Voyage au Yukon, la finale: La vie loin des commodités modernes

On prend tellement de choses pour acquis dans nos existences modernes. L’eau courante, l’électricité, le chauffage, l’entreposage de la nourriture, les toilettes à chasse d’eau, l’école pour les enfants, le boulot pour papa et maman et la liste s’étire. Pour Sylvia, Berwyn et leurs filles, rien de tout cela ne va de soi. Sur la terre où ils vivent de façon auto-suffisante, un rythme de vie complètement différent existe.

Une action simple comme tourner le robinet d’eau chaude pour se doucher est remplacée par une série d’actes beaucoup plus intentionnels. Au lieu de dépendre des technologies modernes, mes hôtes d’une semaine dépendent de la nature.

L’eau de pluie est accumulé dans de grands barils et est utilisé pour se laver et nettoyer la vaisselle. L’eau potable sert uniquement à s’abreuver et est amené sur le site de façon régulière. Les arbres sont source de bois de construction et de chauffage, aussi bien pour réchauffer la maison que l’eau qui servira à se laver. La rivière procure le poisson et la forêt est riche en baies sauvages et champignons, addition parfaite à ce qui est récolté dans le jardin. Les restes de table et le contenu des toilettes sèches sont transformés en compost et deviendront une terre fertile pour le jardin.

En hiver, lorsque la température est constamment sous la barre du zéro, il est facile de conserver les produits congelés sans l’aide d’un congélateur électrique. Dans la maison, une petite trappe au plancher permet de garder au froid le lait et les oeufs. Pour le reste, une cave à légumes est creusée sous terre et assure une température stable d’environ 4 degrés Celsius, peu importe le climat extérieur.

La sève qui coule des bouleaux et qui sera transformée en sirop leur fournit une source de revenue. Les chèvres procurent le lait alors que les poules offrent les oeufs et les cochons, la viande. Le soleil et le vent produisent l’électricité nécessaire pour s’éclairer et se connecter au monde extérieur via internet.

Vous n’y trouverez aucun hobbit, mais une cave à légumes remplie de multiple conserves, poches de patates, pommes et j’en passe.
Système de récupération d’eau de pluie
Un des 8 cochons élevés par la famille.
Il y en a bien eu une troisième, mais elle s’est fait chopée par un ours. C’est pour cela qu’il y a désormais une clôture électrique et deux chiens de garde! Ne vous méprenez toutefois pas, il est facile de vivre paisiblement avec les ours si on sait prendre des précautions et agir intelligemment.
Notez les jardins à l’avant-plan gauche, luxuriant en cette fin de saison.
Un intérieur bien rempli et bien vivant!
Banock qui se repose devant la maison.

Toutes ces astucieuses solutions permettant d’utiliser les ressources et l’énergie de la nature dans sa forme la plus pure m’inspire. Bien sûr, tout cela demande un effort supplémentaire, mais il en découle un état de présence accrue qui permet de se sentir davantage connecté à ses actes quotidiens. Un plaisant sentiment de sérénité m’a habité tout au long de mon séjour là-bas. Il y a fort à parier que cela vient de repositionner à l’avant-plan ma relation avec la nature.

La connexion que cette famille a avec la nature la rend grande à mes yeux. C’est tout particulièrement vrai pour les filles du couple qui apprennent des choses que la majorité d’entre nous ne sauront jamais. Elles ne savent pas à quel point leur style de vie est unique. Pour elles, la vie urbaine et moderne est aussi étrange que la leur les pour nous. Comme quoi tout est question d’habitude!

Si septembre résonne avec le retour à l’école pour la majorité des enfants, le leur se fait attendre un mois de plus, lorsque le froid s’installe et que les journées raccourcissent. Elles n’ont pas à se rendre bien loin. Séparée de la maison par quelques centaines de mètres, se trouve la salle de classe. C’est là que leur mère Sylvia leur enseigne les rudiments scolaires, laissant toutefois les mathématiques au père des filles. À chacun ses forces! L’école prend fin au printemps lorsque la sève se met à couler et monopolise l’effort de tous.

La salle de classe des filles, là où plusieurs heures seront passées pendant les longs mois d’hiver.

Lorsqu’elles n’aident pas à la tâche, Selwyn et Lilia jouent comme le font tout enfant de leur âge. Indépendantes et bourrées d’imagination, elles peuvent dessiner tranquillement pendant des heures, jouer avec leurs toutous, faire des casse-têtes, s’amuser avec les animaux et j’en passe. La seule chose qu’elles ne font pas (ou du moins, très rarement) est de s’installer devant un écran quelconque. Selwyn, véritable enfant des bois, voudrait probablement être une elfe des forêts (je ne serais pas surprise qu’elle en soit en fait une). Sa cadette a plutôt choisi d’être un bébé dinosaure doublé d’une princesse, bien sûr!

Portez des bottes pour une balade en forêt, c’est plutôt contraignant lorsqu’on est un elfe des bois!
Heureusement pour Lilia, Banock le féroce chien de garde est doté d’une patience à toute épreuve!
Selwyn nourrit le jeune bouc, mais se garde bien d’entrer dans l’enclos. C’est qu’il a son caractère!

Je ne sais pas quelles étaient les ambitions de la jeune Sylvia , mais elle a rapidement compris que le Yukon était un endroit spécial et qu’elle y accomplirait sa vie d’adulte, comme l’avaient fait ses parents avant elle. Elle n’avait sûrement pas prévu vivre de la terre comme elle le fait maintenant, mais elle n’a pas hésité à suivre Berwyn dans ses projets. Dotée d’un naturel à toute épreuve, elle embrasse une vie que bien peu de femmes de son âge choisissent. Si elle doute par moment, ce n’est que de courte durée. Après tout, avec les 1001 tâches qui l’occupent quotidiennement, on pourrait croire qu’il n’y a tout simplement pas de temps pour s’épancher sur de tels états d’âmes.

À mon humble avis, c’est plutôt qu’il y a quelque chose dans ce mode de vie pour vous ramener à l’essence des choses et laisser le doute se dissiper dans une grande bouffée d’air pur!