Keynote: 5 leçons de la 1ère année en tant que directrice de La French Tech

La French Tech
Jun 14 · 9 min read

Lors du Sommet French Tech Community, onboarding géant qui ressemble pour la première fois toutes les communautés French Tech dans le monde, Kat Borlongan partage les leçons de sa première année en tant que directrice de la Mission French Tech. Elle parle de ce que cela signifie pour qui nous sommes, et où nous allons aujourd’hui et comment.

La vidéo

La version rédigée

J’ai appelé cette présentation “From startup to scale-up” pour deux raisons : La première, parce que ça décrit parfaitement la situation de l’écosystème aujourd’hui.

Il y a beaucoup de chiffres sur ces deux slides : Matthieu (notre COO) vous en parlera en détail tout à l’heure. Ce qu’il faut retenir c’est que plus de startups françaises lèvent plus d’argent, et plus rapidement. Et au niveau early stage, l’écosystème se porte bien voire très bien. Le challenge français arrive après : à partir de la series C, on voit un goulot d’étranglement. Et les champions tech d’envergure internationale restent encore trop rares.

La deuxième raison, c’est que “From startup to scale-up” résume aussi les défis de la French Tech en tant qu’organisation. J’ai l’impression qu’on est à l’étape de notre Series A, nous aussi. Ces derniers mois, comme une startup, on a mené notre propre “levée de fonds” pour 2019, on a recruté des talents et la communauté French Tech s’est élargie.

Ça fait presque un an que j’ai été nommée. Et tout est passé tellement vite — beaucoup plus vite que je le pensais. J’ai découvert beaucoup de choses en douze mois. Aujourd’hui, je veux vous partager ce que j’ai retenu. En particulier, les 5 enseignements qui vont définir les contours de la cette nouvel étape de la French Tech.

1. Il faut écouter ses utilisateurs

Le point de départ de notre stratégie a été de s’intéresser aux startups les plus concernées par ce sujet du “scale” : les startups en hypercroissance. Pour ça, on a écouté les besoins et les propositions des startups du Pass French Tech. Pour rappel, il s’agit de plus de 100 startups les plus prometteuses du pays. Elles ont levé plus de 20 millions d’euros ou connaissent un taux de croissance annuel supérieur à 50% depuis trois ans. C’est simple : Leurs principaux défis sont devenus les nôtres.

Pour transformer l’essai, il y a quatres choses qu’on doit réussir à faire ensemble d’ici 2–3 ans :

  • Les talents : devenir l’un des pôles les plus attractifs du monde pour les talents dont les startups ont besoin.
  • L‘investissement : adresser les trous dans le marché du capital-risque français, plus spécifiquement dans les deep tech et dans le growth.
  • Le gouvernement : réaffirmer le rôle de l’Etat dans le soutien à l’écosystème. L’Etat est le partenaire de votre croissance. On veut être l’équivalent de Spock pour Kirk, de Robin pour Batman ou d’Anna pour Elsa.
  • L’accès au marché : on doit mobiliser notre réseaux pour permettre aux startups en hypercroissance d’accéder à des marchés plus gros, plus vite.

Ces 4 sujets constituent désormais les 4 piliers de la stratégie de la French Tech.

2. On ne gère bien que ce que l’on mesure

Pour réussir, il faut qu’on arrive à compter ce qui compte vraiment. Il nous manquait des KPIs dans le passé, qu’on est en train de mettre en place. Il y en aura deux types :

  • Indicateurs globaux pour nous permettre de faire un état de lieu de l’écosystème (ex. Nombre d’exits supérieur à 50M)
  • Indicateurs spécifiques à chaque programme French Tech (ex. nombre de lauréats FT Tremplin I qui créent où rejoigne une startup 6 mois après la fin du programme.) Cest les résultats qui nous intéresse et non des grandes annonces : désormais, on va communiquer publiquement à la fin de chaque programme dans un souci de transparence mais aussi pour chercher du feed-back bienveillant.

Tous ces indicateurs seront notre boussole. Vous savez comme moi qu’il y a une très grande diversité d’acteurs au sein de la French Tech. Et c’est mon plus grand souhait que ces indicateurs nous aide à parler bien le même langage et viser les mêmes buts, même si chacun a des moyens, des styles, voir des équipes différentes pour y arriver.

Voilà un aperçu de quelques indicateurs sur lesquels on va se concentrer dans les mois et années à venir.
Pour mieux voir les indicateurs écosystème, on peut aussi visualiser ça comme un parcours en entonnoir.

À quoi ça sert de raisonner en entonnoir ? Pour toujours se souvenir que le but du jeu, à la fin, c’est de permettre l’émergence et le développement des champions mondiaux de la tech. Des startups qui auront un impact positif sur la société et sur l’écononie. Mais pas à n’importe quel prix : On le fait grâce à et avec un écosystème bienveillant.

3. La diversité, ce n’est pas un “side project”

La diversité, ce n’est pas seulement un hashtag. Ça ne peut pas être un sujet sur le côté, pour faire joli. C’est un enjeu stratégique.

Je vous parle en tant que quelqu’un qui travaille au Ministère de l’économie et des finances. La diversité est une priorité économique. A l’instar des Avengers, Comment est-ce qu’on pourrait réussir à bâtir un écosystème fort, si la moitié d’entre nous est mis à l’écart ? A quoi bon chercher à attirer les meilleurs talents du monde, si on ne donne pas déjà leur chance à tous les talents qui sont ici, chez nous ?

C’est pour ça qu’il n’y aura pas d’un côté un rapport global sur l’écosystème French Tech, et, dans un coin, un rapport à propos de la diversité. C’est le même sujet. La diversité sera intégrée à nos objectifs généraux.

