3 hacks pour progresser dans la durée

Chapitre 5 du guide pour apprendre aux enfants à apprendre

Comment se fait-il qu’il y ait des enfants qui progressent beaucoup et d’autres moins ? Est-ce une question de génétique ? De prédisposition ? De talent ? Rien de tout ça d’après Carol Dweck, la psychologue à l’université de Stanford. Selon elle, cet écart réside dans le rapport qu’ont les enfants aux erreurs et à l’échec.

Elle distingue deux catégories.

L’esprit statique : il concerne les enfants qui pensent que l’échec est une preuve de leur incompétence. Ceux-ci progressent beaucoup moins parce qu’ils fuient ces erreurs, qui sont pourtant le meilleur moyen de progresser. Cet état d’esprit provient de la croyance que les compétences sont figées.

L’esprit dynamique : il concerne les enfants qui voient l’échec ou une difficulté comme l’opportunité d’apprendre quelque chose et comme une motivation pour faire mieux la prochaine fois. Ceux-là progressent vite, très vite. Cet état d’esprit provient de la croyance que les compétences s’acquièrent et se travaillent.

La théorie de Carol Dweck est que la capacité de progression est directement liée à cet état d’esprit et donc à la croyance qui est derrière. Les enfants qui pensent qu’ils ne sont pas bons maths, sous-entendu, “pas faits pour ça”, ne progresseront pas ou difficilement. Cette croyance est auto-réalisatrice : c’est parce que je suis convaincu que je suis pas bon en maths que je deviens pas bon en maths.

Finalement, ton enfant ne peut progresser que s’il apprend de nouvelles choses, mais pour apprendre de nouvelles choses il lui faut accepter qu’il a des choses à apprendre et donc que ses capacités et compétences ne sont pas figées. Pour simplifier à l’extrême, si ton enfant pense qu’il est nul, il n’apprendra rien puisque ça ne sert à rien. Et s’il pense qu’il est très intelligent, il n’apprendra rien puisqu’il pense tout savoir. Si on ne comprend pas ça, on peut passer à côtés des vraies freins à sa progression. Ce raisonnement peut paraître caricatural mais il n’est pas éloigné des croyances polarisées des enfants. Quand on les écoute, tout est “bon” ou “mauvais”, “super nul” ou “super cool”, “trop beau” ou “moche”, etc.

Nous sommes très nombreux à souhaiter que les enfants soient très bons sous tout rapport. Parfois même, on souhaite secrètement ou inconsciemment qu’ils soient parfaits. On veut le meilleur pour eux. Du coup, on peut avoir tendance à diaboliser les erreurs et à faire tout un drame des « mauvaises notes », des bêtises, des écarts de politesse, etc. Et on finit par bloquer la progression des enfants en leur apprenant à fuir les erreurs. Or, les neurosciences ont montré que notre cerveau apprenait principalement en faisant des erreurs et en corrigeant son modèle mental à chaque fois.

On a deux réflexes de survie face à un danger que nous avons appris depuis 2 millions d’années : la fuite et le combat. La fuite est effectivement le bon réflexe face à un lion, mais le mauvais face à une difficulté ou un échec.

En tout cas, bonne nouvelle, l’esprit dynamique s’acquiert. Voici 3 hacks qui ont aidé des enfants à se réconcilier avec les erreurs et à reprendre le chemin de la progression. Ce sont des hacks que tous les enfants devraient connaître, particulièrement les élèves sisyphéens, autrement dit ceux dont le travail est rarement récompensé. Ce chapitre termine la série d’articles dédiée aux 10 principales techniques d’apprentissage.

#8. Utilise la métaphore des électriciens du cerveau

J’ai mis au point une métaphore qui fonctionne très bien. Elle s’appelle la métaphore des électriciens du cerveau : “quand on rencontre une difficulté ou quand on fait une erreur, il faut se concentrer et se demander pour quelles raisons. Il faut se poser cette question très fort afin d’activer les électriciens de notre cerveau. Ces derniers vont faire de nouveaux branchements qui vont nous permettre de faire un peu mieux la prochaine fois”.

