait déjà 5 ans que la famille habite cette petite maison à étage d’une superficie de 12'x16'
La nouvelle maison sera beaucoup plus grande. Bien qu’ils installeront un système de plomberie et un réservoir d’eau, ils ne seront toujours pas connectés au réseau de services utilitaires.
Une partie de la terre qu’ils ont défriché pour les enclos à bétail. Les arbres coupés sont désormais le squelette de la nouvelle maison.

Le projet a démarré dans l’esprit de Berwyn, originaire de Saskatchewan et résident du Yukon depuis l’an 2000. Si en Alaska, il y a plusieurs producteurs de sirop de bouleau, au Yukon, ça ne c’était pas encore fait. Lorsqu’il en a manifesté l’idée, on lui a rapidement dit que c’était impossible. Impossible ne fait visiblement pas parti du vocabulaire de Berwyn puisqu’il s’est procuré une carte forestière du Yukon et y a marqué toutes les forêts de bouleaux à proximité de Dawson. L’emplacement actuel s’est rapidement imposé. Une route était déjà ouverte par des chercheurs d’or, lui épargnant ainsi un travail énorme. La forêt de bouleaux étant à flanc de colline, la gravité serait un atout de taille pour la collecte de la sève par tube. De plus, vestige du passage des glaciers ou encore d’un lac très ancien, le site est sur un banc qui s’élève et longe la rivière. La vue s’ouvre à des kilomètres à la ronde sur les monts et vallées avoisinants. Berwyn avait sans aucun doute trouvé l’endroit parfait où installer sa production de sirop de bouleau!

Vue spectaculaire qui, à elle seule, est suffisante pour justifier le choix du site!

La partie n’était toutefois pas gagnée. Comme une balle de ping-pong, sa requête est passée de département en département, se frappant à la bureaucratie sous tous ses angles. On ne savait que faire de son projet puisque c’était du jamais vu pour le gouvernement du Yukon. Ayant une foi immense en son idée, il n’en fit qu’à sa tête et laissa le gouvernement se dépêtrer dans ses propres papiers jusqu’à ce qu’il trouve une case dans laquelle situer son entreprise. Il semblerait qu’encore à ce jour, ce soit son approche de prédilection!

Il a fait venir son équipement du Québec et voilà près de douze ans qu’il produit les sirops de bouleau Uncle Berwyn’s. Le travail est ardu et la production actuelle nécessite l’embauche saisonnière de 4 employés en plus de Berwyn et Sylvia. 1500 arbres sont entaillés: 500 reliés à des tubes et 1000 dont la sève doit être collectée à la main. Le sommeil se fait rare lorsque la sève se met à couler. Tout ce qui est ramassé pendant le jour doit être transformé en produit fini avant la fin de la journée pour éviter que les bactéries s’installent. La sève de bouleau étant deux fois moins concentrée que celle de l’érable, le temps de production en est le double puisque qu’il faut réduire le liquide deux fois plus longtemps pour obtenir la texture et le goût désiré (on parle ici de 80 litres de sève pour un litre de sirop de bouleau). Le sirop ne sera pas aussi sucré que celui qui fait la renommée du Québec, mais il aura une saveur riche et plaisante qui rappelle un peu celle de la mélasse. Le sirop Uncle Berwyn se vend surtout au Yukon comme fin produit gourmet, mais il est aussi expédié partout à travers le monde par commande particulière.

C’est ici que ça se passe! la sève est déposée dans l’évaporateur et bouillie jusqu’à la consistance désirée. Une tente est installé à l’étage et c’est là que Berwyn vole quelques heures de sommeil, la saison des sucres arrivée.
Avec ces outils, ils entailleront quelques 1500 bouleaux.
Non seulement le produit est délicieux, mais son étiquette est moderne et accrocheuse!

Berwyn a certainement prouvé que rien n’est impossible puisque l’entreprise va bien et pourrait certainement continuer de grossir. Là n’est toutefois pas la priorité du couple. Pour Berwyn et Sylvia, c’est un style de vie qui leur permet de vivre en accord avec leurs valeurs et et de vivre l’existence auto-suffisante qu’ils ont choisi d’adopter, pour eux et pour leurs filles. Vivre dans la nature et des bontés de celle-ci. Un idéal qui continue à en faire rêver plus d’un!

Selwyn et Lilia dans la forêt de bouleaux

Apprenez-en davantage sur la production des sirops Uncle Berwyn’s sur leur site web.

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