Et toi, pourquoi t’as fait du design ?

Chez French Bureau, nous sommes 10 designers, dont les expertises se complémentent et se supportent. Notre envie d’apprendre nous fait nous intéresser à plein de sujets différents et notre cadre de travail nous fait monter en compétence rapidement. Dans ce contexte, il est parfois compliqué de retracer nos parcours respectifs. J’ai demandé à mes collègues de me parler du produit qui leur a donné envie de se lancer dans ce métier et je me suis retrouvé avec des histoires passionnantes, qui parlent chacune de leur regard unique.

L’imprimante cyclostyle

Arnaud Pfeffer

La Gestetner 311. Une imprimante industrielle conçue en 1987 pesant près de 400kg et pouvant imprimer jusqu’à 7200 feuilles par heure. C’est avec une bécane de ce type qu’on pouvait imprimer tous les visuels pour la vie associative de mon école d’ingénieur. Cette imprimante avait été donnée aux élèves il y a une vingtaine d’années. 
Réussir à la faire fonctionner représentait un défi permanent. Tout pouvait arriver : un ressort qui claque, une pièce qui lâche, une feuille qui part dans le mauvais rouleau, l’encre qui sèche trop rapidement sur la plaque d’impression… On naviguait d’échecs en échecs, mais au bout de plusieurs heures, la machine arrivait à sortir impression sur impression sans encombre. Tout fonctionnait harmonieusement, même les bruits de l’imprimante étaient mélodieux !

J’avais rejoint ce groupe d’étudiants par fascination d’un objet aussi technique et pour le défi que représentait sa maîtrise. J’ai été séduit par la beauté et l’intelligence de sa conception. Mais j’ai également été touché par l’esthétique de ces impressions, toujours différentes. Alors, j’ai commencé à me poser d’autres questions. Quelles sont les possibilités d’expression d’un tel outil ? A quoi sert-il ? Pourquoi l’utilise-t-on plutôt qu’une imprimante classique ? Finalement, j’ai trouvé encore plus de satisfaction à penser cet objet à une échelle différente que celle de sa fonction. C’est là que j’ai eu envie de compléter ma connaissance d’ingénieur avec un regard de designer.


Le dessin animé Wallace et Gromit

Natacha Poutoux

Un lit qui bascule, un personnage qui s’habille tout seul, des robots qui font tout…Tout ça, dans un univers complètement délirant, où la vie a l’air simple et vraiment amusante. Wallace et Grommit a réveillé en moi l’envie d’être inventeur et développé une certaine fascination pour les automates. Mon rêve à cette époque : faire comme Wallace (et Mounir, hehe), et espérer gagner le concours d’inventeur de Science et Vie Junior. J’ai 7 ans et j’imagine le Pisto-tâche, un balai robot qui aspire, nettoie et sèche le sol, l’objet tout-en-un du moindre effort en quelque sorte. Bon, évidemment, le Pisto-tâche n’a jamais vu le jour, mais il aura au moins existé dans ma tête et celle de mes parents, qui se souviennent encore de toutes les questions que je posais pour essayer de résoudre le moindre détail : mais comment ça fonctionne ? comment on s’en sert ? comment ça s’appelle ? et combien ça coûte ?


Le livre Le parti-pris des choses de Francis Ponge

Pauline Clocher

Ce n’est pas un objet en particulier qui m’a donné envie d’être designer, mais un recueil de poèmes : Le parti pris des choses de Francis Ponge. La parole y est donnée aux objets, aux « objeux » exactement. La façon dont Francis Ponge fait parler les choses du quotidien — le cageot, la bougie, la porte, le pain — m’a poussée à m’interroger sur notre rapport aux choses façonnées par l’homme : pourquoi éprouvons-nous du plaisir à ouvrir une porte, qu’est-ce qui nous fait aimer un objet aussi insignifiant qu’un cageot, d’où vient notre fascination pour les choses « bien faites » ? Aujourd’hui, je retrouve ce plaisir esthétique dans la conception d’objets et de services qui harmonisent forme et fonction.


