MONTPELLIER (12) MANAUDOU HAUT LA MAIN

… STRAVIUS (A METELLA): “BAS LES PATTES”

Eric LAMY

Lundi 4 Avril 2016

Retourné dans son cadre de nageur de 50 mètres, Florent Manaudou fait montre de son savoir-faire de sprinter total. Cela donne un déboulé en 21s42, une bonne performance pour lui et la seconde de l’année derrière les 21s37 (réalisés au départ d’un relais) du Brésilien Bruno Fratus. C’est aussi à un poil près son temps en demi-finale des mondiaux de Kazan (21s41 pour être précis) et moins bien qu’en finale, toujours à Kazan, 21s19. Manaudou, qui n’aime pas l’effort absolu quand cela ne se justifie pas, mais qui s’énervait de courir derrière un minimum (beaucoup plus agaçant que de nager l’adversaire) a été aussi moins vite qu’à Berlin en 2014 (champion d’Europe, 21s32) ou qu’aux Jeux, à Londres, 21s34. Mais bien entendu, cela ne signifie aucunement un déclin : ici la tâche était à la fois tellement facile et tellement stressante, et il se savait aussi peu menacé que possible par n’importe quel nageur et aussi en danger, rapport au temps à réaliser qui, même pour un sprinteur de sa classe, n’est jamais, mentalement facile à aborder.

Clément Mignon, qui paraissait devoir enlever la 2e place du podium, s’est fait voler l’argent par Fred Bousquet, vieux cheval de retour, dans un temps assez quelconque, 22s09, et qui ne le qualifie pas pour Rio, mais j’imagine que la place, fort justement, le satisfaisait.

Mehdy Metella, qui avait donné cet hiver l’impression de bien maîtriser son 100 mètres papillon, s’est salement fait piéger par celui qu’il faudra bien appeler le bourreau des Marseillais à ces championnats de France, Jérémy Stravius. Ce n’est pas d’hier que nous connaissons la capacité de Jeremy de se transformer à volonté en dossiste ou en crawleur, mais de là à venir torcher un Metella en pleine maturité dans ses eaux territoriales, en papillon, il y avait un pas qu’il a gaillardement franchi, avec cette attitude tranquillement benoîte de celui qui fait une bonne farce.

Il fallait certes pour cela que Mehdy reste un peu en-dessous du niveau où on l’attendait, dans ce qui était son grand rendez-vous de l’année. Mais on ne peut sous-évaluer le « coup » de Stravius, qui, cette année, ne présentait aucun résultat sur la distance. Il fallait se référer à un poussiéreux 50s04 en petit bassin réalisé à Herning en 2013 pour le cadrer. Cependant, en 2014, il avait nagé à Chartres, un 52s78 qui représentait la 2e performance mondiale de l’année, en sandwich entre Metella, 51s96, et… Camille Lacourt, 53s64. Un an plus tôt, à Rennes, l’Amiénois avait signé un 52s04 qui lui avait valu le titre de champion de France. Donc, Stravius avait quelques créances sur le sujet et les a fait valoir avec talent. Il s’était promis de ne plus jamais “dosser” cette saison, mais cette promesse de se concentrer sur le crawl ne l’enfermait pas et n’incluait pas le papillon. Metella qui imaginait taper Phelps aux Jeux olympiques n’a pas passé l’obstacle Stravius aux France, et a trébuché d’assez loin sur les minima…

Ce qui ressort aussi de l’aventure, c’est que si, dans le relais quatre nages, la France dispose de deux « papillonneurs », il n’est pas sûr du tout qu’aux Jeux, celui qui nagerait la finale sera Metella (à condition seulement qu’on lui accorde un billet). Si l’on additionne bien, cela serait, au jour d’aujourd’hui, Lacourt en dos, Bussières en brasse, Stravius en papillon et Mignon en crawl…

UN 4 FOIS 100 DAMES QUALIFIÉ DE JUSTESSE

A propos de relais, les quatre premières du 100 mètres ont signé une performance collective qui devrait les qualifier pour Rio. Charlotte Bonnet, comme l’an passé, devance Béryl Gastaldello dans des eaux à peu près équivalentes. Mathilde Cini, qu’on repérait jusqu’ici en nage sur dos, a réalisé des progrès fulgurants pour devancer Anna Santamans qui n’a jamais réussi jusqu’ici à amener son 100 mètres à un niveau un tant soit peu équivalent à celui de son 50 mètres.

