Ce qui m’a inspiré à SXSW Interactive, ce festival tech qui veut changer le monde

L’excitation produite par SXSW 2018 sur l’équipe :D :D

Pour la première fois de ma jeune vie de planneuse stratégique, j’étais cette année à South By SouthWest (SXSW), les yeux grands ouverts et le coeur plein d’émotions. Un rêve devenu réalité en somme, quelques jours vibrants et riches, que j’ai envie de partager. Mais voilà, honnêtement, je dois vous le dire, j’ai un souci : comment vais-je bien pouvoir faire sens de toutes ces idées perfusées en moi en seulement quelques jours ?

Bien que familière du festival, que je suis assidument à distance depuis de nombreuses années, j’ai été surprise par une chose : le foisonnement ! Des milliers de sujets traités, des ouvertures sur des enjeux qui me sont parfaitement inconnus et des tas de points de vue agrégés en un seul et même espace-temps. De quoi me coller une FOMO sévère et un véritable sentiment d’incapacité à rendre compte de l’émulation exceptionnelle générée par un tel évènement.

On aurait beau le vouloir, il est impossible de tout voir à SXSW ! Moi qui suis pourtant habituée à donner du sens à un millier de signaux faibles, je me retrouve alors dans l’impossibilité d’encapsuler mon expérience en quelques grands mouvements tendanciels. Parce que la richesse se trouve dans le détail ! Mais aussi parce que je n’ai pas vraiment envie de faire comme si j’avais pu capturer l’essentielle substance de l’air du temps, en ayant assisté à même pas un dixième de ce qui m’était offert !

Alors oui, je pourrais bien vous dire que l’IA est au coeur de la majorité des conversations des panels. Que la vie dans l’espace et sur Mars est un rêve largement partagée par une horde de moins en moins restreinte d’innovateurs d’avant-garde. Que le storytelling et l’entertainment nourrissent de plus en plus nos vies, jusqu’à vouloir vivre dans les histoires qu’on se raconte en séries (hello coucou Westworld!). Que le mobile redéfinit toutes nos expériences et que, pourtant, il va bientôt mourir. Que l’empathie a supplanté l’émotion et qu’à l’heure où tout est remplacé par des automates, l’humain redonne de la valeur à nos expériences. Mais franchement, quel intérêt ?

Alors, plutôt que d’essayer de faire des généralités, je vais vous parler de points de vue. Et, à l’image des meilleures sessions auxquelles j’ai pu assister pendant ces quelques jours, je vais tenter de vous transmettre les messages et les combats qui m’ont le plus touché. Car oui, à SXSW, on se parle avant tout de véritables visions de société !


#1 : Un Women Power, qui ne s’excuse plus de prendre de la place !

Dans le contexte de l’affaire Weinstein, des mouvements #metoo & #timesup, il semblait évident que le sujet du harcèlement, et plus largement de l’égalité des genres, prendrait une place importante. En voyant la programmation, c’est une évidence : il est grand temps de se faire entendre ! Il est aussi grand temps de permettre aux femmes de se faire une vraie place dans le monde de l’innovation, et de répondre à des problématiques de femmes bien souvent négligées. Des entrepreneuses de la FemTech viennent ainsi distiller des conseils pour celles (et ceux!) qui veulent lever des fonds pour améliorer les expériences de femmes. Ces FemTech se taillent notamment une belle part d’audience, et développent des solutions contre vents et marées, face à des investisseurs blancs cis-genre, qu’il faut continuer à convaincre que la moitié de la population mondiale est une population assez signifiante pour représenter des opportunités non négligeables (si, si -_-).

Brotopia, livre de Emily Chang, présente à SXSW 2018 pour parler de son livrer et de la construction de carrière des femmes dans la tech

Mais, plus fort que tout cela, le sujet est loin de se cantonner aux conférences dans lesquelles il est programmé ! Il est de TOUTES les conversations. Qu’on se parle de tendances, d’intelligence artificielle, d’espace, de santé, etc. : on ne s’excuse plus, on ne fait plus de concession ! Par une remarque bien sentie ou une réponse plus appuyée, partout, j’ai vu des femmes mettre en avant leurs expériences — et replacer tous les débats dans le contexte des milieux dans lesquels elles évoluent. Elles parlent des spécificités de leurs expériences, comme de leur universalité. Et le sujet de la diversité, présent sous tous ses aspects, donne une vraie place à des discours forts sur l’intersectionnalité.

