GARDERONT-ILS LEUR TITRE OLYMPIQUE (3)

MATT GREVERS SE REPLACE DANS LA COURSE

Eric LAHMY

MALGRÉ TOUS LES DISCOURS DE CEUX QUI PRÉTENDENT QUE L’OR OLYMPIQUE NE REPRÉSENTE PLUS L’ABOUTISSEMENT D’UNE CARRIÈRE DE NAGEUR, LE TITRE OLYMPIQUE RESTE LE GRAAL, L’ACCOMPLISSEMENT SUPRÊME. IL EST PLUS IMPORTANT QU’UN RECORD MONDIAL, PARCE QU’UN RECORD PEUT ÊTRE BATTU, ET LA COURONNE OLYMPIQUE EST TAILLÉE DANS UN OR IMPUTRESCIBLE. SA VISIBILITÉ LE REND DE LOIN SUPÉRIEUR AU TITRE MONDIAL…

Ici, j’examine le dos et la brasse masculine. L’événement est le retour de Matthew Grevers sur 100 mètres dos. Il est de nos champions olympiques de ce jour le mieux placé, malgré Larkin et Lacourt. Un peu mieux qu’un outsider, mais il faut encore qu’il se qualifie aux “trials” US. Sur 200 mètres dos, en revanche, Clary aurait du mal en face de Larkin. En brasse, Van Der BURGH n’est pas mal placé sur 100 mètres quoique derrière PEATY bien évidemment, et GYURTA parait souffrir sur 200 mètres en face de la nouvelle vague…

100 mètres dos : Matt GREVERS, USA, 52.16

Chances à Rio : 50%

Quand Matthew GREVERS l’emporte à Londres, on peut dire qu’il écrase quelque peu la course. Ses 52.16, officieux record du monde nagé en maillot tissu, lui permettent de devancer ses deux compagnons de podium, Nick THOMANN et Ryosuke IRIE, plus Camille LACOURT, 4e, de sept à neuf dixièmes de seconde, ce qui est presque luxueux dans le contexte serré de la compétition moderne. Trois ans et quatre mois plus tard, Grevers bat le record du monde en petit bassin de Thomann. Entre-temps, il épouse Annie Chandler, nageuse de brasse US, gagne quatre mois plus tard le titre mondial 2013 à Barcelone avec 52.93, beaucoup moins vite qu’à Londres. 3e à Kazan derrière Larkin et Lacourt, en 52.66, il reste donc très compétitif. Il perd sa place de relayeur dans le quatre fois 100 quatre nages en raison d’un 100 dos très rapide de Ryan Murphy 52.18, en séries, sur quatre fois 100 quatre nages mixte. Mais Murphy, 53.05, reste inférieur à sa valeur dans le relais quatre nages, et surtout inférieur au 52.85 nagé par Grevers en séries.

Pour l’instant, c’est Mitchell Larkin le grand gagnant du dos mondial, double champion du monde à Kazan (100–200) et premier performeur de l’année en 52.11. Mais Grevers revient, et ses 48.92 en petit bassin ne laissent d’être impressionnants. Difficile de traduire en grand bassin, avec les deux fois 15 mètres de coulées sous-marines supplémentaires qui signifient 30% de moins de distance de nages, mais, en sens contraire, constituent deux apnées qui compliquent la fin de course au plan de l’oxygénation,. Et n’oublions pas la taille de Grevers, 2,03m, tellement avantageuse à chaque relance sur le mur…

Il n’empêche, en face de Larkin, favori sur ses résultats 2015, en face de Lacourt, auteur d’un beau come-back, de Ryan Murphy, de Ryosuke Irie ou de David Plummer Grevers et ses 104kg ne manquent pas d’arguments, Et 31 ans, son âge, ne représente plus un handicap en natation…

200 mètres dos. Tyler CLARY, USA, 1’53.41

Chances à Rio de Janeiro : 2%

La victoire de Tyler CLARY aux Jeux olympiques de Londres est, un petit peu, une surprise. Clary est dans les esprits le 2e Américain de la course qui, après la retraite d’Aaron PEIRSOL, qu’il a souvent devancé, semble être maîtrisée par Ryan LOCHTE. Champion du monde 2007 (devant Peirsol), champion olympique 2008 (devant Peirsol), 3e des mondiaux 2009 derrière Peirsol et Irie, meilleur du monde sur 200 mètres en 2010, année où (comme en 2011) il est élu meilleur nageur du monde, champion du monde en 2011, il parait invincible.

