Rohingyas, de l’atrocité à l’espoir

par William Lebedel, Président de Friendship France

Après 3 jours dans les camps de Rohingyas, il est difficile de mettre les bons mots sur ce que nous avons vu, entendu, tellement les histoires de chaque famille sont d’une atrocité sans nom, abjecte, inhumaine. Persécuté depuis des générations, le peuple des Rohingyas subit depuis le 25 août une épuration ethnique organisée en bonne et due forme par l’armée Birmane, un pays gouverné par un prix Nobel de paix ! A l’arrivée au Bangladesh, la situation dans les camps est catastrophique sur tous les plans : nourriture, eau, hygiène, santé… mais les solutions existent, elles arrivent et avec elle l’espoir, et parfois même les sourires.

©William Lebedel, Friendship

Des camps qui s’étendent à perte de vue

Ce qui frappe d’abord c’est l’immensité des camps. La taille est ahurissante. Du haut de l’une des innombrables collines jonchées de tentes, il suffit de regarder à 360° ; ce ne sont que des baraquements en bambou et plastique à perte de vue. Le tout parsemé de tâches orange : des latrines érigées à la hâte dont un très grand nombre est d’ores et déjà inutilisable, car insuffisamment profondes et en passe de déborder.

Depuis le 25 août, 600 000 personnes auraient fui la Birmanie. Le conditionnel est d’usage parce qu’en réalité, qui a déjà eu à gérer un exode d’une telle ampleur en si peu de temps ? Il faut aussi prendre en compte les 300 000 Rohingyas qui ont fui les précédentes vagues de persécution en 2012. Le jour où nous étions au premier point d’entrée après la rivière Naf qui fait la frontière avec la Birmanie, l’armée avait enregistré 150 familles à 15h, soit environ 1 500 personnes. Il est plus que probable que le million de personnes soit dépassé avant la fin d’année dans les camps. Selon le Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (HCR), il s’agit d’ores et déjà du plus grand camp de réfugiés au monde.

L’atrocité des persécutions submerge

L’ONU évoque 200 villages brûlés mais ne sait chiffrer le nombre de personnes tuées. Les hommes manquent à l’appel et il y a peu d’adolescents. Leur absence choque. Impossible d’imaginer ce qu’ils ont vécu ou vu. Qui de leurs parents a été ou ont été perdus, tués ou violés. Parfois même, devant eux. Parce que chacun d’eux a une de ces histoires. L’un d’eux nous a dit que des soldats birmans étaient entrés dans sa classe et avaient commencé à les battre avant de frapper le professeur pour finalement le tuer d’une balle devant eux. Ils ont ensuite tiré sur les enfants avant qu’ils ne s’échappent. C’était il y a 2 semaines.

©William Lebedel, Friendship

Il y a aussi cette vieille dame de 65–70 ans qui vient d’arriver — qui semble totalement éreintée, le regard perdu et affolé, mais qui doit encore grimper cette colline avec la tente qu’on vient de lui fournir. Et là on se demande mais où va-t-elle dans l’immensité du camp ?

Et puis cette jeune femme de 18–20 ans qui attend son tour à la clinique avec son enfant. Vu son visage et son regard, on n’a pas envie ou pas le courage de savoir ce qu’il s’est passé. C’est trop. Il y a beaucoup d’enfants en mauvaise santé, mal nourris, déshydratés et, c’est sûr, cela date d’avant la fuite…

Ces exactions sont commises par l’armée d’un gouvernement mené par un prix Nobel de la paix. Le 29 octobre, la Birmanie a même commencé à récolter les champs abandonnés par les Rohingyas. Au-delà de l’ignominie, du cynisme de l’acte, le message est clair. Il n’y aura pas de retour. Impossible de continuer à croire au dialogue de façade entre ladite communauté internationale et la dame de Rangoon. Car il y a naturellement des intérêts économiques dans le nord du pays aux ressources multiples. L’écœurement est à son comble. Que chacun prenne ses responsabilités.

Passer à l’action. Apporter de la dignité dans cette atrocité.

Les besoins sont immenses. Notre responsabilité à nous, ONG bangladeshie est d’apporter des solutions concrètes pour gérer l’urgence, avec efficacité et surtout avec respect. En trois semaines, nos équipes sur place ont effectué un travail vraiment impressionnant de qualité, d’efficacité et de compassion. Et nous ne sommes pas les seuls. L’armée bangladeshie fait preuve, de ce que l’on a pu en voir, d’une gentillesse touchante. On n’a pas l’habitude. Avec l’aide de l’armée, les équipes ont construit des ponts en bambou — l’un des ponts facilite l’arrivée des familles après la traversée de la rivière Naf — , ont mis en place une distribution de nourriture à l’arrivée, ont construit et rendu opérationnelles 5 centres de santé de soins primaires dont deux à l’intérieur des camps dans des emplacements reculés, et une clinique mobile d’analyses médicales.

Clinique Friendship ©Wasama, Friendship

Les équipes qui étaient avec nous voient déjà la différence dans les camps, où un semblant d’organisation s’est installé. Il y a même des sourires qui reviennent. Chez les enfants, qui sont vraiment incroyables. Mais aussi parfois chez les adultes.

©William, Friendship et ©Shehzar, Friendship

Comme chez ce vieil homme qui pensait avoir perdu tous les membres de sa famille après une fuite de plus d’une semaine devant des militaires ayant attaqué son village en lançant des roquettes depuis un hélicoptère. La semaine dernière, il est tombé nez à nez avec sa sœur dans un des centres de soins de santé primaire que Friendship fait fonctionner dans le camp de Balukhali. Ici ce sont des larmes de bonheur dans le malheur !

Nous devons regarder devant et continuer d’arrache-pied. Nous avons décidé de mettre en place des aires de jeux et d’accueil pour enfants ainsi qu’un espace d’écoute à destination des personnes traumatisées par les violences extrêmes auxquelles elles ont assisté. Ces espaces seront construits à côté de nos cliniques. Un centre d’accouchement ainsi qu’une maternité seront opérationnels d’ici respectivement 1 mois et 2 mois. L’accès à l’eau potable et l’assainissement sont déterminants pour minimiser les risques de maladies infectieuses et nous mettrons en place dès cette semaine un nombre considérable de puits de forage profonds, des sanitaires et des toilettes.

©Wasama, Friendship

Tout ceci requiert des moyens substantiels. Nous avons su mobiliser des ressources significatives auprès d’agences de développement et humanitaires (centre de crise français, coopération luxembourgeoise et suédoise, Organisation Internationale des Migrations (OIM)), et de partenaires comme la Fondation Mérieux et Sanofi. Les contributions privées sont d’une importance décisive, tant en raison de la grande flexibilité d’allocation qu’elles offrent le plus souvent, qu’en raison de la crédibilité dont elles sont porteuses à l’appui des démarches tendant à sécuriser des contributions publiques supplémentaires.

Tout appui de votre part sera donc particulièrement important.

N’hésitez pas à partager.

Merci de votre confiance,

William