En dos féminin, la jeune Mahieu n’a pas été à la mesure des attentes qu’avaient suscitées ses évolutions de 2015. Elle paraissait pourtant très ambitieuse avant ces championnats, mais il s’est passé quelque chose. Quoi ? Elle déclarait à La Voix du Nord qu’elle s’était probablement « mis trop de pression avec des objectifs très élevés. » Et, continuait le confrère, c’était là où elle avait moins d’ambitions qu’elle s’en est le mieux sorti. C’est à cet âge qu’il vaut mieux faire ce genre de fautes !!

MESSIEURS.- 50 mètres : 1. Florent Manaudou, Marseille, 21s42 ; 2. Frederick Bousquet, Marseille, 22s09 ; 3. Clément Mignon, Marseille, 22s22 ; 4. Yonel Govindin, Toulouse, 22s38 ; 5. Fabien Gilot, Marseille, 22s45 ; 6. Eddie Moueddene, Amiens, 22s52

Record du monde : Cesar Cielo, Brésil, 20s91. Record d’Europe et de France : Frédérick Bousquet, France, Marseille, 20s94. Minima Rio : français : 21s82 ; FINA : 22s27. Minima Londres : 22s26.

100 mètres papillon : 1. Jeremy Stravius, Amiens, 51s66 ; 2. Mehdy Metella, 51s84 ; 3. Joeri Verlinden, Pays-Bas, 52s57 ; 4. Paul Lemaire, Toulouse, 53s20 ; 5. Jordan Coelho, Vanves, 53s24 ; 6. Paul Poulet, Toulouse, 53s40 ; 7. Flavien Aubry, Créteil, 53s74 ; 8. Martin Maisonneuse, Montauban, 54s09. Finale C : Serguei Comte, Bron, 16 ans, 55s84.

Record du monde : 49s82, Michael Phelps, USA. Record d’Europe : 49s95, Miroslav Cavic, Serbie.

Record de France : 51s24, Mehdy Metella, Marseille. Minima Rio : français : 51s61 ; FINA : 52s35. Minima Londres : 52s52.

DAMES.- 100 mètres : 1. Charlotte Bonnet, Nice, 53s93 ; 2. Béryl Gastaldello, Marseille, 54s10 ; 3. Mathilde Cini, Valence, 54s44 ; 4. Anna Santamans, Nice, 55s11 ; 5. Léna Bousquin, Bordeaux Bastide, 55s37 ; 6. Margaux Favre, Aqualove Montpellier, 55s38 ; 7. Cloé Hache, Nice, 55s46 ; 8. Assia Touati, Toulouse, 56s05. En séries, Kelsi Worrell, USA, 54s37

Record du monde et d’Europe : 52s07, Britta Steffen, Allemagne. Record de France : 53s49, Malia Metella, DTOEC. Minima Rio : français : 53s72 ; FINA, 54s43. Minima Londres : 55s17

200 mètres dos : 1. Camille Gheorghiu, Montpellier-Antibes, 2:12s14 : 2. Fantine Lesaffre, Mulhouse, 2:14s01 ; 3. Pauline Mahieu, US Saint-André-Font-Romeu, 2:14s97 ; 4. Cyrielle Duhamel, Béthune, 2:15s04 ; 5. Lara Grangeon, Calédonie, Font-Romeu, 2:15s06.

Record du monde : 2:4s06, Melissa Franklin, USA. Record d’Europe : 2:4s94, Anastasia Fesikova, Russie. Record de France : 2:6s64, Laure Manaudou, Mulhouse ON. Minima Rio : français : 2:8s44 ; FINA : 2:10s60. Minima Londres : 2:12s33.