Comment j’ai découvert que Google ne suffit pas…

Ce qu’on ne vous dit pas franchement dans les grandes écoles : sortez et allez parler aux gens !

En trois mois, travailler chez French Bureau m’a beaucoup appris sur la manière d’entrer en profondeur dans un sujet et de se créer une connaissance approfondie sur une problématique. J’ai eu l’occasion d’aller rencontrer des experts et des consommateurs, de partir en voyage d’inspiration et de mener des ateliers d’idéation. Et, par toutes ces rencontres créées par la méthode de French Bureau, j’ai redécouvert une chose que je n’aurais jamais dû perdre de vue : pour bien chercher et s’imprégner d’un sujet, il faut sortir de chez soi !

Rentrer de plain-pied dans un sujet inconnu doit impliquer de s’éloigner de son bureau et du confort de ses certitudes préconçues ! Il faut savoir dépasser la recherche Google pour rencontrer et écouter les parties prenantes d’un sujet. Cela relève en apparence du bon sens, mais peu de gens et d’entreprises le font réellement — ni bien d’ailleurs. Pourtant, cela apporte une vraie richesse. Alors, pourquoi nous transmet-on pendant nos études ou à l’entrée en milieu professionnel si peu d’outils pour mettre cette sagesse en pratique ?

Edward Hopper — Chop Suey — 1929

Une valeur trop mal perçue

En premier lieu, la démarche est coûteuse : en temps et en énergie bien sûr, puisqu’il faut chercher parmi son réseau des interlocuteurs pertinents, préparer ces rencontres, s’y rendre, les mener avec engagement et attention, les retravailler pour en tirer la substantifique moelle. C’est un travail incompressible et contraignant, notamment lors d’une enquête de terrain de plusieurs semaines lors de laquelle les rencontres s’enchaînent à un rythme éprouvant. Tout ce travail s’ajoute à la recherche documentaire qu’il ne remplace pas, et suppose de consentir à un certain investissement matériel, pratique et émotionnel pour dépasser l’envie de se contenter d’une simple recherche Google, si conséquente soit-elle…

La démarche peut paraître d’autant plus coûteuse que sa richesse est souvent sous-estimée.

La parole source de vérité

Considérons par exemple le grand projet d’exploration sur le thème du transfert technologique que nous menons en interne. Après avoir décidé que French Bureau devait se positionner sur le sujet, nous aurions pu nous contenter de faire une solide recherche documentaire. C’est bien par là que nous avons commencé : nous avons cartographié les acteurs impliqués dans le transfert technologique, décortiqué leurs discours institutionnels, étudié des données statistiques, lu la littérature sociologique sur le sujet, etc. Bref, nous avons parcouru Internet de fond en comble pour nous constituer une solide culture sur le sujet.

Mais nous ne nous sommes pas arrêtés en si bon chemin. Nous avons aussi cherché à nous faire surprendre, en allant voir sur le terrain. En allant rencontrer les experts. Des gens qui mettent la main à la pâte sur les questions de valorisation des technologies de la recherche pour mieux comprendre les mécanismes de l’innovation de pointe. Cela nous a menés à Boston et à Montréal. Nous avons discuté avec des universitaires de Harvard et du MIT, des instituts de valorisation technologique, des entrepreneurs, des accélérateurs de startups, et toute une myriade d’acteurs du transfert technologique.

Bien sûr, ce contact du terrain a donné une saveur nouvelle au savoir que nous avions accumulé par notre recherche documentaire initiale. Nous avons été surpris et bousculés, et cela nous a permis de remettre en place les idées que nous avions glanées au préalable. Nos rencontres au MIT nous ont par exemple permis de comprendre avec finesse la réalité de la relation entre entreprises et chercheurs à Boston. Le fait d’être sur place nous a également permis de visiter le MIT Media Lab et de préciser dans nos esprits ce que fait ce laboratoire, dont les activités sont délibérément tenues secrètes.

Pas de blague, on y est vraiment allés !

A Montréal, nous avons rencontré de nombreux instituts de valorisation de la recherche. Nous avons alors compris les différences avec l’approche américaine, alors que les discours officiels sont très semblables et que rien dans nos recherches initiales ne laissait présager de telles différences !

Le travail d’immersion de terrain est un vrai trésor : il apporte une nouvelle lumière sur un savoir de départ, mais également des informations inédites. C’est finalement le plus précieux révélateur de la différence entre ce qu’on croit déjà savoir et ce qui est.