Ce hack pour les jeunes enfants peut se transformer pour les ados en l’explication de la réalité : quand on se concentre et quand on se pose plein de questions après avoir rencontré une difficulté ou un échec, notre cerveau effectue de nouvelles connexions synaptiques qui seront bénéfiques pour les fois prochaines.

C’est ce que font naturellement les esprits dynamiques, contrairement aux esprits statiques qui fuient les erreurs et qui ne bénéficient pas de réajustements cérébraux.

Illustration schématique de l’esprit dynamique vs. statique (growth mindset vs. fixed mindset) de Carol Dweck

Cette métaphore parvient à marquer les enfants et les aide à se confronter de nouveau avec leurs notes basses — appelées « mauvaises notes » à tort puisque elles sont aussi bénéfiques — et à leur difficulté.

#9. Tiens un journal de progression

John Wooden est considéré comme l’un des meilleurs entraîneurs de basket de tous les temps. Il a permis à l’équipe de UCLA, l’université de Los Angeles, de remporter 10 trophées en 12 ans, dont 7 trophées d’affilé quand le deuxième meilleur record est à 3 ans d’affilé. Le plus impressionnant dans cette histoire est qu’il est parti d’une équipe en 1948 qui était au fond du classement avec un terrain de basketball des plus miteux. John Wooden expliquait à ses joueurs qu’il était peu important de gagner ou de perdre. Il disait même : “on peut perdre en gagnant un match, et gagner en perdant un match”. Le plus important est de se demander comment faire mieux la prochaine fois et d’apprendre de ses erreurs que le match soit gagné ou perdu. Il mettait ses joueurs dans l’état d’esprit de toujours faire de leur mieux et de faire un peu mieux à chaque entraînement et à chaque match.

John Wooden

J’adore le basketball et je me suis inspiré des techniques de John Wooden pour les transmettre aux enfants et j’ai mis au point le journal de progression. Ce journal est très simple et consiste pour chaque devoir à noter “une idée pour faire mieux la prochaine fois”.

Journal de progression

Ce cahier oblige les enfants à l’esprit statique à se confronter à leurs erreurs, au lieu de les fuir, et à ainsi adopter progressivement un esprit plus dynamique. Beaucoup d’élèves que j’ai rencontrés cachent leurs notes basses au fond du placard et ne prennent pas le temps de se demander comment faire mieux la prochaine fois. Ils vont se réfugier vers des exercices qu’ils savent déjà faire pour se consoler, mais du coup, ils ne progressent plus. Cela n’a rien à voir avec leur soi-disant intelligence, non, ce comportement est lié à leur rapport à l’échec, qui est vécu uniquement comme une souffrance.

Ce journal aidera tes enfants à reprendre le chemin de la progression.

#10. Dors suffisamment

Les puzzles de la nuit — d’après le jeu vidéo “Zelda, a link to the past”

Aider les enfants à dormir plus et mieux n’est pas en apparence un hack révolutionnaire. Et par ailleurs, on n’est pas convaincu de la puissance du sommeil, sinon, on ne célèbrerait pas ceux qui ne dorment que 4 heures par nuit. Sinon, on n’aurait pas inventé cette mode du levée à 5h du matin qui nous vient des US et qui n’invite pas spécialement à se coucher plus tôt. Et sinon, on se soucierait davantage du fait que les enfants et les ados se couchent tard, et de plus en plus tard.

Entre 1986 et 2005, les 15–17 ans ont perdu 50 minutes de sommeil par nuit. Et ce déficit croissant de sommeil touche toutes les tranche d’âges.

Bref, on dévalorise totalement le sommeil parce qu’il est perçu comme une perte de temps. Et pourtant, il a 3 grandes vertus en lien avec l’apprentissage.

