Et si Paris devenait une cité-état ?

En parcourant Paris en vélib d’ouest en est, du sud au nord, en ce début d’automne, me revint une idée pouvant paraître surprenante à beaucoup. Mais en ayant vécu plus de quatre ans dans la capitale, en ayant travaillé en petite couronne ou en grande banlieue, et en ayant contribué à son tissu associatif, tout en étant redevenu touriste régulier depuis, je pense que l’heure est venu de faire mon coming-out.

Oui, je pense que Paris devrait devenir une cité-état indépendante de la France.

La philosophie

Etes-vous familier du principe de subsidiarité ? Vous savez, ce principe qui dit qu’en termes d’organisation et d’administration, tout devrait partir du local pour progressivement monter les échelons. Si on juge que tel ou tel domaine nécessite une coordination sur un territoire plus large que la commune, et seulement dans ce cas-là, alors on confie cette compétence au niveau supérieur. Et ainsi de suite jusqu’au niveau planétaire avec les Nations Unies.

Aujourd’hui, Paris est le laboratoire idéal pour appliquer ce principe. Forte de près d’une douzaine de millions d’habitants, l’agglomération est plus peuplée et plus riche que nombre d’autres pays européens. Elle pèse à elle-seule 1/6 de la population de la France, 1/3 du PIB français, accueille 32 millions de touristes chaque année et concentre la totalité des pouvoirs politiques et médiatiques nationaux. Côté économique et culturel, elle en concentre aussi l’essentiel. Le seul groupe du CAC 40 n’ayant pas son siège dans la métropole (ou à l’étranger), est Michelin.

Avec une telle situation, le pouvoir ne peut pas être équilibré et donc démocratique.

Cette concentration de tous les pouvoirs, ça donne ce genre d’attitudes :

Or, d’autre part, Paris souffre d’un manque criant de logements, de saturation de ses réseaux de transports, d’une qualité de vie qui peine à se maintenir, voire se dégrade hormis pour les 10% les plus riches ayant les moyens « de se payer » une vie confortable à Paris.

L’envol de la métropole

Alors, imaginons un instant Paris et sa banlieue indépendantes du reste de la France. Libre-circulation et liberté de travail resteraient inchangés vis à vis du reste de l’Union Européenne. Indépendance ne signifie pas forcément isolationisme mais parfois simplement auto-gestion en bonne entente avec ses voisins.

Phase 1

Le Sénat, l’Assemblée Nationale, l’Elysée, Matignon et les nombreux bâtiments des ministères éparpillés dans la ville n’ont plus lieu d’être. Ils sont remplacés par un gouvernement régional qui n’est pas aussi gourmand en palais et en personnel.

Tous les élus locaux venant jadis travailler à Paris depuis la Province n’ont plus besoin d’avoir des logements et se déplacer à Paris. Leurs assistants et collaborateurs non plus.

Dans la foulée, le pouvoir étant décentralisé en province, les grands médias nationaux doivent suivre le mouvement et décentraliser leurs effectifs en conséquence. Les lobbys également se réorganisent. Toutes les instances nationales de syndicats, d’associations professionnelles, sportives etc. se posent la question de l’opportunité de délocaliser une partie de leur activité en région. De travailler de manière plus horizontale et moins pyramidale.

Comme 80% des cadres émettent le désir de quitter la région parisienne (sondage Cadremploi.fr), il ne serait pas dur de trouver des candidats au déménagement.

Le nombre de personnes et de lieux à protéger est considérablement réduit. Les effectifs de policiers affectés à temps plein à leur protection sont donc diminués en conséquence et sont réaffectés à des missions de lutte contre la criminalité sur tout le territoire français actuel, y compris dans les endroits de la métropole parisienne qui en ont le plus besoin. Ce qui correspond davantage au sens de leur engagement que de faire la circulation ou d’ouvrir la voie aux convois de ministres.

Phase 2

Nous avons donc déjà plusieurs dizaines de milliers de personnes qui n’ont plus de raison d’habiter la région parisienne. Par effet d’entraînement, nul doute qu’en quelques années, des milliers d’autres professions suivent les « nouveaux exilés » là où ils ont déménagé, trop heureux de pouvoir avoir une maison avec jardin en province pour le prix d’un appartement en petite couronne.

Voilà donc le marché de l’immobilier desserré et des prix qui cessent d’atteindre des sommets astronomiques. Les bâtiments libérés par le pouvoir sont reconvertis au choix en musées ou en logements. Les collections d’art des grands musées ne dorment plus dans les cales sombres et fermées au public mais sont exposées à la vue de tous.

Le trafic routier intra-muros n’a plus besoin d’autant de taxis et de livreurs de petits fours qui encombrent les rues parisiennes. Place est faite à de larges pistes cyclables structurantes et verdoyantes. La pratique du vélo s’en trouve favorisée, le réseau de transport passe sous le seuil de saturation, le bruit et la pollution diminuent dans l’hyper-centre pour le plus grand bonheur des parisiens et des touristes.

Paris décroche même la palme de « ville préférée des touristes 2030 ». Les habitants, d’une manière générale moins stressés, sont plus aimables et leur comportement civique au quotidien s’en ressent. Les altercations cyclistes/piétons, motards/voitures, taxis/livreurs deviennent rares.

La vente de certains biens de l’Etat permet d’investir dans la rénovation de quartiers entiers et accélère la transition écologique.

Comme Singapour, Hong Kong, Monaco, Paris devient une ville florissante où il fait bon vivre et où le monde entier se presse pour observer sa beauté et sa richesse culturelle.

Paris, un monde à elle seule

Paris est une de ces villes-mondes comme Londres, New York, Tokyo ou Singapour. Une ville où le cosmopolitisme est la règle. Une ville qui n’appartient plus aux Français mais au monde.

En gardant un caractère différent de Londres, New York ou Shanghaï, Paris n’a pourtant plus grand chose de français en ce sens que ses modes de vie, ses mœurs, ses ambitions, ses priorités, divergent de ce qu’est le reste de la France aujourd’hui. Je ne dis pas que c’est bien ou mal, regrettable ou bénéfique, j’énonce seulement un fait.

La bonne politique est celle qui s’adapte à la réalité, pas celle dont nous rêvons.

Je vous épargne dans cet article la liste des bénéfices de la fin du jacobinisme en France et ses bienfaits pour la démocratie en région. Ce sera peut-être pour un autre article. Mais cette autonomie de Paris serait à mon avis bénéfique pour tous à l’heure de l’intégration européenne.

J’aime Paris, son histoire, son architecture, l’ambiance et la variété de ses quartiers, de ses banlieues, comme j’aime les régions françaises et leurs caractères (et comme j’aime l’Europe et le reste du monde d’ailleurs). Je ne pense juste plus que l’un doit asservir l’autre. Elles méritent de chacune tracer son propre chemin, la main dans la main, en bonne intelligence et en coopération d’égal à égal.

Alors, le Parixit, c’est pour quand ?

“Après avoir été longtemps le cerveau de l’Europe, Paris est encore aujourd’hui la capitale de quelque chose de plus que la France.”
Milan Kundera — Entretien avec Antoine de Gaudemar

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