CONSERVERA-T-ELLE SES TITRES OLYMPIQUES (4)
QUATRE ANS APRÈS MISSY FRANKLIN LA SURDOUÉE, VOICI MISSY FRANKLIN LA CORIACE
Éric LAHMY
Lundi 4 Janvier 2016
MALGRÉ LES DISCOURS QUI PRÉTENDENT QUE L’OR OLYMPIQUE NE REPRÉSENTE PLUS L’ABOUTISSEMENT D’UNE CARRIÈRE DE NAGEUR, LE TITRE OLYMPIQUE RESTE LE GRAAL, L’ACCOMPLISSEMENT SUPRÊME. IL EST PLUS IMPORTANT QU’UN RECORD MONDIAL, UN RECORD PEUT ÊTRE BATTU, ET LA COURONNE OLYMPIQUE EST TAILLÉE DANS UN OR IMPUTRESCIBLE. SA VISIBILITÉ LE REND DE LOIN SUPÉRIEUR AU TITRE MONDIAL…
100 mètres dos Melissa FRANKLIN, USA, 58.33
Chances à Rio : 15%
Melissa FRANKLIN fut la grande gagnante des Jeux de Londres, et son succès sur 100 mètres dos joua un rôle essentiel dans cette domination de l’Américaine. On peut ajouter qu’il y eut une grande perdante dans cette affaire, et ce fut Emily SEEBOHM. Rappel des faits. En séries, l’Australienne se déchaîne et explose un 58.23 qui efface les 58.77, record olympique « polyuréthane » de Kristy COVENTRY à Pékin et ne respecte que le record mondial également en « combine » de Gemma Spofforth, 58.12 à Rome en 2009. FRANKLIN, 59.37 deux séries plus loin, est larguée. Les demi-finales sont aussi à l’avantage de SEEBOHM. Missy règle tout juste la Japonaise Aya TERAKAWA dans la première, en 59.12 contre 59.34. SEEBOHM écrase la deuxième de toute sa classe, en 58.39, et semble imbattable.
En finale, à l’arrivée, c’est FRANKLIN, devant SEEBOHM, 58.68 et TERAKAWA, 58.83. SPOFFORTH sans sa combi est toute déshabillée : 5e en 59.20, COVENTRY, elle, n’a pas atteint la finale, 12e des demis.
FRANKLIN gagne quand même le titre mondial en 2013, à Barcelone, où elle nage vite, et, dans la même journée, en 58.42 (finale) et en 58.39 au départ du relais. L’Américaine va aussi gagner les 200 mètres libre et dos. C’est en outre une personnalité rare, à la fois humble et charismatique, que les échecs n’atteignent pas plus que les réussites ne la changent, une équipière modèle. Elle a refusé pendant deux ans des offres très attractives afin de poursuivre une carrière d’universitaire, tenue à l’amateurisme par la NCAA, l’association du sport universitaire US. Mais sa santé s’avère précaire. Au cours de l’été 2014, elle essuie des spasmes dorsaux qui, dira-t-elle, dont d’une « terrifiante » intensité. Il faut la sortir de l’eau alors qu’elle se prépare à nager aux Pan Pacific. Depuis, elle suit une thérapie intense…
FRANKLIN reste la même personne, mais pas la même nageuse. Il lui a fallu attendre les séries des mondiaux de Kazan pour renager sous la minute (59.59) en dehors du relais des Pan Pacific où elle a réalisé 59.99. Au même moment, Katinka HOSSZU accomplissait la distance en 58.78. En finale, FRANKLIN est 5e (59.40)…
SEEBOHM, la gagnante, a beaucoup travaillé, après Londres. A Barcelone, elle a appris à se réserver en séries, mais elle est restée 2e, à distance de FRANKLIN. En 2015, elle a gagné les Jeux du Commonwealth et archi-dominé la course des Pan Pacific, une seconde (58.94 contre 59.78) devant Belinda HOCKING. En 2015, elle a retrouvé aux mondiaux de Kazan sa valeur olympique, et gagné en 58.26. En fin de saison, l’Australienne a réussi des rafales de performances intimidantes, et apparait comme la favorite olympique. Deux autres Australiennes, Madison WILSON, 2e à Kazan, et la toute jeune Minna ATHERTON, sont dans le coup. Il y a aussi HOSSZU, toujours un peu brouillonne — après son meilleur temps des séries à Kazan, elle a déclaré forfait dès des demis — et la Danoise Mie NIELSEN, 3e à Kazan.
