Au plus près du drame du peuple Rohingya (Field visit in the Rohingya camps in Cox’s Bazar, Bangladesh)

Newsletter 31st October 2017

by Marc Elvinger, Chairman Friendship Luxembourg

One of Friendship’s Health Clinics in the middle of the Rohingya camps (©V. Barbieux)

Chères amies, chers amis
Dear Friends of Friendship (see translation below)

Du 26 au 28 octobre, trois jours pour mieux appréhender les conditions dans lesquelles vivent actuellement les 600.000 Rohingyas qui, chassés de Birmanie, ont trouvé refuge au Bangladesh au courant des deux derniers mois.

600.000 personnes — c’est plus que le Luxembourg n’en compte au total. Ils viennent s’ajouter aux près de 300.000 Rohingyas que le Bangladesh abritait déjà avant le 25 août dernier, ceci à la suite de vagues d’exode forcé se succédant depuis 1978, soit près de quarante ans. S’ajoutent ceux qui, après avoir trouvé temporairement refuge au Bangladesh, ont continué leur route vers d’autres pays, en particulier la Malaisie et l’Indonésie. C’est ce qui fait des Rohingyas l’une des minorités les plus persécutées au monde, comme l’ont constaté les Nations Unies dès 2013.

Les camps ! Je n’avais jamais rien vécu de tel auparavant, pris en étau entre deux énormités accablantes : celle de l’envergure de la catastrophe dans sa globalité d’un côté; celle des drames humains individuels de l’autre.

Une catastrophe d’une envergure incommensurable
A perte de vue, dans un angle à 360°, des collines, antérieurement boisées, désormais tapissées de baraques faites de bambous et de plastics. Le tout parsemé de tâches d’un rouge-orange vif : autant de latrines érigées à la hâte et dont un très grand nombre est d’ores et déjà inutilisable, car insuffisamment profondes et de ce fait en passe de déborder.

Si ce n’est pour la chaleur étouffante qui s’abat sur les habitations de fortune à la mi-journée, le climat a, pendant les trois jours de notre présence, été clément : sauf pour quelques gouttes tombées dans la matinée du 28 octobre, il n’a pas plu. Car on imagine sans peine comment, sous l’effet de la pluie, ces collines de terres rouges, désormais dénudées de toute végétation, vont, en l’espace de quelques heures seulement, se transformer en gigantesque champ de boue sous les pieds de leurs centaines de milliers d’occupants. Sans parler des risques de glissement de terrain. Un abus de langage, en réalité, que de parler d’un risque; c’est en effet un miracle qu’il faudrait pour que des éboulements ne se produisent pas et ne fassent pas de victimes.

Alors que la saison des pluies touche à sa fin, ce sera bientôt le froid qui accablera les habitants des camps. Déjà pendant notre séjour, la fièvre et les affections respiratoires étaient les maux les plus fréquemment diagnostiqués au sein des centres de soins de santé primaire mis en place par Friendship. L’hiver arrivant, le problème ira en s’aggravant.

Et la prochaine saison des pluies viendra inévitablement ! Car, et c’est l’autre dimension incommensurable de cette catastrophe (in)humaine : on n’en entrevoit pas la fin ! Un cyclone, une inondation, ça frappe … et ça passe. Ici rien de tel : aucune perspective de dénouement en vue. Tout en protestant — parfois en nommant un chat un chat : “nettoyage ethnique” — la mal-nommée communauté internationale s’est montrée impuissante à arracher autre chose que quelques mots en langue de bois à la Dame de Rangoon qui a depuis longtemps laissé partir en fumée son Prix Nobel de la Paix dans les flammes des villages Rohingyas mis à feu et à sang par son armée. Le 29 octobre, la Birmanie a entamé la récolte des champs abandonnés par les Rohingyas. Au-delà du cynisme de l’acte, le message est clair : votre riz n’est plus votre riz, vos terres ne sont plus vos terres; ce n’est pas la peine de revenir !

