Comment définir et concrétiser sa stratégie climat : petit guide pratique pour commencer

Olive Morice
Sep 8 · 9 min read

Le changement climatique n’est plus une hypothèse mais une réalité. Si vous n’êtes pas encore convaincu de l’impact de l’Homme sur le climat, l’article de Bon Pote résume bien les dernières conclusions du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) à ce sujet.

Ce réchauffement a et aura des conséquences certaines sur nos écosystèmes et nos sociétés. Réfugiés climatiques, vagues de chaleurs mortelles de plus en plus nombreuses, dégâts agricoles comme les gelées de cette année en France… Sans oublier bien sûr la fin des huitres si les océans continuent à s’acidifier !

Pour relever ce défi climatique, les actions individuelles sont bénéfiques, mais pas suffisantes. L’action publique est essentielle mais n’a pas pour le moment réussi à infléchir la tendance de manière significative, malgré les COP successives.

Les entreprises privées sont parmi les premiers responsables du réchauffement et ont le devoir de définir des stratégies climats et des plans d’actions ambitieux si nous voulons atteindre les objectifs climatiques qui nous maintiendront sous la barre des 2°C.

“20 entreprises ont contribué à 35% des émissions de CO2 et de méthane depuis 1965”

Personnellement ces sujets sont devenus de plus en plus pressant dans mon esprit, à mesure que les signaux d’alarme se multipliaient, que des aléas climatiques arrivaient de plus en plus souvent en France et que ce n’était pas que “le problème des autres”. L’impact des entreprises sur ce problème est évident. J’ai toujours voulu avoir dans mon travail un impact positif sur le monde, je pense que de nombreuses personnes partagent cette motivation, mais il n’est pas toujours facile de faire coïncider son activité professionnelle avec des projets à impact. Participer à définir la stratégie climat de son entreprise, calculer son empreinte et mettre en place des actions associées est une bonne manière d‘avoir, à son échelle, un impact réel sur l’enjeu climatique que nous traversons.

C’est pourquoi on vous partage notre approche dans cet article, en espérant qu’elle vous inspire et vous donne des idées pour faire avancer le sujet dans votre entreprise ! N’hésitez pas à partager vos propres actions, liens ou informations utiles en commentaire, on sera toujours ravis de faire mieux et plus !

Disclaimer : ceci est la démarche que nous avons suivie avec l’aide de Magellan.tech qui aide les startups et entreprises à définir leur stratégie climat. Pour comprendre notre focus sur les Gaz à Effet de Serre (GES) et les basiques de la stratégie carbone, nous vous conseillons leur excellente présentation. Nous ne sommes pas des experts du sujet mais espérons avoir avancé de manière pragmatique avec les moyens à notre disposition !

Définir sa stratégie : réduire plutôt que compenser

De manière simplifiée, lorsque l’on parle des GES, nous avons collectivement un “budget” d’émissions carbone à ne pas dépasser pour tenter de rester sous la barre des 1,5°C. La planète a une capacité d’absorption naturelle de ces GES, et si l’on en émet plus, ils s’accumulent dans l’atmosphère et accélèrent le réchauffement.

En tant qu’entreprise de service et conseil nous avons plusieurs leviers d’action :

  • Augmenter les puits de carbone présents sur Terre pour séquestrer des GES présents dans l’atmosphère. Le principal mécanisme de séquestration du CO2 atmosphérique est la photosynthèse et consiste donc à augmenter la biomasse capable de la réaliser, c’est à dire planter des arbres.
  • Tenter de réduire les émissions des entreprises pour qui nous travaillons en les conseillant dans ce sens durant nos projets.
  • Réduire nos propres émissions associées à notre fonctionnement.

Voici les priorités que nous nous sommes données et pourquoi :

Priorité #1 : mesurer pour piloter nos propres émissions.

Tout ce que nous consommons, nos bureaux, nos infrastructures numériques, nos outils, les services que nous achetons… émet des GES. Réduire ces émissions a un effet immédiat sur notre empreinte carbone et c’est ce sur quoi nous avons le plus de contrôle, c’est pourquoi c’est selon nous la priorité numéro 1. Cela nécessite d’abord de connaître son empreinte et comment elle se décompose, ce qui est la première étape (et nous vous donnons quelques exemples d’entreprises et d’outils pour le faire en fin d’article.)