Je vous parle également de ce sujet en tant que femme, immigrée. Je vais vous raconter ce que j’ai ressenti le jour où ma nomination a été annoncée. Sur Twitter, j’ai reçu plein de félicitations. Mais les hashtags les plus souvent utilisés à côté de “French Tech”, c’était “#diversité”. Et puis “#womenintech” aussi. Je ne vais pas vous le cacher, au début j’étais un peu vexée. Vexée qu’on me réduise à ces deux dimensions, et qu’on oublie mon expérience et ce que j’avais déjà fait avant.

Et puis j’y ai repensé à tête reposée. En effet, Je suis une femme. Plutôt jeune. Et, en plus, une immigrée, qui parle avec un accent et fait encore des fautes de Français — y compris sûrement pendant ce discours. Bref, d’un point de vue statistique, je ne suis pas juste une minorité. Je suis presque une anomalie totale. Et oui, c’était quelque chose d’important.

Ma nomination signifiait que ce pays n’était plus le même que celui dans lequel j’étais arrivée en 2003. Les choses étaient en train de changer, et en plus, on me donnait la chance d’être actrice de ce changement.

En voyant l’impact que ma nomination a eu sur d’autres comme moi, je comprends mieux à quel point la représentativité est importante. Il faut des modèles. Donc, si vous n’êtes pas déjà au courant, on mis en place une règle

4. A nouveaux défis, nouvelle organisation

On a entre les mains tous les éléments pour avoir un impact réel sur l’écosystème. Mais je ne vais pas vous mentir : ça va être difficile ! Pour mettre toutes les chance de notre côté, j’ai passé une année à me concentrer sur ce que tous les CEO font en premier : renforcer leur équipe.

Et voici à quoi l’équipe ressemble aujourd’hui, suite à notre travail de restructuration

Je vais passer un peu de temps pour expliquer ça, parce que c’est une configuration totalement unique. Et parce qu’il s’agit de votre équipe aussi. La French Tech, en tant qu’organisation, est bicéphale. Un de ses visages est l’action publique, que vous connaissez sous le nom de Mission French Tech. L’autre de ses visages est l’écosystème, c’est à dire la Communauté French Tech. Tous ensemble, on ressemble un peu à ça.

Mes premiers mois ont été dédiés à la Mission French Tech. J’ai passé du temps à comprendre l’administration française — ses directions, ses organigrammes, sa culture. Et ensuite, à recruter, à experimenter par rapport à l’organisation des équipes. L’objectif pour nous est qu’on soit mieux équipé pour porter une ambition plus large, à l’intersection de l’Etat et l’écosystème.

La Mission French Tech n’est plus seulement une équipe au sein d’une administration. C’est de plus en plus une tribu, avec des gens répartis à différents endroits de l’Etat, qui partagent nos valeurs et notre mission.

FYI: La Mission French Tech recrute !

Il y a toujours 9 personnes à plein temps au sein de l’Agence Numérique, mais il y a aussi ce que j’appelle les “Slasheurs” dans d’autres administrations. Ils portent deux titres : celui de leur poste officiel, et celui attribué par la Mission French Tech. Je vais prendre l’exemple de Rami : il est Deeptech Manager pour la French Tech et il est aussi Adjoint au chef du bureau de l’innovation à la DGE.

On est en train de construire un réseau de correspondants #gov French Tech. Certains sont déjà dans la salle pour vous rejoindre sur cette phase d’onboarding. On est en phase de recrutement intensif : on a demandé aux startups quels sont les services publics avec lesquels ils interagissent le plus, et on a identifié un correspondant dans chacun d’entre eux. Chaque ministère va aussi nommer son correspondant.

C’était uniquement une fois ces bases établies, on a pu passer à la Communauté French Tech. Vous connaissez déjà bien ces changements.

5. Il faut miser sur ses forces pour avoir le maximum d’impact

On arrive maintenant à la partie qui répond à la question que j’entends le plus souvent : “mais au fait, à la French Tech, vous faites quoi ?”

Je vais commencer par la Mission French Tech, la partie action publique. Mais avant, je vais vous montrer comment on sélectionne nos projets. On a deux critères assez simples :

  • Sur l’axe des X, ce qu’on sait faire, parce qu’on a les compétences, les ressources, l’expertise, le réseau.
  • Sur l’axe des Y, les sujets sur lesquels on a un impact à court ou à moyen terme pour les startups et l’écosystème

Tout ce qui est dans la partie en haut à droite, ce sont les actions sur lesquelles on va se concentrer. Tout ce qui est en bas à droite, ce sont les sujets sur lesquels on va agir en partenariat, notamment sur les Capitales et les Communautés.

Voici notre portfolio de projets actifs pour 2019–2020

Tout ça, c’est seulement une petite partie de tout ce que la French Tech fait, à l’échelle de la Mission French Tech. Comme je vous l’ai dit, cet événement est conçu comme un onboarding : l’équipe va vous présenter les sujets sur lesquels on travaille.

Mais ce qui m’intéresse le plus, c’est vous, la Communauté French Tech. Je suis impatiente de voir les résultats de nos brainstorms de demain.

Conclusion

Bien sûr, vous le devinez, j’ai appris beaucoup, beaucoup plus que ces 5 leçons cette année. Ça va de l’écriture d’un décret d’application de la loi aux principes du “customer success”… Et je vous garantie que j’ai encore bien plus à apprendre.

Cette première année a été incroyable. J’en profite pour remercier chacun d’entre vous, dans cette salle, pour la confiance que vous avez accordée à notre équipe. D’avoir rejoint la communauté French Tech. D’être là avec nous aujourd’hui pour ce nouvel étape de la French Tech. J’ai hâte de voir la suite !

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