La Petite Sirène de Copenhague

Voyageur, comme un autre …

Vacancier ! “Souviens-toi que pendant ce temps, il y a des gens qui changeront de métro à Châtelet”

Tel un renard égaré j’ai rodé des kilomètres. Errance. La ville s’ouvrait à moi, les odeurs alimentaires des quartiers touristiques, les couleurs sombres des vieux monuments, la sonorité nordique du Danois. J’ai arpenté les ruelles de la vieille ville, flâné sur les places, parcouru les sites historiques, scruté l’horizon. Je me suis assis dans les escaliers, j’ai acheté des hot-dogs, bu quelques bières, … bref j’étais un parmi tant d’autres.

Découvrez ci-dessous, 8 tableaux que j’ai admiré lors de mon “errance”. Au carrefour d’une rue, face à la mer, en discutant avec des inconnus …


Discussion avec la Petite Sirène

13:40, København K

Comment une chose si simple, si petite, si calme a-t-elle pu devenir le symbole de toute une ville ?

Si petite, si seule dans ce quartier excentré de la ville. Elle est posée sur son rocher, lui même en équilibre sur trois autres blocs de roche, le tout poli par les vagues, le temps et les hommes. Sereinement assise, elle contemple calmement l’agitation qui l’entoure.

Elle est calme, nue, au milieu de l’eau, … aussi mystérieuse qu’insaisissable. Elle est en tout point opposée aux touristes qui s’y pressent.

La statue n’est pas un grand spectacle, nous, touristes et badauds en sommes un bien plus comique.

Un coup de coude, un ado qui crie, un enfant qui court, un appareil photo au dessus de la foule, impatients se pressent les touristes. Outre les cars des voyageurs sur terre, les bateaux des tours-opérateurs en mer dressent le remuant paysage de la (très) petite sirène.

Face aux touristes aux mimiques prévisibles, perche à selfie dans la main, la sirène n’est pas de même nature… entre Terre et Mer, l’objet de bronze est immuable. Inspirant.

L’autre versant du “spectacle”

Être l’inconnu qui a pris la photo

15:40, Pont de Inderhavnsbroen

En chemin, il m’est arrivé d’être arrêté par un couple de touristes :

— “Can you take a picture of us, please ?

Yes, of course !

Je saisie l’iPhone de cet inconnu, déjà en mode photo, je n’ai plus qu’à appuyer pour prendre la photo. Immortalisé !

Voici un portrait de ce petit couple d’Italiens capturé pour l’éternité. Cette photo finira peut-être sur Facebook, il l’enverront éventuellement à des amis sur Whatsapp ou la montreront à maman après le voyage … Cette photo d’un couple heureux face à la mer.

Se souviendront-ils de cet inconnu qui a pris la photo ? Bien sûr que non !

Et pourtant, partis à deux, ils savent précisément qu’ils n’ont pas pris cette photo , contrairement aux centaines d’autres photos de leur album. Cette photo restera un peu à part, comme cette assiette dépareillée un jour de grand repas de famille, comme cette chaussette solitaire dont on a égaré la jumelle, comme cet enfant qui fait une tête de plus que les autres sur la photo de classe, comme une Ferrari bleu sur les Champs-Elysées, comme un costard-basket à La Défense, comme un mec en velib’ dans le métrounique.

Je suis l’inconnu qui a pris ce couple d’inconnus en photo. Et j’en suis ravi !
Le paysage de fond qui a servi de cadre pour cette photo de couple

Pixeliser le monde

16:10, Butterfly 3-Way Bridge

Encore la photo ? Eh oui je vous parle de photos, car c’est l’une des occupations préférées des touristes. Appareil reflex, compact ou simple smartphone, le voyageur capture des paysages, des objets, des personnes.

Un instant capturé à jamais.

Combien sommes-nous à prendre tout et n’importe quoi en photos ? Des snaps, des trolls partagés sur Facebook, des souvenirs de soirées… Combien de photos avons-nous prises ? Combien sommes-nous à prendre ces photos spontanées ?

Si nous agrégions toutes ces photos, nous pourrions à l’image de Google Street View, pixeliser le monde. Nous pourrions créer une copie pixelisée de notre Terre.

Comme pour une voiture qui a parcouru l’équivalent de 6 fois le tour de la Terre (soit 240,000 km), on pourrait se demander :

Combien de fois a-t-on pixelisé le monde ?


L’aéroport de la nourriture

16:45, Papirøen

Un bien drôle de titre, pour une halle aux saveurs. La “rue de la nourriture” selon le plan de la ville. Sushi, cheese cake, sandwich parisien, China box, kebab… Tous sous un même toit, où le Food Truck est roi.

Le Food Truck est roi dans cet aéroport culinaire

Je vois des assiettes servies au quatre coins du monde à la même table. Salé ou sucré, gras ou healthy, doux ou épicé, chaud ou froid, accompagné d’une bière ou d’un smoothie, sur place ou à emporter, servi roulé ou superposé… la nourriture est un pan entier d’une culture.

Si l’adage “On est ce que l’on mange” est vrai, je pourrais être Russe, Chinois, Mexicain, Turc, Thaïlandais, Brésilien, Sénégalais, ou même Français… dans la “Street Food” danoise de Copenhague.

Tel un aéroport, cette halle est à la croisée des mondes (mon article précédent en parle plus largement). Les cultures s’y croisent. Elles ne se mixent pas nécessairement, mais coexistent, cohabitent, et leurs parfums s’y mélangent d’un manière exquise.

