GE Digital foundry X NUMA : interview croisée

La GE Digital foundry a entamé un partenariat avec le NUMA depuis peu afin d’évangéliser ses solutions Internet Industriel en direction des startups. Rencontre entre les deux entités.

Robert est Directeur de l’Ecosystème et de l’Innovation au sein de la GE Digital foundry Europe. Il est en charge de faire connaitre l’environnement de la plateforme cloud Predix auprès de la communauté des développeurs, des data scientists ainsi qu’auprès des clients qu’ils soient des grands groupes, PMEs ou start-ups.

Nicolas est Program Manager dans l’équipe Innovation de NUMA. Il conçoit avec et pour les grands groupes des programmes d’open innovation et d’intrapreneuriat, pour les accompagner dans leur transformation numérique et l’évolution de leurs modes de collaboration. Dans cette activité, il est plus particulièrement en charge du secteur industriel et des sujets liés aux données.

Comment se présente le partenariat entre NUMA et GE ?

Robert Plana, GE : Les missions de la fonderie se divisent en deux grands axes. Le premier concerne l’engagement des clients, et le second le développement de l’écosystème. Nous souhaitons bénéficier de toute la dynamique qui anime aujourd’hui le monde digital. C’est pour cela que l’on a choisi de construire un partenariat avec NUMA sur deux axes : le premier s’attache à l’évangélisation de nos solutions Internet Industriel et le second est un programme d’innovation qui doit permettre aux startups de développer des applications logicielles sur l’environnement Predix de GE.

Nicolas Enjalbert, NUMA : Nous accompagnons GE sur deux pans de notre expertise : l’organisation d’événements et l’animation de communauté ; et la conception de ce programme de co-innovation entre les startups, Predix et les entités opérationnelles de GE.

L’immeuble de NUMA

Pouvez-vous nous raconter votre rencontre ?

Sur Meetic ! (Rires…)

RP : On connaissait la réputation de NUMA dans le paysage de l’innovation en France et en Ile de France. Lorsque la fonderie a été créée, il nous a semblé naturel de s’associer à un partenaire dont la réputation n’était plus à faire et reconnu pour sa connaissance de l’écosystème français des startups.

Le Centorial qui héberge la GE Digital foundry

Pourquoi une telle rencontre est-elle naturelle ?

NE : C’est naturel à plusieurs égards. NUMA a une expérience consistante dans la conception et l’animation de programmes d’open innovation, particulièrement autour des enjeux de la data. Notre association avec GE est le 4è programme qui nous amène à faire travailler ensemble des grands groupes et des startups autour de données opérationnelles. Nous travaillons spécialement sur les sujets des datas, de l’édition de logiciels et du design de services. Enfin, nous sommes bien alignés sur l’objectif de la fonderie qui est d‘enrichir sa plateforme cloud et la présence de GE dans l’écosystème des startups. Notre ambition est d’aboutir à des produits concrets ayant un vrai impact métier, c’est la garantie que nous portons, à la fois dans nos programmes d’accélération et dans nos partenariats avec les grands groupes.

RP : De notre côté, il y a eu une phase d’apprentissage indispensable, car l’intégration de nouvelles dynamiques d’innovation au sein d’un grand groupe demande une bonne dose d’agilité. Cette démarche a été facilitée par le fait que nous soyons une petite structure au sein de General Electric, ce qui nous donne une meilleure réactivité.

Pouvez-vous nous exposer le détail du programme ?

NE : Il y a trois grandes phases dans le programme. La première consiste à faire émerger les challenges industriels. Elle a été menée par GE Digital, la fonderie et NUMA et a permis d’identifier des défis qui présentent un réel intérêt autour de vraies données opérationnelles. La seconde phase, qui commence aujourd’hui, est celle de la publication des challenges et de la sélection des participants. Il s’agit d’approcher l’écosystème et donc les startups en ayant la capacité d’évaluer leur track record, la qualité de leur équipe et leur capacité à travailler à l’échelle d’un grand groupe comme GE. Cette phase permet de réduire le risque, à la fois pour GE et pour les startups en confirmant que les petites structures comme la grande ont un intérêt à travailler ensemble. Cette sélection se fait graduellement, au fur et à mesure des rencontres et du raffinement des propositions : d’une cinquantaine de candidats initialement identifiés ne seront retenues que cinq startups en décembre. Pour ces dernières il y a une troisième phase qui est l’accélération (accompagnée de 20 000€) et qui aboutira au développement d’une application sur Predix. GE Digital accompagne la startup en termes d’expertise, de formation, et de soutien en développement logiciel et NUMA accompagne d’un point de vue méthodologique de façon à créer un fort impact en un court laps de temps.

