L’ONU choisit Best for Geneva comme projet-pilote pour l’économie durable

Une article de Bilan.ch par Matthieu Hoffstetter, 14 juin 2018

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Pour encourager l’évolution de l’économie mondiale vers des systèmes plus responsables, plus durables, l’Organisation des Nations Unies (ONU) a émis ses «Objectifs du millénaire pour le développement et l’après 2015», devenus les ODD (pour «Objectifs du développement durable»). Mais cette ambition, née des discussions entre états et des négociations entre diplomates, reste théorique. L’un des défis réside donc dans la transposition de la profession de foi vers les actes. Et pour ce faire, bénéficier de l’accompagnement et de l’expertise de spécialistes pourrait constituer la clef du succès.

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Au centre de ce défi: UN Global Compact, l’agence de l’ONU pour l’engagement du secteur privé. «Seuls les entrepreneurs ayant intégré les principes du développement durable dans leur modèle d’affaires, soit l’urgence d’innover de manière socialement responsable, vont être capables à l’avenir d’attirer le capital humain et financier indispensable à leur croissance», assure Nicholas Niggli, diplomate suisse et directeur général de la direction générale du développement économique, de la recherche et de l’innovation (DG DERI) du canton de Genève. Encore faut-il disposer de relais auprès des entreprises et de financements pour déployer une stratégie ambitieuse: le Département britannique de développement international (DFID) et la Fondation Skoll, active en Silicon Valley et à travers le monde pour promouvoir l’entrepreneuriat social, ont décidé d’accompagner la démarche. D’autres partenaires pourraient rejoindre l’initiative prochainement.

La solution B Impact Assessment choisie comme socle

Restait à trouver un canevas approprié pour que les sociétés intéressées puissent avancer concrètement et méthodiquement dans cette direction. Or, sur le lieu même d’un des sièges de l’ONU et de ses agences, un programme majeur a été lancé ces derniers mois: avec Best for Geneva, la cité du bout du lac a choisi de fédérer les initiatives positives nées sur son territoire autour d’un programme piloté par Jonathan Normand, directeur exécutif de B Lab Suisse, association et organisme réunissant les B Corp, ces entreprises engagées dans une transition vers une économie plus respectueuse de l’humain et de l’environnement. A Genève, PME et multinationales se retrouvent dans Best for Geneva pour engager cette transformation sociétale.

Concrètement, c’est la solution B Impact Assessment, mise au point par B Lab pour certifier les B Corp, qui va servir de trame. Or, jusqu’à récemment, celle-ci n’avait été appliquée qu’à des cas individuels de transformation d’entreprises ayant entamé une démarche pour devenir une B Corp. «Avec Best for Geneva, nous avons le premier exemple mondial d’un territoire complet en marche vers une économie plus responsable, plus durable, plus soucieuse de l’humain et de l’environnement. Construit pour équiper et aider les PME à passer à l’action et s’améliorer, et cela devient un catalyseur puissant à l’aide de partenaire de l’écosystème. On retrouve aujourd’hui l’artisan du quartier jusqu’à la multinationale, le développement est l’affaire de tous», insiste Jonathan Normand.

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Dans le détail, B Impact Assessment, c’est un outil d’évaluation gratuit disponible en cinq langues, couvrant plus de 180 pratiques dans des domaines aussi variés que la représentativité des minorités et de la diversité dans le management, l’ampleur des économies d’énergie réalisées, le déploiement de programmes de formation continue en interne ou le pourcentage des critères sociétaux dans l’évaluation des performances des cadres. Mais l’outil permet également de se comparer à d’autres entreprises et organisations engagées, de disposer de conseils pour mettre en place des améliorations concrètes, et pour ceux qui le souhaitent, de bénéficier d’une vérification des données avant l’attribution du label.

Les participants genevois vont tester le portail mondial

Si la démarche genevoise est pionnière, elle se déploie sur un territoire géographiquement limité et avec 300 entreprises et organisations. «Mais l’ojectif est de faire tâche d’huile et que d’autres villes, régions, pays et écosystèmes rejoignent cette vaste transformation de notre économie et de nos sociétés», glisse Jonathan Normand. Et avec l’annonce de l’alliance B Lab avec l’ONU, c’est exactement ce qui pourrait se produire: avec leurs programmes cumulés, B Lab et UN Global Compact touchent déjà près de 40'000 entreprises sur la planète (près de 30'000 organisations utilisant les outils B Corp et 9000 entreprises impliquées dans UN Global Compact). En s’associant pour proposer «un dispositif plus clair et plus lisible», les deux organisations visent 100'000 entreprises impliquées d’ici 2030.

Dès l’été 2019, les deux organisations associées vont mettre en ligne un portail permettant aux entreprises de mesurer leur impact social et environnemental, sur la base des 17 objectifs du développement durable. Et ce sans frais pour les sociétés participantes. Aux premières loges, les organisations engagées dans la démarche Best for Geneva pourront tester cette plateforme dans les mois à venir.

Une période au cours de laquelle le programme genevois devrait encore monter en puissance: «De 180 organisations membres en janvier 2018, nous sommes passés à 300 six mois plus tard et nous espérons atteindre plus de 500 participants d’ici la fin de l’année. Avec un tel succès, nous pourrions clairement dire que Genève est en route vers une économie plus durable et responsable», résume Jonathan Normand, fier que les pionniers genevois se muent en pilotes à l’échelle mondiale.

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