Pour sûr, cette crise s’installera dans la durée — et avec elle les drames humains individuels qu’elle engendre.

Des drames humains indicibles
Ces drames humains s’incarnent, pour moi, dans l’image de la vieille femme accroupie en attendant de monter dans un camion pour être conduite depuis le point d’enregistrement des nouveaux arrivants à Teknaf vers l’un des camps nouvellement ouverts de Kutipalong et Balukhali dans le district de Cox’s Bazar.

Elle ne pèse assurément pas plus de 35 kilos et a derrière elle près de vingt jours de fuite pour arriver là. Le plus terrifiant, c’est la patience avec laquelle elle attend dans la file pour être chargée dans le camion dans lequel tout le monde va devoir voyager sur près de 20 kilomètres : pas de plainte, pas un mot; un visage, sinon impassible, en tout cas droit. Impossible pour moi d’interpréter son attitude : courage, désespoir ou simple épuisement ?

Des drames humains tels que celui-ci se comptent par dizaines de milliers dans cette catastrophe. Ils se jouent tous les jours : hier, aujourd’hui, demain …

Ne pas se laisser paralyser
Le risque consiste bien sûr à se laisser paralyser par cette double énormité : la tâche est trop lourde; la souffrance humaine est trop profonde, trop absurde et scandaleuse aussi. A force de ne pouvoir tout régler comme on le voudrait, la tentation de baisser les bras guette …

Mais autant l’émotion risque d’être paralysante, autant elle peut être stimulante et porteuse d’Espoir.

Ainsi l’image des enfants dont un grand nombre ne cesseront jamais de jouer et de s’amuser, dès que l’opportunité s’en présente, malgré un environnement si lourd à supporter. Ou encore l’histoire du vieil homme qui, après une fuite de plus d’une semaine devant des militaires ayant attaqué son village en lançant des roquettes depuis un hélicoptère, et qui pensait avoir perdu tous les membres de sa famille, tombe nez à nez avec sa sœur dans un des centres de soins de santé primaire que Friendship fait fonctionner dans le camp de Balukhali. Les larmes versées sont, dans un tel cas de figure, des larmes de bonheur dans le malheur !

Et alors qu’il est important de commencer par s’imprégner de l’environnement des camps et du vécu de ceux qui y ont trouvé refuge, il faut, à partir d’un moment donné, savoir prendre de la distance pour pouvoir passer en mode action. C’est ce que Friendship a fait dès la première semaine d’octobre en opérant 4 centres de soins de santé primaire et une ambulance servant comme unité mobile d’analyses médicales. Chacun de 4 centres est en passe d’être flanqué d’une aire de jeux et d’accueil pour enfants ainsi que d’un espace d’écoute à destination des personnes traumatisées par les violences extrêmes auxquelles elles ont assisté : assassinats, viols systématiques, traitements cruels … Un centre d’accouchement ainsi qu’une maternité de campagne sont en voie d’établissement pour devenir opérationnels dans un et deux mois respectivement.

L’accès à l’eau potable et l’assainissement étant des éléments particulièrement critiques pour minimiser les risques d’irruption de maladies infectieuses à large échelle au sein de concentrations de population de cette envergure, Friendship mettra par ailleurs en place, dès à partir de cette semaine, un nombre considérable de puits de forage profonds, espaces de bain et toilettes. Enfin, pour faciliter la communication dans les camps, Friendship a construit une série de ponts et afin de rendre les déplacements plus sûrs pendant la nuit, surtout pour les femmes, nous travaillons à des solutions pour l’illumination des espaces sensibles. Vous trouverez plus d’informations ici.

Tout ceci requiert des moyens importants et nous ne sommes bien sûr pas les seuls à intervenir. Mais nous pouvons contribuer notre part pour alléger le fardeau qui s’est, une fois de plus, abattu sur les Rohingyas. Alors que nous avons su mobiliser des ressources significatives auprès d’agences de développement et humanitaires (Coopération française, luxembourgeoise et suédoise, Organisation Internationale des Migrations (OIM)), les contributions privées sont d’une importance décisive, tant en raison de la grande flexibilité d’allocation qu’elles offrent le plus souvent, qu’en raison de la crédibilité dont elles sont porteuses à l’appui des démarches tendant à mobiliser des contributions publiques supplémentaires.