Un brainstorming à NUMA

RP : Ce qui est important sur chacune des phases, c’est le processus de co-création. Il y a donc une part d’apprentissage inhérente au développement d’un écosystème et de solutions dont tout le monde doit être satisfait. Du côté de General Electric un gros effort est mené par les entités qui ne sont pas encore familières des méthodes d’innovation ouverte. Plus particulièrement sur la troisième phase, qui est cruciale et qui doit être menée dans une logique gagnant/gagnant, GE proposera de la formation et pourra héberger les startups pour qu’elles soient immergées dans l’environnement Predix. L’objectif est que la phase d’accélération soit la plus rapide et la plus efficace possible. Les intérêts sont doubles : pour GE il s’agit de multiplier les startups qui développent des applications sur l’environnement Predix et pour les startups c’est l’occasion d’être exposé globalement à partir de l’écosystème local.

NE : En effet, l’intérêt pour Predix est d’attirer les meilleures technonologies et d’être la référence en termes d’Internet industriel. C’est l’avantage de l’open innovation. Et pour les startups, cela permet d’atteindre une échelle qu’il serait difficile de toucher en croissance organique.

Comment l’écosystème a-t-il réagi à ce nouveau partenariat ?

NE : Nous avons fait tout un travail initial d’exploration pour tester les principes du programme auprès des startups, qui se sont montrées très intéressées par ce partenariat avec GE. Les candidats devront maintenant construire leur proposition, valider avec leurs interlocuteurs chez GE le potentiel de création de valeur et répondre à des questions techniques. Les expertises recherchées sur les cinq challenges du programme sont liés au prédictif, à la blockchain, à l’optimisation, au traitement de grandes quantités de données ou encore aux location analytics.

RP : Les discussions que l’on a pu avoir lors des divers workshops et forums que nous avons organisés ou auxquels nous avons participé montrent qu’il y a une appétence particulière pour notre environnement. Notre point de vue est qu’il est indispensable de travailler en écosystème pour espérer gagner des parts de marché conséquentes. Aucun acteur au monde ne serait capable d’adresser le marché de l’Internet industriel tout seul. Il va être capté autour d’une économie partagée que l’on retrouve dans les business model des applications développées sous Predix. Nous sommes dans un modèle d’économie partagée et de revenus partagés.

NE : J’en profite pour ajouter que nous assistons à un changement important très intéressant pour NUMA. Nous sommes un acteur de la transformation numérique depuis de nombreuses années, et nous étions initialement approchés principalement par des acteurs très numériques ou proches des télécommunications. Cependant, nous avons toujours cru que les méthodes agiles et l’innovation ouverte s’appliquaient à toute l’économie. C’est aussi une des raisons pour lesquelles la stratégie d’un acteur aussi établi que GE, sur des problématiques industrielles traditionnellement éloignées du numérique, autour des fonderies et de Predix nous semble particulièrement pertinente.

L’écosystème français des startups industrielles est-il particulièrement développé ?

NE : Les startups qui développent du hardware ont un besoin d’investissement de départ plus élevé que pour les purs services numériques, mais des accélérateurs existent un peu partout en France et en Europe. Sur Predix, nous parlons de cloud et de startups software focalisées sur la data et l’analyse avancée de celles-ci. Celles-ci ont un potentiel industriel, mais en général les premiers champs d’application se font sur de petits projets avant de changer d’échelle. La question est : comment des startups qui ont fait leurs preuves à des échelles qui ne sont pas celles de GE peuvent changer de dimension ?

RP : Aujourd’hui, beaucoup de startups travaillent sur des problématiques industrielles, mais développent des solutions qui n’ont pas nécessairement le niveau d’exigence d’un GE. On trouve beaucoup de programmes Matlab ou Python. Imaginons un réseau de transporteurs frigorifiques qui doit optimiser ses points de dépôt. Il donne ses données à une startup, qui les nettoie et développe les algorithmes appropriés et un système d’optimisation qui va fonctionner sous Matlab ou Excel. Le système marche sur un cas particulier, sans passer à l’échelle ni permettre de réutilisation ultéirieure. L’idée est ainsi d’industrialiser ce type de fonctionnements. Predix propose un environnement de travail, tel Linux, dans lequel on pourra développer de nombreux micro-services utilisables par un grand nombre d’industriels.

NE : Dans le monde du B2C, les enjeux d’expérience utilisateur, de design et d’interface se sont développés très vite parce qu’il y a un grand nombre de points de contact et d’utilisateurs. Dans le monde industriel, les contrats et les enjeux sont très importants mais les clients et les utilisateurs moins nombreux, donc l’optimisation pour la diversité des usages se fait moins.