Le Kinder Surprise

Giulia Pitton

Récompense à la fin d’une longue session de courses, le Kinder Surprise m’attendait toujours à la sortie du supermarché. Sa forme iconique et ses couleurs singulières me permettaient de l’identifier à distance, sa fragilité dans mes mains d’enfant justifiait une consommation immédiate.

L’oeuf en chocolat était un plaisir incrémental fait de gestes et de rythmes inconstants : déballé fébrilement, sa scission en deux parties parfaitement identiques demandait de la concentration, sa forme inhabituelle inspirait de nombreuses manières de le déguster. Je me souviens de ma joie à la vue de la capsule jaune, du moment d’hésitation quand il s’agissait de choisir entre dévorer le chocolat ou se jeter sur la surprise.

Et, bien sûr, le moment le plus attendu, le défi de construire le jouet, sans l’aide des instructions évidemment : l’accomplissement ultime ! Bref, c’est à ce moment là que j’ai eu envie de concevoir des Kinder Surprise : je voulais être designer de défis.


Le film The Island de Michael Bay

Pierre-Louis Chardon

À l’époque, je n’imaginais pas du tout faire un métier créatif. Je voulais être militaire, tout en fantasmant être dessinateur de BD, mais n’imaginais pas que cela puisse être “un vrai métier”. Vers 15 ans, je vois le film the Island, dans lequel le personnage principal joue le clone d’un richissime designer de yacht de luxe et de moto de course. Il montre ses incroyables croquis de bateaux.

Bam. Il a l’air cool, il fait un métier s’appuyant sur le dessin, il est riche et il sort avec Scarlett Johansson. Je me suis intéressé à la pratique. Du coup je dessine, en attendant la richesse et Scarlett Johansson.


La scie à ruban de mon grand-père

Paul Morin

Mon grand-père était un grand bricoleur. Il avait fabriqué sa propre scie à ruban avec la complicité des mécaniciens du centre d’essai Dassault à Istres, dans le Sud de la France. Quand j’étais petit, il me montrait comment l’utiliser pour fabriquer des objets en tout genre, des bricoles.

Pour moi, c’est plus qu’une simple scie à ruban : elle est faite à la main, elle peut se transformer en un tour en une toupie à bois en changeant quelques pièces, ses parties mécaniques tournées et fraisées dans un alliage d’aluminium de qualité aéronautique sont montées sur un châssis en bois massif, elle tremble quand on l’allume, elle porte les traces de tout ce qu’on a fabriqué. Déjà à l’époque (et aujourd’hui encore), cette machine me fascinait par toutes les histoires qu’elle rendait possibles. C’est une des choses qui m’ont donné envie de créer des objets.


Copain des bois

Johanna Lapray

J’ai 4 ans quand mes parents déménagent dans une maison entourée de forêts.

J’apprends à lire, et rapidement, le livre Copain des bois devient ma bible.

Mes pages préférées ? Ce ne sont pas les plus théoriques sur l’identification des champignons, mais les pages pratiques sur, au choix, comment réaliser un feu de camp, construire un pont, fabriquer un verre en papier, faire un brancard. Page par page, je veux tout tester.

À l’époque, je ne rêve que d’une chose : que mes parents m’oublient et que je puisse passer une nuit dans les bois, à tester plus profondément ces conseils de survie (rappel : j’ai 7 ans!).

Mon plus grand regret ? Ne pas m’être cassé la cheville à temps pour me fabriquer une attèle avec des branches.

Au fond, ma passion de l’époque, c’est chercher des problèmes, pour y trouver des solutions. Je trouve toujours un prétexte pour fabriquer des choses. Et c’est un peu comme ça, à force de bricole, que j’en arrive à être designer.


Depuis, nous nous sommes tous formés dans des écoles de design, nous avons fait nos preuves, sans perdre notre enthousiasme. Nous avons trouvé le bonheur chez French Bureau, où nous oeuvrons quotidiennement pour assurer la place du design dans la création des nouveaux business, produits et services de demain. Venez échanger avec nous, on est constamment à la recherche de nouveaux challenges à attaquer !


Illustrations de Pierre-Louis, il y en a plus par ici.