Sujets de femmes souvent cantonnés à des publics presqu’exclusivement féminins, les conférences sur l’inclusion et la diversité se remplissent de plus en plus d’hommes. Et on les force à ouvrir les yeux en les confrontant sans filtre à cette nouvelle expression de la réalité. De quoi redonner franchement espoir à la pessimiste que je suis !


#2 : Mais où est donc la pierre philosophale des start-ups ?

Transformer son histoire entrepreneuriale en succès millionnaire, voilà ce dont chaque fondateur rêve. Et, pour y arriver, il peut compter sur tous les conseils distillés à SXSW ! C’est un peu comme si tout le monde tentait d’identifier les ingrédients secrets d’une possible potion magique, qui fonctionnerait à tous les coups. A les écouter, ça a (presque!) l’air simple. Du discours à adopter face aux VCs à la manière de penser son business, en passant par la révélation du secret du timing parfait et de l’importance de s’entourer des bonnes personnes, il y a dans l’air et dans les discours une profonde envie de tirer vers le haut les créateurs. Des success stories racontées en veux-tu en voilà, avec de nombreuses tentatives de rationaliser le succès, parfois comme si la chance et les hasards n’avaient pas voix au chapitre.

Finalement, pour transformer le plomb en or, c’est avant tout d’un nouvel état d’esprit dont j’entends parler. Une invitation à y croire toujours, tout en se remettant en permanence en question. Une exhortation à se battre, tout en étant prêt à tout changer d’un instant à l’autre. Une propension à avancer et à s’améliorer, en essayant à chaque fois de comprendre et de résoudre ce qui ne va pas.

C’est une inspiration, une motivation, une forme d’humilité et un élan qui est transmis. Car les startuppeurs vont changer le monde, ils en sont convaincus. Et avec eux, une bonne partie du public de SXSW Interactive.


#3 : Faire le bien, après avoir imaginé le pire

Depuis quelques années, le sujet de l’éthique dans l’innovation est un incontournable de SXSW. C’est un peu LE lieu où l’on se parle toujours de tech en se demandant sincèrement ce qu’on va bien pouvoir faire avec, concrètement, pour la société. Mais, plutôt que de se poser des questions sur le bien-fondé des initiatives, cette année, c’est l’impression d’entendre en permanence des exhortations à faire le bien qui a dominé. Parce que chacun de nous en a les moyens !

De l’humidité dans le regard et du tremolo dans la voix, Elon Musk en a été l’illustration parfaite. Arrivé à la fin du panel Westworld, il a souhaité nous donner matière à être inspiré et à croire dans le progrès. Un film qui fait frissonner d’émotion la salle, après qu’il ait exprimé son excitation d’être en vie maintenant, à cette période, avec toutes ces possibilités.

“Life cannot just be about solving one miserable problem after another. That can’t be the only thing. There need to be things that inspire you, that make you glad to wake up in the morning and be part of humanity.” — Elon Musk
La Tesla envoyée dans l’espace par Elon Musk

L’espoir et la peur semblent aussi fonctionner de concert, lorsque les panellistes de “Prototyping the future with Science Fiction” plaident en faveur des dystopies. Les bonnes questions sont soulevées uniquement lorsqu’on se demande ce qui pourrait mal tourner. Alors, pour construire des futurs positifs, il faut jouer à se faire peur avec des prophéties catastrophes — contre lesquelles on ne peut se battre que lorsqu’on les a compris.

Une vraie croyance semble donc être partagée par beaucoup : l’innovation et les technologies doivent être utilisées pour construire des modèles positifs et mener des actions pour un meilleur futur. Et les grandes entreprises de la tech sont désignées comme responsables : Facebook est appelé à lutter contre le cyberbullying, Google contre les “fake news”, et les créateurs d’intelligence artificielle exhortés à comprendre leurs biais pour ne pas les reproduire.

Une responsabilité portée par chacun, et des messages d’espoir pour un objectif qui semble être a portée de mains de tous les acteurs de l’innovation — et de tous les citoyens !


#4 : Chercher à résoudre un VRAI problème, plutôt que d’en créer un!

