seuls sont capables d’amour à deux ceux qui ont vu ses besoins premiers reniés. ce qu’ils nomment ainsi est une appellation positive qu’on donne à un manque. un manque insaisissable comme tel puisqu’on ne sait même pas qu’il en est un, on le prend comme l’état donné et indépassable. ainsi, cet état d’incomplétude chronique devient la règle, et les palliatifs pour y remédier, pour y tenir, deviennent une habitude. tel quelqu’un qui n’a rien à manger et, pour y remédier, s’intoxique pour perdre la conscience, les amoureux se donnent à une stimulation vide pour tenir dans un état de manque perpétuel, un manque de vie. ils sont comme un affamé qui se mettrait à lire des recettes ou à dessiner des aliments en croyant que cela satisfera sa faim, alors que tout cela ne fait que distraire sa conscience. mais son corps n’en est pas pour autant nourri. ces petits jeux deviennent alors addictifs jusqu’au point où l’existence semble être faite pour eux; jusqu’au point où un repas sera refusé pour se donner a ces vaines fantaisies où on ne fait que se dévorer mutuellement, tel des captifs contraints à devenir cannibales ou périr.
impossible de leur faire voir que c’est n’est qu’une fois le corps nourri que la vie peut commencer. ils sont tellement attachés aux béquilles qu’ils se sont forgés, qu’ils ne veulent pas marcher de ses jambes, qui sont pourtant en parfait état… la seul manière de s’en rendre compte est de, étant affecté de ce manque tout comme eux, se voir refusé toute possibilité d’accès aux palliatifs, pour ainsi être contraint de faire face au manque en tant que tel, dans sa crudité, sans aucun outil externe et sans autre option que de le combler ou périr. inimaginable pour les coupés du vivant, tant ceux qui restent ensemble mais mutilés que ceux qui restent en vie mais à l’écart, ce qui pourrait être un lien entre des êtres vivants et complets, un lien où toute distinction se dissout en un seul mouvement.

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