Pourquoi il est urgent de réinventer les événements tech ! (et pourquoi Futur en Seine devient FUTUR.E.S)

Les événements tech se multiplient et depuis 3 ans que j’ai la responsabilité d’organiser Futur en Seine, je me suis rendue au Web Summit à Dublin puis à Lisbonne, à Slush à Helsinki, à DLD à Tel Aviv, à SXSW à Austin. J’ai assisté à des dizaines de conférences et pitchs, rencontré des centaines de start-up. Je mesure le privilège d’avoir ainsi pu voyager. Mais, je l’avoue — pardon à tous les orateurs, oratrices et organisateurs, organisatrices — je me suis beaucoup ennuyée.

Directrice d’un festival pionnier, qui anime l’écosystème du numérique depuis près de 10 ans, je n’ai cessé de m’interroger : quelle est la valeur de ces conférences quand les interventions d’Elon Musk ou Sheryl Sandberg sont à quelques clics ? Les entrepreneurs sont-ils l’alpha et l’oméga de l’innovation ? Quel est le futur des événements ?

Depuis 2009, beaucoup d’événements se sont créés dans le sillage de Futur en Seine, événements de plus en plus massifs qui s’adressent à une audience de plus en plus étendue mais limitée aux start-up, grands groupes et investisseurs. Un écosystème qui réduit l’innovation à la technologie et à l’investissement sans embarquer ses chercheurs et ses citoyens ne peut espérer porter de vraies ruptures. Et si nous faisions l’inverse ? Parler de la société que nous voulons inventer, et voir ensuite si la tech ​suit ? C’est à cela que devraient servir les grands événements publics.

Pour mieux se ré-engager dans le monde

Comme si notre façon d’interagir avec le monde et de partager la connaissance n’avait pas profondément évolué en quelques années le public des conférences continue d’être invité à écouter toujours les mêmes grands experts de l’innovation, dont les interventions sont pourtant disponibles partout et gratuitement en ligne. Les événements sont devenus des opérations de communication ou des foires à l’objet connecté dont la visite ne crée pas de surprise ni ne produit d’enseignements. Et c’est sans avoir été inspirés ni déroutés que nous revenons à notre quotidien professionnel réglé par le confort de nos échanges numériques.

Pendant ce temps, le monde chauffe. L’accès à l’éducation ne s’améliore pas, les soins de santé ​sont redevenus des privilèges, la qualité alimentaire inquiète, la pollution environnementale semble normale et sévit. De fait si les grands festival d’innovation ne concernent pas les gens sur lesquels toutes les pénalités convergent, comment avancer ?

Démocratisons le futur ! Ma conviction est que l’avenir des événements va résider dans leur capacité à se transformer en lieu d’engagement collectif. Si aujourd’hui Futur en Seine se réinvente, c’est pour devenir un espace-temps de prospective, d’expérimentation et de créativité conçu avec des artistes, des hackers, des innovateurs, des lycéens pour des publics très divers. Le futur des événements tech — j’en suis persuadée — se joue dans leur capacité ​à ​donner​ à de très nombreux​ participants​, une inspiration, une audace, et une énergie, pour une intelligence créatrice de conception et d’action.

Les événements doivent être l’occasion d’élaborer collectivement des solutions numériques à la malbouffe, au réchauffement climatique, à l’exclusion. En somme, ils doivent être le lieu d’un ré-engagement dans le monde.

Futur en Seine 2017 — Soirée d’inauguration

Reprenons la main sur le futur !

Futur en Seine est le seul événement tech de cette ampleur gratuit et ouvert à tous. Parmi les 22 000 visiteurs qu’il a rassemblé en 2017 se trouvent des entrepreneurs et entrepreneuses, des cadres de grandes entreprises, des patrons et patronnes de PME, mais aussi des lycéens et lycéennes, des enfants, des familles, des actifs et actives en reconversion, des retraité(e)s.

Tous nos participants, aussi divers soient-ils, partagent une même incertitude face au futur. Les technologies numériques sont dans l’imaginaire collectif de plus en plus associées à des fictions d’anticipation où l’IA domine le monde et nous rend esclaves des robots. Depuis quelques temps, l’inquiétude des citoyens sur ce que les marques et les plateformes font de leurs données personnelles vient nourrir un souhait politique d’encadrement et de régulation de l’internet. La « dé-googlisation » du monde devient un chantier prioritaire. Mais à côté de ces tensions suscitées par le sentiment que le numérique nous échappe, la lame de fond de l’entrepreneuriat traduit chez notre jeunesse un désir profond de s’engager pour un futur souhaitable.

Sous l’impulsion du désir de sens et d’action d’une jeune génération d’acteurs, culture numérique et développement soutenable convergent aujourd’hui. Les entreprises du numérique sont perçues comme destructrices d’emploi et vecteurs d’ « ubérisation » de la société. Pourtant, de plus en plus d’entrepreneurs et entrepreneuses, notamment ceux qui participent à Futur en Seine chaque année, sont préoccupés par le sens social des innovations. Les capteurs mesurent la qualité de l’air, la réalité virtuelle soigne les malades et l’intelligence artificielle éduque les plus jeunes. Le numérique peut devenir un outil au service d’une société plus juste et inclusive qui s’attèle avec l’urgence nécessaire aux grands défis contemporains. Reprenons la main sur le futur en assumant une vision du monde de demain dessinée par les communs, le partage, la protection des données, en somme ce qui fait une société humaine.

Futures for all

C’est dans cette tension entre la crainte des dérives numériques et un désir de futur que le festival ré-itère sa vocation tout en se réinventant.

L’innovation que nous soutenons est plurielle, internationale, inclusive.

Plurielle, parce que plusieurs mondes numériques sont possibles et que nos choix technologiques nous engagent.

Internationale, parce que loin de la Silicon Valley, des innovateurs et des innovatrices révolutionnent les usages dans des réalités régies par des fortes contraintes de frugalité.

Inclusive, parce que l’innovation qui marche est celle qui embarque tous et toutes, quel que soit leur genre, leur orientation sexuelle, leur âge, leur ancrage social.

Pour toutes ces raisons, nous avons transformé Futur en Seine en FUTUR.E.S.

Vous avez de beaux futurs devant vous.