Priorité #2 : réduire les émissions de nos partenaires via les services que nous proposons

Nous avons l’opportunité de travailler quotidiennement avec les équipes de nos clients. C’est l’occasion d’intégrer dans nos propositions et missions des éléments pour essayer d‘avancer “dans le bon sens”.

Priorité #3 : contribuer à l’augmentation des puits de carbone

La compensation carbone parait pratique : il suffit de payer une entreprise qui réalise des projets de compensation pour être neutre en carbone. La réalité n’est pas aussi simple, le prix de la tonne de carbone est discutable, les projets de capture pas toujours fiables, la “compensation” n’est pas immédiate et se fait sur de longues années… Mais surtout, les technologies de capture artificielle n’existent pas encore ou ne peuvent pas être mise à l’échelle (on ne peut pas planter des arbres partout indéfiniment). Certains acteurs de cette industrie de “compensation” assument ce positionnement et revendiquent que le client paie une contribution et pas une compensation. C’est pour cela que nous n‘avons mis cette priorité qu’en 3e position.

Nos actions concrètes & apprentissages

Une fois notre stratégie et priorités définies, nous avons décidé de nous attaquer d’abord à nos propres émissions. Il a d’abord été nécessaire de les calculer pour faire un premier état des lieux.

Avec l’aide de Magelan, nous avons calculé l’empreinte carbone de notre entreprise (scope 1, 2 et 3 de la méthodologie du Bilan Carbone). Pour cela nous avons recensé définit un périmètre et une année de référence pour estimer nos émissions directes, notre consommation d’énergie, nos achats de produits et services, nos immobilisations, nos déchets, nos déplacements, l’utilisation des produits que nous avons vendu. Nous avons listé tous ces éléments dans un grand tableur, avec les facteurs d’émissions de la base carbone de l’ADEME correspondants, et nos hypothèses lorsqu’il fallait en faire (certaines informations sont complexes à récupérer, il faut faire des suppositions et indiquer un degré d’incertitude pour chaque poste.)

Notre gros excel tout vert qui récapitule la source d’émission, les documents et informations récupérées sur notre entreprise (facture, inventaire), les facteurs d’émission, les calculs et totaux

Voici quelques-uns de nos apprentissages :

  • Faire son bilan carbone n’est pas si complexe

Pour une entreprise d’environ 25 personnes comme la nôtre, effectuer son bilan n’est pas si complexe, cela nous a pris une vingtaine d’heures, quelques e-mails et un questionnaire !

  • It’s not what you think

Nous pensions que notre IT et l’électricité des bureaux représentaient une très grande partie de nos émissions. En réalité les quelques travaux de nos bureaux représentaient plus d’un tiers de notre empreinte, alors que notre IT et électricité était négligeable.

  • Si c’est sympa, c’est probablement mauvais pour la planète

Les déjeuners, les afterworks et les évènements représentaient 1/5e de nos émissions totales.

  • Un grand design implique de grandes responsabilités

Un unique site internet que nous avons réalisé pour une grosse entreprise française représentaient 3,5% de nos émissions si l’on prenait en compte la fréquentation du site et le poids des pages.

Estimez l’impact carbone de votre site internet grâce à cet outil !

  • Pif paf pouf, les avions c’est pas ouf

Une seule mission client à l’étranger et un aller-retour long-courrier représentaient plus de 10% de nos émissions.

Au final, c’est un exercice qui permet d‘en apprendre beaucoup sur le fonctionnement de votre entreprise et de tous ses coûts. Vous aurez également des ordres de grandeur en tête (c’est quoi le pire, 1kg de viande ou 50 kilowatt/h ?) et serez plus à même de détecter les tentatives de greenwashing quand vous en voyez.

Notre empreinte carbone est de 61 tonnes, soit 2,4t par employés, ce qui est plutôt dans la moyenne basse de notre secteur en France.