Et FRANKLIN ? Elle a avoué qu’il lui avait été dur de tant travailler pour obtenir ce qu’elle appelle d’aussi minces résultats. Dur d’avoir été la meilleure nageuse du monde et se retrouver à souquer pour des bricoles « Pour la première fois, retour des Pan Pacifics, j’avais été déçue d’avoir tant travaillé et n’avoir rien obtenu. Cela s’est reproduit aux mondiaux de Kazan. » Mais elle ne serait pas Missy si elle n’ajoutait ce qui suit : « J’ai presque plus appris sur moi-même les deux dernières années que pendant tout le reste de ma vie. Tout allait vers le haut, et c’était étonnant. Ce fut une époque incroyable de ma carrière. Mais mener les batailles que j’ai dû mener depuis m’a appris plus sur moi-même dans de telles situations et sur l’attitude que j’entends conserver en face de tels faits. J’ai appris que j’étais : je suis une dure à cuire. »
Il lui faudra l’être, par les adversaires ne lui manquent pas. Aux USA, sont apparues en face d’elle deux jeunes pousses pleines de promesses, Courtney Bartholomew, qui a gagné le 12 décembre la course en petit bassin du Duel in the Pool en 55.92, et Claire ADAMS, 16 ans, 56.45. Toujours dans cette course, Mie NIELSEN, une Danoise médaillée de bronze à Kazan, a nage 56.20. FRANKLIN n’avait pu, ce même jour, faire mieux que 58.84 ! Mais c’était un quart d’heure après un 200 mètres qu’elle avait remporté devant Katinka HOSSZU en 1’52.74 (record du monde, Sarah Sjöström, 1’50.78).
Alors ? Ce n’est pas gagné, pour Melissa la surdouée. Mais ce n’est pas perdu, pour Missy la “tough cookie” (coriace)
200 mètres dos Melissa FRANKLIN, USA, USA, 2’4.06
Chances à Rio: 25%
Ce fut la grande course de Missy aux Jeux de Londres. Elle y battit le record du monde polyuréthane de Kirsty COVENTRY, 2’4.81. Comme sur la distance inférieure, elle répète son succès aux mondiaux 2013 de Barcelone, en 2’4.76… Ses ennuis de santé de 2014 lui interdisent de continuer sur sa lancée, alors qu’elle a brillé aux championnats US, en juin de cette année : 1ere sur 100 mètres, 53.43, 100 mètres dos, 59.38, du 200 mètres dos, 2’8.38, 2e du 200 mètres, 1’56.16 (derrière LEDECKY), on peut seulement lui reprocher un manque d’endurance dû au fait qu’universitaire, elle ne peut s’entraîner autant qu’elle le voudrait.
A Kazan, c’est sur 200 mètres dos que Missy FRANKLIN trouve quelque chose des ressources qui ont fait d’elle l’héroïne des Jeux de Londres, quoiqu’un ton en-dessous. Elle réussit, derrière Emily SEEBOHM, 2’5.81, à enlever l’argent devant la menaçante Katinka HOSSZU, 2’6.34 contre 2’6.84.
Que peut-il se passer à Rio ? SEEBOHM reste favorite, mais son statut est plus fragile que son statut d’invaincue en 2015 ne le laisse penser, car la concurrence est sévère et il lui devra sans doute progresser en temps pour s’imposer ! FRANKLIN, si elle retrouve sa pleine capacité, pourrait bien conserver son titre. Malgré ses déboires, elle est l’auteur d’une bonne moitié des dix meilleures performances de l’histoire et son record mondial a bien résisté. Dans le cas contraire, l’épreuve sera ouverte. HOSSZU, bien entendu, est une concurrente impressionnante. Daria USTINOVA, la Russe de 17 ans, est en pleine progression. On espère seulement que les méthodes de son pays, qui lui ont valu d’être sanctionnée pour dopage à 14 ans, l’épargneront désormais.