Toutes ces connaissances, ces nuances et ces subtilités que nous avons découvertes m’ont fait prendre conscience de la juste valeur de notre recherche documentaire : une culture initiale nécessaire pour provoquer l’échange. Ni plus, ni moins : la réelle valeur de notre expérience a été dans tout le savoir informel que nous avons tiré de nos rencontres et la lumière qu’elles ont apportées à ce savoir de départ.


Une parole qui met en confiance

Au-delà de la valeur de l’information elle-même, la démarche est bénéfique pour le chercheur lui-même. L’expérience prouve que la communication orale donne confiance dans le savoir récolté. Elle est déterminante pour l’énergie de l’équipe à porter les projets et pour la qualité de ce que nous proposons à nos clients ! Les intuitions, les certitudes et les idées que nous développons ne sont pas ancrées dans une simple recherche documentaire et dans des préconceptions, mais dans des relations interpersonnelles.

Henri Matisse — La conversation — 1908–1912

Cette recherche de la confiance dans la qualité de nos idées et de notre action est au coeur de la méthodologie de French Bureau. Tous ensemble, nous voulons inventer une manière de fonctionner conforme à notre désir d’innover au service des autres. C’est cela qui nous pousse à tous les stades de nos projets à nous confronter à la rencontre : lors de l’exploration en allant rencontrer des experts, lors de l’idéation et du prototypage en confrontant nos idées puis nos prototypes à leurs utilisateurs potentiels. Et c’est aussi cela qui rend nos idées meilleures !


Une belle manière de progresser

Un bonheur n’arrivant jamais seul, la démarche est aussi valorisante au niveau humain et personnel. Les rencontres que nous faisons sont enthousiasmantes et poussent à se passionner pour les sujets. Lors du voyage des ingénieurs de French Bureau à Boston et Montréal dont nous parlions plus haut, les échangent furent riches et bienveillants, d’une qualité rare. Voilà une façon de récolter des informations et de se former très agréable ! Bien plus que de rester chez soi, bien à l’abri des risques de la rencontre et des suprises qu’elle réserve.

Pour prendre cette promesse de richesse au sérieux, French Bureau accorde une véritable importance à l’inspiration, au développement et à la formation de ses employés. Les Frenchies sont d’ailleurs libres d’aller s’inspirer à propos des sujets qui leur tiennent à coeur et dont ils estiment qu’ils sont importants pour leur parcours personnel et professionnel.

Par exemple, au printemps, cinq de nos Frenchies sont allés au festival SXSW, pour se nourrir des dernières tendances internationales. L’année dernière, l’équipe entière a pris quelques jours pour arpenter la biennale du design à Saint-Etienne. De mon côté, j’ai également eu la plus totale liberté de prendre du temps et des moyens pour organiser des rencontres avec la d.school des Ponts ou avec des chercheurs des Mines de Paris, simplement pour discuter et comparer nos modèles.

Cette liberté de partir à la découverte et à la rencontre de ce qui nous intéresse est capitale pour travailler avec confiance, et surtout pour obtenir des résultats qui ont du sens.


Un nécessaire travail introspectif

Toutefois il reste une difficulté critique à surmonter. Pour percevoir toute la richesse qui m’a frappé, il faut opérer un travail sur soi. J’ai appris qu’il faut apprendre à composer avec l’humilité et la confiance en soi. À l’humilité d’être capable de se mettre dans une position d’écoute et d’accueil de ce que l’autre a à offrir dans l’échange doit répondre une forme de confiance dans la démarche et sa richesse. Sinon, on court le risque de rester replié sur soi, que ce soit dans des convictions préconçues ou dans la peur de se confronter au réel. Ce travail sur soi, il est à mener individuellement mais aussi au niveau collectif.

C’est précisément à ce travail d’humilité que j’estime que les études et tant de milieux professionnels nous préparent bien mal. L’attachement aux certitudes techniques et scientifiques auquel j’ai été habitué en tant qu’ingénieur est à mille lieues de la pratique d’une rencontre empathique, humble, et ouverte sur les autres !

C’est finalement cela qui m’a le plus bousculé en arrivant chez French Bureau : la nécessité de changer mes habitudes pour accueillir cette culture d’une recherche de la confrontation par la parole avec les utilisateurs, les usages, les connaissances là où elles se trouvent.

Mais que cette surprise est savoureuse… si vous souhaitez vous aussi y goûter à nouveau, venez donc discuter avec nous : nous serons toujours ouverts à la rencontre !