Vertu n°1 : le sommeil régénère la capacité de concentration en nettoyant les toxines de l’apprentissage. Le cerveau est un muscle. Et comme tout muscle, il crée des toxines. Pour tous les autres muscles du corps, il y a un système de nettoyage qui s’appelle le “système lymphatique” représenté dans l’image suivante :

Le système lymphatique

Est-ce tu remarques quelque chose ? Ce système s’arrête effectivement au niveau du cou, tout simplement parce qu’il n’y a pas assez de place au dessus pour l’accueillir. Alors, comment fait le corps pour nettoyer ce muscle qu’est le cerveau ?Comment fait-il pour éliminer la toxine de l’apprentissage qu’on appelle bêta-amyloïde ? Il la nettoie uniquement durant le sommeil grâce au système sanguin. Et cette toxine de l’apprentissage est celle qu’on produit et qui nous brouille les idées en fin de journée. Et quand tes enfants n’ont pas assez dormi, ils n’ont pas pu éliminer toutes les bêta-amyloïdes de la veille et donc auront de plus grandes difficultés d’apprentissage.

Une bonne nuit de sommeil les aidera à démarrer la journée avec les idées au clair et un cerveau prêt à de nouveaux apprentissages.

Vertu n°2 : le sommeil consolide les apprentissages. Dans notre cerveau, il y a une structure qui s’appelle l’hippocampe et qui a un rôle clé dans l’apprentissage et la mémoire.

Hippocampe — source : Wikipedia

Des chercheurs du MIT ont démontré que pendant le sommeil, cette partie du cerveau rejouait au cortex les événements de la journée en accéléré, comme un magnétoscope. Un chercheur très réputé dans le domaine du sommeil, Robert Stickgold, a même démontré que la nuit juste après un apprentissage était la plus importante pour sa consolidation, ce à quoi on s’attendait intuitivement. Par conséquent, une courte ou mauvaise nuit après une journée dense en apprentissage gâche sa consolidation. Et donc la progression si les mauvaises nuits (courtes ou agitées) sont répétées.

Pour résumé, une bonne nuit de sommeille aide aussi à consolider l’apprentissage de la veille.

Vertu n°3 : le sommeil augmente les chances de faire une découverte. On dit souvent que le sommeil porte conseil… eh bien, c’est vérifié scientifiquement. Jan Born, directeur du département des sciences médicales de l’université de Tübingen, a montré qu’une bonne nuit sommeil pouvait multiplier par 3 les chances d’un effet Eurêka, i.e. faire une découverte, avoir de nouvelles idées ou trouver des nouvelles solutions à un problème.

En conclusion des 3 vertus, une bonne nuit de sommeil est cruciale pour retenir ce qu’on a appris la veille, pour activer sa créativité et pour se préparer à la journée qui vient.

Et plus important encore, l’effet cumulatif de bonnes nuits sur plusieurs mois et plusieurs années finit par avoir un impact puissant sur la progression des enfants et des adolescents.

Résumé des 3 hacks

Pour aider tes enfants à reprendre le chemin de la progression, bloquée par le manque de sommeil et la peur de l’échec, voici 3 hacks très puissants.

Hack 8. Raconte-leur la métaphore des électriciens du cerveau. Si on se concentre très fort sur les raisons de nos difficultés ou de nos erreurs (une bêtise, une note basse à un devoir, une défaite à un jeu de société, etc.), on active les électriciens de notre cerveau. Ils font alors de nouveaux branchements qui aideront à faire un peu mieux la prochaine fois.

Hack 9. Tiens un journal de progression. Après chaque devoir, que la note soit basse ou élevée, écris dans un cahier une idée pour faire mieux la prochaine fois.

Hack 10. Fais tout pour que tes enfants dorment le mieux possible et suffisamment. C’est le hack le moins surprenant de la série des 10 hacks mais le plus important. Il y a plein de techniques pour aider à mieux dormir : réduire la luminosité de l’éclairage et des écrans 1h avant que le premier enfant aille se coucher, essayer de parler moins fort à partir de 20h00, remplacer les vieux matelas, éviter les sodas et les boissons sucrées le soir, baisser le son de la télé, etc.

A eux de jouer et de persévérer dans l’application de ces trois hacks. Il n’y pas de recette miracle et cela peut prendre plusieurs mois pour acquérir les bons réflexes et pour que ces trois hacks aient des effets spectaculaires sur le mieux-être et la progression de tous tes enfants. Tous tes enfants, sans exception.


A propos de l’auteur, Nouhad Hamam
Je suis un hacker de créativité. La mission qui m’anime est de rendre les gens plus créatifs, et c’est l’objet de la newsletter bimensuelle des Kréatifs.
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