la manière humaine d’habiter le monde est donc de se forger, au moyen de l’esprit, une image en unisson avec le mouvement du monde qui l’entoure. une fois cette image a été raffinée par la pratique collective au cours du temps, une tradition est établie. celle-ci n’est que le moyen propre à l’espèce humaine de s’adapter et survivre dans le monde où elle se trouve. de la même manière qu’un ours aux pôles peut survivre grâce à sa fourrure, l’organisme humain se sert de l’esprit pour s’adapter au monde. tout comme un oiseaux se sert de son bec pour construire son nid à partir des matériaux sur place, l’esprit est le moyen de construire une demeure à partir de ce qui est là, pour y habiter et se reproduire. 
ce modèle est donc utilisé dans un groupe par chaque génération pour sa survie et reproduction, ce qui est transmis étant une sorte de
tendance qui guide l’action. c’est cette tendance qui mène les groupes à construire tout dont ils se servent pour mener sa vie, dès les outils les plus concrets jusqu’à ses mythes ou ses philosophies, en passant par l’organisation sociale ou celle des moyens de subsistance. mais tout cela est réactualisé par chaque génération, les constructions concrètes étant rebutées à chaque fois. ce qui donne continuité et consistance au groupe en tant que tel est cette tendance acquise au cours de l’adaptation. rien de plus. ce que fait un d’un oiseaux ce qu’il est, c’est n’est pas un tel nid mais le fait d’être capable d’en faire un n’importe où. 
dans le cas de l’espèce humaine, tout de même, il y a une particularité, qu’on pourrait nommer l’accumulation. après un certain temps de stabilité, ces moyens de survie commencent à s’ancrer et deviennent pratiquement part du monde lui même, au moins aux yeux des nouveaux membres du groupe. ceux-ci n’ont donc pas à bâtir tout cela à partir du contact direct avec le monde mais prennent le modèle hérité pour base et y ajoutent ce que leur esprit en fait. c’est bien le même mouvement d’esprit, le même effort adaptatif, mais posé sur une base différente; ou il serait peut-être plus exact de dire, sur des
aspects différents de la même base. à ce stade, il y a une sorte de forme partagée qui est le guide dans tous les aspects de l’existence et qui se manifeste dans tout contexte. voilà la base, le socle qui donne consistance à l’existence d’un groupe en tant que tel. à partir de là, tout développement n’est qu’anecdotique, ou sans importance en soi, car toute forme concrète sans un tel socle s’effondrerait comme un château de sable devant une vague. c’est n’est qu’à partir de cette base, de cette tradition, que peut commencer à se développer ce qu’on nomme une culture. 
comme si les membres d’un groupe auraient eu l’idée de manger sa nourriture dans un bol, le fabriquant toujours à partir de ce qu’ils trouvent sur place dans le moment du repas, pour ensuite le jeter, la fabrication du bol faisant partie du repas. et puis, après avoir tenté différents matériaux en différents endroits, ils choisissaient, disons, l’argile au lieu du bois ou quoi qu ce soit d’autre. à partir de ce moment-là, ils fabriquent ses bols et les amènent avec eux. ici, l’idée du bol, qui serait la tradition, est devenue culture, se figeant dans une forme particulière. la première est adaptable à différentes circonstances mais elle demande un certain travail chaque fois; la deuxième limite les possibilités en vue d’une certaine efficacité pratique, ce qui rend disponible ce travail pour d’autres champs de la vie du groupe.
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