Tout appui de votre part sera donc particulièrement important.

Qu’il me soit néanmoins permis de souligner qu’en parallèle de ce travail “hors de l’ordinaire” que Friendship réalise au service des communautés Rohingyas — ceci alors que les travaux de réhabilitation sont toujours en cours après les crues exceptionnelles que le nord du Bangladesh a connu au courant des mois d’août et de septembre — nous devons veiller à minimiser l’impact de ces urgences sur nos programmes courants. Ceci est vrai au niveau de l’allocation des ressources humaines dont nous disposons pour assurer la réalisation et la qualité des activités. C’est tout aussi vrai pour la mobilisation des ressources financières indispensables pour assurer la continuité des programmes.

Tout appui à nos activités courantes dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la sécurité alimentaire et de la bonne gouvernance sera donc tout autant apprécié. Nous serons toujours scrupuleux dans le respect de vos choix sous ce rapport. Pour vos dons, cliquez ici.

Merci, toujours, pour votre appui.

Marc Elvinger
Président Friendship Luxembourg


One of Friendship’s Health Clinics (©V. Barbieux)

Dear Friends of Friendship,

From 26 to 28 October, 3 days in the field to try to better understand the situation of the Rohingya population who have been driven out of Myanmar since August 26th of this year: more than 600,000 new arrivals in two months — that’s more than the entire population of Luxembourg!! They join some 300,000 refugees who had arrived earlier in successive waves since 1978, i.e. over the last 40 years, in addition to those who found temporary refuge in Bangladesh before continuing on their way to other countries such as Malaysia and Indonesia. With well more than a million people out of their country, the Rohingyas are one of the most persecuted minorities all over the world, as stated by the UN back in 2013.

The camps! I have never experienced anything like this! Crushed between two powerful jaws — on the one side the sheer enormity of the catastrophe — on the other, the individual human tragedies all around.

A disaster of immeasurable scale
For the full 360° circle as far as the eye can see, hills that were previously covered in forest are now under a motley carpet of shanties made of bamboo and plastic. They are dotted with stains of bright red and orange: latrines erected in haste, many of which are already useless because they were not dug deep enough and are now overflowing.

Except for the stifling heat which engulfs these makeshift dwellings in the middle of the day, the weather over the three days of our visit was clement; except for a few drops that fell in the morning of October 28th, it did not rain. But it’s easy to imagine how these hills of red earth, now stripped of all vegetation, will be transformed in the space of only a few hours into a massive morass of mud under the feet of hundreds of thousands of people. Not to mention the risk of landslides. In fact, this is a misuse of the word “risk” — it would really take a miracle for mudslides not to occur and for there to be no victims. As the monsoon season draws to a close, it will soon be the cold that will become the scourge of the camps. During our visit, fever and respiratory infections were already the most frequently diagnosed illnesses in the primary health care centres established by Friendship. Winter is coming, and this problem can only get worse.

And inevitably, next season, the rains will return. For this is the other dimension of this (in)human catastrophe — there seems to be no end to it. A cyclone, a flood — they strike and then pass on. None of that here, and no prospect of an end to it all. Despite its many protests — and even when it sometimes permits itself to call a spade a spade (“ethnic cleansing” in this case) — the so-called international community has shown itself incapable of obtaining anything other than double-talk from the Lady of Rangoon who has long since seen her Nobel Peace Prize go up in the flames and smoke of the Rohingya villages torched by her army. On October 29th, Myanmar began the harvest of the crops abandoned by the Rohingyas. Beyond the sheer cynicism of this action, the message is clear: your rice is no longer your rice and your lands are no longer your lands; don’t bother coming back here!