Mais Clary, qui s’est, avant Londres, illustré d’abord en quatre nages et en papillon, puis en dos, crée donc la surprise. Depuis, CLARY s’est maintenu à un niveau honnête, enlevant le bronze aux mondiaux 2013 à Barcelone avant de paraître légèrement dépassé. 7e du 200 mètres dos à Kazan, 12e des demi-finales du 200 mètres papillon, 3e du 400 mètres 4 nages, il est un de ces polyvalents du spectacle aquatique qui peut surgir de trois chemins différents, dos, papillon ou quatre nages. A huit mois des Jeux, on ne peut décemment ni l’enterrer (prématuré) ni le « déterrer » non plus d’ailleurs, mais on doit constater qu’il est un peu enfoui sous le sable et ne nage plus dans les eaux de Larkin, de l’éternel Irie, du vieux Lochte, 31 ans, du jeune Murphy, 20 ans, ni même du très prometteur Russe Evgueny Rylov, 19 ans, recordman du monde junior. Soyons clair : si Clary est bien préparé, les 2% de chances de l’emporter que je lui ai chichement accordés peuvent croître et se multiplier.

100 mètres brasse Cameron Van Der BURGH, Afrique du Sud, 58.46

Chances à Rio de Janeiro : 30%

Aux mondiaux 2015, devancé sur le papier d’une grosse seconde par l’ogre Adam Peaty, Van Der Burgh a montré qu’il sait se préparer. Il a été finalement battu de seulement 0.07 !

La discipline censément la plus technique, parce que la plus réglementée et depuis toujours hantée par le désir de contourner les dits règlements, a souvent été dominée par une sorte de consortium russo-américain arbitré par des Japonais. C’est depuis un certain temps une affaire anglo-saxonne. La course est revenue en 2009 (mondiaux) à un Australien, Brendon Rickard, en 2011, à Van Der Burgh en 2012 (Jeux), à un autre Australien, Christian Sprenger en 2013, à un Britannique, Adam Peaty, en 2015. Cameron ? Il a fini 2e des mondiaux à Barcelone en 2013 et à Kazan en 2015. Il a été aussi devancé en 2014 par Peaty aux Jeux du Commonwealth. Les records mondiaux du Britannique Peaty, de six ans son cadet, 26.42 au 50 mètres et 57.92 au 100 mètres l’été dernier, l’ont-ils ébranlé ? La façon dont il a réagi face au Britannique aux mondiaux de Kazan montrent que non : Cameron est toujours armé et dangereux. On ne peut certes en faire le favori de Rio. Mais à ce jour Peaty et Cameron sont engagés dans une situation de duel que l’élévation de leur niveau a mis hors d’atteinte de tout autre prétendant. Ni Titenis (Lituanie), ni Ross Murdoch (Grande-Bretagne) les mieux disant au plan chrono, ni le jeune Russe Balandyn, bref personne pour s’immiscer dans leur furieux corps à corps. Il reste à 2016 à délivrer ses surprises.

200 mètres brasse. Daniel GYURTA, Hongrie, 2’7.28

Chances à Rio de Janeiro : 15%

Quand Daniel Gyurta enlève le titre olympique, ses 2’7.28 battent pour 3/100e le record du monde de l’Australien Christian SPRENGER. Le Magyar n’est pas un inconnu. En 2004, à quinze ans, il est devenu le plus jeune médaillé des Jeux d’Athènes, enlevant l’argent derrière le Japonais Kosuke Kitajima, 2’9.44. En 2008, il établit un record olympique, 2’8.68, en séries et… termine 5e de la finale. Champion du monde 2009 et 2011, sa troisième tentative olympique est la bonne. Il déborde d’assez peu le Britannique Jamieson… Sept semaines tout juste après les Jeux, son record mondial est battu par je Japonais Yakihiro Yamaguchi en 2’7.01. Mais si Gyurta n’est plus le meilleur performer, il est le maître compétiteur. Champion du monde à Barcelone, 2’7.23, en 2013, il s’accorde une année blanche en 2014, puis effectue son retour, est encore 3e des mondiaux de Kazan, derrière Marco Koch, Allemagne, et Kevin Cordes, USA. Koch, également champion d’Europe 2014 et vainqueur, il y a un mois, de Gyurta, aux « Europes » en petit bassin, arrivera aux Jeux avec sa double couronne, et Gyurta riche d’un lointain et glorieux passé et d’une expérience unique. Ils ne seront pas seuls : deux Américains à choisir probablement entre Cordes, Nicolas Fink et Josh Prenot (encore que c’est Cody Miller qui a récemment torché en petit bassin Gyurta au Duel in the Pool), le Britannique Murdoch, le Kazakh Dmitry Balandin, les deux Japonais dont on ne saura les noms qu’après les championnats nationaux mais qui pourraient être Yamaguchi, Yasuhiro Koseki ou Ryo Tateishi travaillent tous à être de cette finale. Beaucoup d’appelés, peu d’élus…