Le premier enjeu de l’innovation est de résister à la tentation de s’enfermer dans la post-rationalisation, pour imaginer et créer de toute pièce un problème auquel un produit ou un service projeté pourrait répondre. Alors, plutôt que de chanter les louanges de solutions parfaites, les meilleures sessions de SXSW parlent avant tout de problèmes à résoudre. Des problématiques qui exigent une réponse, des bonnes pratiques pour les identifier et de l’intelligence de réussir à distinguer ce qui est véritable de ce qui est construit. Car l’intérêt se trouve à l’endroit du noeud, de la complication et de l’irréconciliable. Le succès se trouve dans une solution que personne ne peut réfuter, car tout le monde expérimente la même frustration. Cela peut sembler évident, mais souvent, la justesse semble faire défaut.

On évoque ainsi l’importance de savoir regarder les problèmes en face. Car au-delà d’identifier un problème, il faut identifier LE BON ! C’est ainsi que trois futuristes, auteurs de science fiction, ont parlé de l’expérience des grands groupes qu’ils conseillent, parfois trop concentrés sur les manifestations de leurs problèmes & les faiblesses de leurs produits, s’empêchant d’en rechercher la source — souvent un jeu d’égos dans l’organisation et une mauvaise gestion des interactions et des émotions en interne.

“Prototyping the future with Science Fiction”, panel réunissant Bruce Sterling, Madeline Ashby & Ramez Naam

D’autres fois, on nous rappelle aussi d’être attentif à nos biais et aux questions soulevées par les méthodes destinées à identifier ces problèmes. Savoir écouter son consommateur, et savoir ce que cela veut réellement dire de l’écouter. Ne pas penser, par exemple, que même si l’on fait partie de la cible d’un produit, notre expérience du problème qu’il résout est celle partagée par l’ensemble des gens. Comprendre les non-dits en laissant de la place pour l’observation. Être prêt à se mettre en danger en se mettant entre les mains des utilisateurs.

Finalement, designer une solution, c’est avoir le souci d’observer et de comprendre les problèmes, en oubliant nos a priori et en exercant notre jugement, pour proposer la meilleure réponse possible & prendre position, en évoluant en même temps que le problème traité. Ready, set, design !


#5 : Libérer les gens des tabous

Au gré des conférences que j’ai parcouru, j’ai entendu parler de diversité, de maladie mentale, de normalité, d’amour, d’authenticité, d’expérience et d’individualité. Je vois apparaitre les mots “weirdos”, “superpowers”, “nerds”, “vibrators”. On évoque le porno, le sexe, des modes de vie alternatifs — ainsi que le rôle de la tech dans tout ça.

Peut-être est-ce symptomatique d’un changement de perspective : l’innovation est partout et pas uniquement dans les industries créatives & technologiques à proprement parler. La technologie impacte alors notre vie physique, psychique, émotionnelle et affective. Elle se doit donc de nous libérer et d’être le vecteur de dialogues et de représentativité, d’inclusivité et de respect des individualités. C’est en tout cas ce que défendent de nombreux intervenants, portant l’innovation comme une opportunité de lancer la conversation sur des sujets intrinsèquement très personnels.

Finalement, l’expression de soi et la capacité à se vivre, soi & entier, est une préoccupation. A l’âge d‘or de l’individu, dans un contexte médiatique qui nourrit de plus en plus un fantasme de l’unicité de chacun, SXSW est l’occasion d’ouvrir des portes pour l’acceptation de tous et le respect de chacun.

Lena Dunham & Samantha Barry, pour la conference “Media & Authenticity in 2018”

A travers l’appréhension de ces sujets de société, SXSW fut pour moi un moment d’inspiration exceptionnel, en tant que festival définitivement politique et sociétal, avant d’être véritablement tech ! S’il est le lieu privilégié d’expression de ceux que les pannellistes aiment si souvent appeler les “innovators”, SXSW est avant tout l’illustration parfaite qu’aujourd’hui, l’entrepreunariat et la création ne peuvent pas se mener sans combat, sans mission, sans purpose. Et il donne envie de s’engager, et d’avoir ces enjeux en tête, lorsque nous sommes amener à créer quelque chose de nouveau. Tous ces avant-gardistes, qui s’expriment et qui participent, sont responsables du monde de demain, tout comme nous le sommes tous chacun !

Finalement, c’est l’élan, plus que les sujets, qui importe : choisissez votre bataille et menez la !