For sure, this is a crisis that will be with us for the long term — and with it all the individual human tragedies that it engenders.

Unspeakable human tragedies
These human tragedies are embodied, for me, in the image of the old woman, bent and frail, waiting to climb into a lorry to be driven from the registration point for new arrivals at Teknaf to one of the newly-opened camps of Kutipalong and Balukhali in the district of Cox’s Bazar.

(©V. Barbieux)

She weighed certainly no more than 35 Kg and had just spent more than 20 days fleeing on the journey to get there. Most striking was the patience with which she was waiting in line to be loaded into the lorry that everybody had to take to travel those extra 20 kilometres: no complaints, not a word; her face, if not expressionless, at least stoic. I was incapable of interpreting her state of mind: courage, despair… or mere exhaustion?

There are tens of thousands of human dramas such as this in this disaster situation that take place every day …yesterday, today, tomorrow …..

Don’t remain paralysed
There is of course a risk of remaining paralysed in the face of this double pressure; the task is too big; the human suffering is too profound, too absurd and too scandalous. With the intention of trying to do everything the way one would like, there is a temptation to give up and do nothing at all.

But as much as emotion may lead to the risk of paralysis, it can also bring stimulus and hope.

The image of children, many of whom will never cease to play and enjoy themselves as soon as they have the opportunity, is striking in an otherwise unbearable environment.

As is the story of the old man, who had fled for more than a week from soldiers who had attacked his village, firing rockets from a helicopter; he thought he had lost all the members of his family, but then in one of the primary healthcare centres that Friendship operates in the Balukhali camp, came face to face with his sister. Their tears were tears of joy, shed in a place of such unhappiness.

And so, whereas it is important to start by becoming familiar with the environment of these camps and the experiences of those who have found refuge there, it is equally important at a certain point to take some distance and to move into action mode. That is exactly what Friendship has done, starting in the first week of October by operating 4 primary healthcare centres and an ambulance serving as a mobile medical analysis unit. Each of the healthcare centres is about to be flanked by a play and welcome area for children as well as a listening space for the use of those who are traumatised by the extreme violence that they have experienced: murder, systematic rape, unspeakable cruelty … A birthing centre and a field maternity unit are being set up to become operational within one and two months respectively. Access to clean water and water purification are particularly critical to minimise the large-scale outbreak of infectious diseases across such dense concentrations of people. From this week onwards, Friendship will establish a significant number of deep tube wells, bathing spaces and latrines.

In order to ease communication in the camps, Friendship has built a significant number of bamboo bridges; also, in order to increase security, particularly of women, lightening solutions are being worked on. You can find more information here.

All this calls for enormous resources, and of course, we are not the only participants. But we can play our part to contribute towards lightening the burden that the Rohingyas, once again, are forced to carry. While we have been able to mobilise significant resources through development and humanitarian aid agencies (such as the Cooperation agencies of France, Luxembourg and Sweden, the International Organisation for Migration (IOM)) private donations are crucially important both for the flexibility with which they can very often be allocated and for the credibility they bring in support of efforts to mobilise additional public funding.

In this way, any support you can offer will be particularly important.

I would nevertheless like to emphasise that in parallel with this “extraordinary” work that Friendship is undertaking in support of the Rohingya community — as well as the unusually extensive rehabilitation work that is still being undertaken in the aftermath of the exceptional floods that hit the North of Bangladesh in August and September of this year — we must take care to minimise the impact of these emergencies on our ongoing programmes. This is true of how we allocate the human resources at our disposal to ensure both that our work is carried out as planned and that quality is assured. It applies equally to raising the necessary finances to allow us to sustain our programmes.

Therefore, all support for our current operations in the fields of Health, Education, Food Security and Good Governance will also be greatly appreciated. We shall continue to respect scrupulously your choice of allocation. For your donations, please click here.

Thank you, as always, for your support.

Marc Elvinger
Chairman

Friendship’s bamboo bridge in Teknaf, the main entry point for the Rohingyas (©V. Barbieux)
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