Une fois cet audit réalisé, nous avons lors d’un atelier défini et priorisé des actions pour réduire cette empreinte. À ce jour nous avons :

  • Défini un budget “avion” par collaborateur que nous ne dépasserons pas
  • Fait du ménage dans notre Intranet pour supprimer les fichiers les plus volumineux et inutiles
  • Privilégié le train et réduit la distance de nos évènements d’entreprise
  • Intégré dans nos avantages l’achat d’une application “happy cow” qui propose un mapping des restaurants végétariens partout dans le monde, ainsi qu’un bento réutilisable pour réduire nos déchets lorsque nous achetons des repas à l’extérieur
  • Rationalisé les outils que nous utilisons en tant que Program Manager et Designer (et en plus ça fait faire des économies)
  • Réalisé un benchmark de fournisseurs d’électricité pour opter pour une alternative plus écologique

Nous allons bientôt refaire un Bilan Carbone afin de calculer à quel points ces actions ont porté leurs fruits !

En tant qu’agence, nous aidons nos clients à concevoir de nouveaux produits et services. Nous nous efforçons de garder en tête les problématiques environnementales dans nos phases de conception, ou lorsque nous répondons à des appels d’offres.

Maquette produite dans le cadre d’une compétition pour la refonte d’un site d’entreprise, nous avions imaginé une version “sobre” conçue pour nécessiter moins de stockage et de transferts de données.

Ces problématiques sont encore rarement au coeur de nos missions mais nous pensons qu’elles le deviendront nécessairement de plus en plus.

Comme indiqué précédemment, le terme “compensation” est trompeur. En effet les technologies efficaces et à l’échelle de décarbonisation n’existent pas aujourd’hui, à part les projets forestiers qui mettent du temps à retirer du carbone de l’atmosphère, et dont la pérénité n’est pas toujours garantie car les forêts ne sont pas à l’abris des aléas climatiques. Nous n’avons à ce jour pas de partenaire de contribution même si nous considérons toujours de recourir à cette méthode dans un second temps.

Par où pourriez vous commencer ?

Tôt ou tard, nous pensons que les entreprises seront dans l’obligation de divulguer les informations relatives à leur émissions et leurs actions pour les réduire, et que celles-ci pèseront dans la balance du choix de leurs clients et talents. C’est un chantier important qui peut paraître complexe, mais voici comment vous pouvez le commencer :

En tant que salarié vous pouvez :

  • Continuer à vous renseigner et vous engager à passer 1h ce mois-ci sur le sujet du climat (rapports et résumé du GIEC, newsletter telles que Climax ou Nourritures Terrestres, articles spécialisés comme ceux du cabinet d’étude Carbone4)
  • Privilégier le vélo si vous le pouvez pour vos déplacements réguliers et réduire votre consommation de viande
  • Parler de ce sujet à vos managers et supérieurs pour leur demander de s‘en saisir

En tant que manager vous pouvez :

  • Faire particulièrement attention à vos trajets en avion
  • Prendre 15 minutes à chaque début de projet pour réfléchir à comment intégrer les objectifs climatiques dans celui-ci

En tant que dirigeant vous pouvez :

  • Vous saisir du sujet si ce n’est pas déjà fait
  • Sélectionner un partenaire pour vous accompagner dans la définition de votre stratégie. Nous avons travaillé avec Magelan, il existe de nombreuses entreprises qui propose des outils et accompagnement comme Carbo, Greenly. Certaines forment aux méthodologie comme l’Association Bilan Carbone. D’autres entreprises offre un large panel de service pour de grosses structures comme Carbone4.
  • Allouer du temps à vos équipes pour travailler sur le sujet

Un premier bilan carbone est essentiel pour lancer le sujet et comprendre où votre entreprise se situe, quels sont les efforts que vous devez faire en priorité. Nous vous conseillons pour gagner du temps de choisir un partenaire adapté à votre taille et secteur d’activité !

Le principal est d’avancer, de manière pragmatique, avec ce que votre entreprise peut et sait faire, tout en gardant de l’optimisme ! N’hésitez pas à nous contacter si vous avez des questions, nous serons ravis de partager plus en détails avec vous notre expérience.

Demain sera bien. Par Haigo.

Petit observatoire des pratiques, usages et modes de…

Demain sera bien. Par Haigo.

Petit observatoire des pratiques, usages et modes de travail émergents à l'usage de ceux qui veulent aimer le futur.

Olive Morice

Written by

Demain sera bien. Par Haigo.

Petit observatoire des pratiques, usages et modes de travail émergents à l'usage de ceux qui veulent aimer le futur.