Le monde est assis à la même table, face à la mer.

Discussion avec un américain

17:55 sur les mange-debout d‘un fast-food

Il (je ne saurais jamais son prénom) est américain d’une vingtaine d’années. Il se trouve assis à coté de moi, un burger dans une main, le plan de la ville dans l’autre.

Il pourrait être l’un de ces auteurs Medium qui témoigne des bienfaits d’un retour aux sources. Il a quitté la semaine précédente une petite île du Nord du pays où il faisait du farming. Ravi de son séjour en terre inconnue, le travail de la terre et son maigre salaire lui allaient bien. Le jeune homme aux yeux fatigués, en revient ressourcé.

On discute de cette énorme fête qui s’organise sous nos yeux à l’occasion de la Gay Pride. Il me donne quelques conseils sur les choses les plus sympas de la ville, la difficulté de trouver un supermarché et le prix de la bière, les meilleurs bars du centre-ville. La discussion est nourrie.

Puis, il marque une pause et me demande : comment ça va en France ? A cette question un ton plus sérieuse, je le pensais inquiet de la situation française à cause des attentats. So cliché !

Au contraire, il n’y avait pas pensé et me demandait si le style de vie à la Française était aussi merveilleux qu’on le dit.

Face à ma réaction, il me rassure et me dit qu’on ne lui parle que des élections américaines. Il semble bien en rire ! Le spectacle offert par Donald Trump et Hillary Clinton l’amuse beaucoup.

Puis vient le temps de reprendre son chemin, chacun de son côté … each one, on his own.

Vue depuis le Burger King — Rådhuspladsen, Copenhague (DK)

Touriste pantagruélique

11:32, le lendemain

Le touriste n’a que peu de temps parce qu’il veut tout faire. Il consomme vite et beaucoup, telle une crise de boulimie. Il subit sa quête. Il voudrait être à deux endroits en même temps, visiter en mangeant, tout en lisant son guide et en allant jusqu’au point suivant.

Que dira-t-on s‘il ne peut pas dire “j’y étais” ?

Pire, quand il discutera de son voyage, quel sera son sentiment quand on lui dira qu’il a manqué le plus bel endroit de la ville ? Vous savez cette petite rue cachée qui renferme un trésor que seuls les locaux connaissent.

Le touriste subit le même FOMO (Fear Of Missing Out)* que les addicts des réseaux sociaux.

(*) FOMO : “anxiété sociale caractérisée par la peur constante de manquer une nouvelle importante ou un autre événement quelconque donnant une occasion d’interagir socialement”

A l’image du hashtag #HolidaysPicBattle, qui consiste à montrer que ses propres vacances étaient plus belles que celles des autres.

“Témoigner semble plus important que profiter”

Arrêtez vous … respirez … lentement ... profondément … rangez votre plan et votre guide … laissez votre smartphone dans la poche … acceptez de ne pas être à deux endroits en même temps … relevez la tête … flânez … gentiment … les cinq sens en éveil … et profitez de l’instant !


Fierté

14:37, Vesterbro, gay pride

Fierté. Maître mot de la parade LGBT… lesbiennes, gays, bisexuels et transexuels pour les nommés distinctement. Une journée de communion avec la ville, à l’occasion de la Gay Pride … avec fierté.

“Pride” and “Proud”

Accepter c’est : “considérer quelque chose comme juste, fondé, exact, l’admettre, l’approuver” — Larousse

La nation entière acclame le défilé mené par les chars de la tolérance qui rentrent triomphalement dans la ville. Acclamés, victorieux et fiers.

La foule amassée témoigne son soutien et son amour pour ces soldats rentrés du front. Les yeux brillent face au courage de ces héros. LGBT tel est leur insigne. Leur mouvement.

Tel une fratrie, le peuple tout entier est dans la rue. La nation est rassemblée dans toutes sa diversité de revenus, de couleurs, d’orientations sexuelles, de professions, de religions, de cultures, etc. Semblable à un seul homme, le cortège défile dans la ville. Puis, c’est toute la ville qui suit le mouvement, au rythme de la fanfare.

“Plus jamais ça !” disent ceux qui ont lutté. On ne veut plus penser aux combats et aux blessures. La victoire est tellement belle. L’heure est à la célébration !

On a tous envie de porter les couleurs de l’arc en ciel comme on porte les couleurs d’une patrie. Tous aussi différents que nous sommes, nous ne formons qu’un, dans ce cortège de l’amour, de la fête, du partage et de l’acceptation de tous.


“Nice to meet you”

“Ravi de vous rencontrer”. Ces quatre mots ont été prononcés par un couple de lesbiennes tandis qu’un concert public débutait.

Qu’est-ce que cela veut dire d’être “ravi” de rencontrer quelqu’un ? Quand avez-vous été ravi de rencontrer quelqu’un pour la dernière fois ?

N’est-ce pas l’une des choses les plus merveilleuses : rencontrer une personne et en être ravi.

Faire la connaissance d’une personne génère un foisonnement d’échanges et soulève nombre de points communs, de différences, de découvertes, de partages, d’interrogations, de révélations, de mystères, et de sourires.

La rencontre d’un inconnu est un bref moment d’enrichissement personnel mutuel.

Soyons “ravis de rencontrer” des inconnu(e)s.


Comme un autre …

Comme un autre, est un sentiment double : celui d’avoir fait comme d’autres que moi, celui d’être désormais un autre moi.